Manifestation, 1er août – 20 heures – Herrfurthplatz, Berlin-Neukölln

Les temps sont durs, et pas seulement depuis le coronavirus. La fascisation de la société progresse. Le danger du socialisme et la haine de tout ce qui reste sont évoqués comme un moulin à prière. La théorie du fer à cheval jouit d’une grande popularité. Sous le couvert de théories totalitaires et loin de tout fait, on poursuit une équation constante de deux extrêmes supposés égaux contre un « milieu » bourgeois hystérique. Cette équation libérale-bourgeoise du socialisme et du fascisme a une certaine tradition en Allemagne, tout comme la collaboration de ce « milieu » bourgeois avec le fascisme afin d’agir contre le socialisme, ou contre tout ce qu’ils perçoivent comme un danger socialiste. C’est également le cas de leur anti-féminisme, autre interface entre le « milieu bourgeois-conservateur » et les fascistes, qui vise à maintenir les idées conservatrices de leur système de gouvernement en conservant l’ordre binaire des sexes et, à cette fin, tente de faire reculer les acquis des mouvements féministes.

Les attaques terroristes fascistes à Hanau et Halle, les réseaux de droite qui s’organisent et s’arment, les fascistes armés dans l’appareil d’État qui préparent une guerre civile, les services secrets et l’implication de l’État dans la NSU qui sont gardés sous clé. Cette liste pourrait facilement être étendue. Le danger fasciste est réel.

En outre, la politique étrangère de l’UE étant fondée sur l’isolement – après que l’accord avec le régime d’Erdogan ait délégué le sale boulot à la Turquie ou à la Libye ces dernières années – les fugitifs aux frontières extérieures de l’Europe se retrouvent maintenant à la merci des milices armées de la police des frontières, de Frontex et des aides fascistes. Non seulement au nom de l’UE sur les îles grecques de la Méditerranée, mais aussi avec le système de camps allemand, l’Allemagne s’appuie sur les moyens de la terreur par l’isolement, la violence psychologique/physique et la déportation. Les appels futiles au respect des droits de l’homme, comme on le fait de manière indivisible, sont ridiculisés.

Que ce soit lors des élections et avec elles la soi-disant « rupture de barrage » en Thuringe ou les réactions sévères du lobby immobilier, la classe politique libérale-conservatrice et les chiffons de Springer sur le plafonnement des loyers à Berlin ont montré une fois de plus. La classe dirigeante de la RFA craint tout ce qui est de gauche plus que le fascisme. Parce que nous voulons abolir la propriété privée des moyens de production et les intérêts de profit de la classe dominante, c’est-à-dire ébranler les fondements de cet ordre bourgeois. Car l’ordre en vigueur n’est pas le statu quo, qui doit être défendu contre tous ces dangers, mais il est la condition préalable aux catastrophes menaçantes.

Nous vivons une période de crise, qui est encore intensifiée par la pandémie mondiale. Alors que d’un côté une richesse incroyable s’est accumulée, de plus en plus de gens glissent vers des conditions de vie précaires. La stagnation des salaires réels et la détérioration des conditions d’emploi ont provoqué des inégalités sociales avant même le coronavirus, comme il y a 100 ans. Le capitalisme transforme la crise du coronavirus en une peur existentielle pour beaucoup d’entre nous. Les inégalités sociales et économiques deviennent plus visibles que jamais. Alors que des millions de travailleu-ses sont en chômage partiel et doivent renoncer à une grande partie de leur salaire, des milliards sont dilapidés pour sauver les grandes entreprises. À cela s’ajoute la folie capitaliste du loyer, la machine à profit des propriétaires de notre espace de vie. Alors que les propriétaires de biens immobiliers réalisent des bénéfices massifs, une grande partie de la population doit lutter contre une détérioration des conditions de vie, notamment par le biais d’une augmentation drastique des loyers. Pour aggraver les choses, même pendant la pandémie, les loyers et donc les bénéfices des propriétaires devraient continuer à circuler, alors que pour nous, une grande partie des revenus est perdue. Les conséquences : Déplacement, en dernière conséquence par des matraques de police par expulsion. La néo-libéralisation de l’économie, la privatisation des services publics et la réduction progressive des prestations sociales témoignent d’une réussite de la lutte des classes d’en haut, d’une expropriation permanente de nos moyens de subsistance. Cette situation va s’aggraver au cours de la crise, des attaques d’une ampleur inconnue contre nos conditions de vie et de travail sont imminentes lorsqu’il s’agit de nous répercuter les coûts de sauvetage du système économique capitaliste.

Le bavardage constant sur l’extrémisme de gauche et la violence de gauche nous trompe sur cette violence inhérente et continue des conditions qui prévalent. C’est précisément pour cette raison que nous ne devons pas laisser le paysage médiatique national et les décideurs politiques dicter les moyens de notre lutte par obéissance anticipée.
L’État, par le biais de sa police, a presque perfectionné le contrôle répressif des manifestations. Puisque nous nous considérons comme faisant partie d’un mouvement politique qui veut surmonter l’État bourgeois-capitaliste, nous ne devons pas nous étonner des attaques des institutions qui sont là pour nous combattre, mais nous devons enfin réussir à contrecarrer cette impuissance.

Parce que :
En ces temps difficiles, où la gauche radicale est marginalisée et lutte faiblement, presque sans moyen, pour la cohésion, nous voyons toute une série d’espaces et de projets autonomes émancipatoires en danger aigu. Ce qui est en jeu, ce n’est pas moins qu’une série de lieux des réseaux, d’organisation et de rassemblement de la gauche radicale contre cette merde totale.
Tous ces projets sont une image du futur, un futur sans coudes et sans pression à exploiter, sans « survie des plus forts » ni exclusion des plus faibles. Tous ces projets ont été et sont des lieux de coexistence solidaire, non commerciale, résistante et autogérée. Et aujourd’hui, beaucoup de ces lieux sont menacés d’extinction dans un délai très court.

Non seulement le Syndikat est gravement menacé, mais dans tous les coins de Berlin, des projets de maisons, des centres de jeunesse, des formes de vie alternatives et d’autres pubs collectifs sont au bord de l’effondrement. Chaque jour, des locataires sont expulsés de leur appartement ou contraints de déménager ou de partir immédiatement.
Le projet de maison anarcho-féministe Liebig34, qui comprend la salle des fêtes et le magasin d’information, menace de disparaître après presque 30 ans. Le centre de jeunesse autogéré Potse occupe ses locaux depuis le début de l’année dernière et est en attente d’expulsion. Près de 40 ans de travail de jeunesse auto-organisé et non commercial vont ici disparaître dans l’incertitude. Le bar collectif Meuterei, un endroit important à fréquenter dans le Reiche-Kiez de Kreuzberg, de plus en plus modernisé, doit sortir après plus de 10 ans. Le projet de logement de Rigaer94 est constamment critiqué par ses propriétaires douteux et par l’État.

Tant que nous vivrons dans une société qui suit la logique de l’exploitation du capital et que le logement sera commercialisé comme une marchandise afin de générer du profit, la spirale des déplacements dans la ville se poursuivra. L’amélioration, la répression et les expulsions forcées transformeront nos quartiers en lieux d’exploitation morts, aliénés et hostiles. Une image de l’avenir de la ville des riches qu’il faut empêcher est déjà visible aujourd’hui sur la Potsdamer Platz. Notre lutte commune doit donc aussi être une lutte contre les structures de propriété existantes et pour la socialisation de l’espace de vie et des moyens de production, afin que nos besoins existentiels fondamentaux, tels qu’un espace de vie sûr et abordable, ne soient plus le jouet d’un intérêt d’exploitation.

Le temps presse, les ressources semblent limitées. L’expulsion de Syndikat sera le prélude à toute une série d’expulsions à Berlin. Nous appelons donc tous ceux qui ne veulent pas accepter les conditions qui prévalent à se rassembler pour une manifestation furieuse et déterminée le samedi précédant l’expulsion prévue de Syndikat, le 1er août 2020 à 20 heures. Venez à la manifestation organisée et préparée de partout, formez des groupes d’affinité, apportez des banderoles, prêtez attention aux annonces. La manif sera ce que nous en ferons ensemble. Il n’y a pas de plan directeur pour cela, mais il est temps d’essayer quelque chose de nouveau ou de se rabattre sur ce qui a été testé et éprouvé auparavant. Car on peut dire qu’une autre manif avec l’expérience de relâche comme à Wanderkessel ne peut pas être une option pour nous.

Saboter les conditions qui prévalent ! Pour la ville d’en bas ! Nous restons tous !

Syndikat
Weisestr. 56, 12049 Berlin
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[ Communiqué publié par Interkiezionale https://interkiezionale.noblogs.org/demo-01-08/ et Stressfaktor https://squ.at/r/7y0c ].


Article publié le 02 Août 2020 sur Fr.squat.net