Mai 9, 2021
Par Attaque
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Malacoda / vendredi 7 mai 2021

Le 1er mai, une marĂ©e humaine est descendue dans les rues pour participer au « 1er mai rĂ©volutionnaire Â», le cortĂšge qui chaque annĂ©e sĂ©vit dans les rues de Berlin. Celui-ci a prĂ©sentĂ© des spĂ©cificitĂ©s par rapport aux annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Avant tout, il y a eu la participation, au niveau d’organisation et de participation, de diffĂ©rents collectifs de migrant.e.s, qui ont ajoutĂ© aux revendications du cortĂšge des thĂ©matiques comme l’anticolonialisme dans une optique de lutte des classes. DeuxiĂšmement, Ă©tant donnĂ© la « situation d’urgence Â» perpĂ©tuelle que la ville vit Ă  cause de l’épidĂ©mie, le cortĂšge s’est dĂ©roulĂ© sans l’habituel accompagnement des merdes qui participent Ă  la « Myfest Â», la fĂȘte du 1er mai qui a toujours lieu Ă  Kreutzberg et qui dĂ©verse dans le quartier des centaines de milliers de personnes en proie Ă  l’euphorie d’un party oĂč tout est mis Ă  profit, du sol public Ă  la musique, du divertissement Ă  l’excĂšs. VoilĂ , normalement le cortĂšge du 1er mai, avec ses revendications, avec sa soif de conflit et avec la dĂ©termination qui l’a toujours caractĂ©risĂ© a toujours dĂ» traverser cette ambiance de fĂȘte gĂ©nĂ©ralisĂ©e, une fĂȘte octroyĂ©e et non plus gagnĂ©e, qui semble vouloir noyer dans des fleuves d’alcool et de divertissement commercialisĂ© non seulement l’IdĂ©e (cette abstraite, explosive Ennemie
 allez, allons boire un verre et n’y pensons plus !) d’oĂč est issue la journĂ©e des travailleurs, mais aussi les martyrs, la tension inarrĂȘtable qui les a poussĂ© Ă  donner leur vie pour cette IdĂ©e, et ceux qui des dĂ©cennies durant ont toujours Ă©tĂ© en premiĂšre ligne pour le revendiquer.

Cette annĂ©e, dans les rues on a fait de la politique active, dans le bon sens du terme. Quant aux nombres, on parle de vingt-mille participant.e.s, escortĂ©.e.s par des milliers de flics (y compris de la police fĂ©dĂ©rale) venant, comme d’habitude, aussi d’autres rĂ©gions de l’Allemagne pour dĂ©fendre la paix sociale et les prĂ©tendues (vieilles et nouvelles) rĂšgles anti-contamination. La manifestation Ă©tait divisĂ©e en plusieurs blocs et animĂ©e par des rĂ©alitĂ©s diffĂ©rentes.

AprĂšs le dĂ©part du quartier de Neukölln en direction de Kreutzberg, les flics, avec l’excuse habituelle du non-respect des rĂšgles anti-Covid, on dĂ©cidĂ© d’arrĂȘter le cortĂšge, une dĂ©cision probablement prĂ©mĂ©ditĂ©e. Nous voulons clarifier que cela ne nous surprend pas et nous intĂ©resse pas, que nos ennemi aient planifiĂ© depuis le dĂ©but le moment, l’endroit et la maniĂšre de nous bloquer ; les tactiques qu’ils mettent en Ɠuvre pour atteindre leurs buts ne nous Ă©tonnent pas. On parle de flics et le fait de disserter sur leur degrĂ© de saletĂ© et d’infamie nous paraĂźt ridicule. Certains victimismes sont vraiment gĂȘnants. Certes, ça nous fait sourire l’excuse avancĂ©e par les larbins en uniforme pour « justifier Â» les charges, c’est-Ă -dire l’absence de masques anti-contagion. On Ă©tait tous et toutes avec nos visages bien dissimulĂ©s. Et cela avec plaisir, on pourrait dire. De toute façon, aprĂšs avoir bloquĂ© la manifestation, les flics ont sĂ©parĂ© le bloc de l’Interkiezionale des autres, en espĂ©rant pouvoir ainsi interpeller et massacre facilement les anarchistes, ces individus bizarres et louches, habillĂ©.e.s en noir. Ils ont mal prĂ©vu leur coup. AprĂšs que les flics ont attaquĂ© ce bloc Ă  coups de poings et de pieds (en rĂ©alitĂ© il y a eu aussi d’autres agressions, Ă  d’autres moments, avec les contre-attaques nĂ©cessaires), les gens et les compas sont passĂ©.e.s Ă  l’action. TrĂšs rapidement, les flics ont perdu le contrĂŽle des rues et, sous une pluie de cailloux, de bouteilles et de matĂ©riel gentiment offert par un chantier proche (qui a Ă©tĂ© envahi par des dizaines de personnes), ils ont Ă©tĂ© obligĂ©s de reculer dans les ruelles adjacentes. Ils ont bien entendu essayĂ© de reprendre le carrefour, mais la pluie incessante de cailloux et de verre les a obligĂ©s, pendant plus d’une heure d’affrontements, Ă  des nombreuses retraites. Des barricades ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©es, pour empĂȘcher le passage de la police. Le feu a Ă©clairĂ© et rĂ©chauffĂ© les esprits de ceux/celles qui, Ă  son encontre, n’éprouvent qu’une saine, profonde et inarrĂȘtable haine.

Vive le 1er mai.
Vive les martyrs de Chicago.
Vive l’Anarchie.

Voici une chronologie incomplÚte des éventements (tirée de Kontrapolis)

18h : environs 20 000 personnes se ressemblent sur Hermannplatz pour le cortĂšge du « 1er mai rĂ©volutionnaire Â». Les blocs prennent position.

19h : on part, avec un retard d’une heure. Les pandores essayent Ă  plusieurs reprises de ralentir le cortĂšge, l’enserrent et au mĂȘme temps prĂ©tendent que nous respections les distances de sĂ©curitĂ©. Les haut-parleurs crachent dans les rues des mots et de la musique, le cortĂšge est trĂšs bigarrĂ© et tout le monde a le visage dissimulĂ©. Exemplaire. Il n’y a presque pas de flics sur les cĂŽtĂ©s du cortĂšge.

20h20 : aux Neukölln Arkaden, les flics Ă©crasent sans raison le bloc anarchiste. La moitiĂ©, presque, du cortĂšge, y compris le « bloc expropriations Â» et celui de l’Interkiezionale, est accusĂ©e de ne pas respecter l’obligation du port du masque. Il y a encore quelques temps c’était l’art de se dissimuler le visage qui Ă©tait interdite et les flics, apeurĂ©s par tous ces visages couverts, ressentaient le besoin de se ruer sur les manifestations, les chargeant. Maintenant, ce qui leur fait peur sont les visages dĂ©couverts, Ă  ce qu’il paraĂźt ils voient partout des gens sans masque ! Pourtant on Ă©tait tou.te.s joyeusement Ă  visage couvert ! ArrivĂ©.e.s au niveau de la Flughafenstrasse, les flics chargent pour entrer dans le cortĂšge.

20h30 : des personnes commencent Ă  mettre en piĂšces le chantier sur la Fuldastrasse, pour pouvoir continuer. Peu aprĂšs les flics les attaquent ; bouteilles et cailloux volent, on construit des barricades.

21h : au niveau du pĂątĂ© de maisons suivant, tension avec les pandores, qui continuent Ă  bloquer la moitiĂ© de la manifestation. Ils sont submergĂ©s par une pluie de cailloux, bouteilles et morceaux de lattes en bois ; premiĂšres barricades en flammes.

21h10 : les flics ont complĂštement perdu le contrĂŽle du carrefour entre Sonnenallee et Weichselstrasse. Des nombreuses unitĂ©s de police essayent d’atteindre le carrefour, mais doivent faire marche arriĂšre sous la forte pluie de dĂ©bris. Les vitrines du magasin « BioCompany Â» sont cassĂ©es, pas loin un SUV brĂ»le.

21h20 : les flics envoyĂ©s ici depuis la Saxe et le Bade-Wurtemberg n’arrivent pas Ă  reprendre le contrĂŽle de la situation. Une partie d’entre eux est obligĂ©e Ă  s’enfuir en courant. Des deux cotĂ©s de SonnenallĂ©e des barricades brĂ»lent, l’une couvre presque toute la largeur de la route et rappelle un peu les incendies du G20 [Ă  Hambourg, en 2017 ; NdAtt.]. Les premiers flics essayent de rentrer dans la manif, mais sont chassĂ©s par une pluie de bouteilles.

21h30 : de plus en plus de pandores arrivent de toutes les cĂŽtĂ©s et lentement ils reprennent le contrĂŽle du carrefour. Les affrontements continuent vers Hermannplatz et les rues voisines.

21h45 : les rues sont encore pleines de monde. Des barricades en feu sur Panierstrasse et Weserstrasse. L’hĂ©licoptĂšre de police continue de survoler le quartier de Neukölln et des milliers de personnes sont en mouvement.

22h00 : le couvre-feu commence. Lentement, les flics reprennent le contrĂŽle de la situation. Les ponts vers le quartier de Kreutzberg sont bloquĂ©s par des cordons de flics, il y a des barriĂšres anti-Ă©meute partout et Ă  Oranienplatz – la place oĂč le cortĂšge aurait du se terminer – deux douzaines de camionnettes de la police et des Beleuchtungswagen [des vĂ©hicules blindĂ©s de la police, Ă©quipĂ©s de tourelles-phares pour Ă©claires des grandes surfaces la nuit] occupent le secteur.

22h30 : il y a encore des attaques sporadiques contre la police, mais la situation a changĂ© et elle est maintenant en faveur des flics.

23h00 : tout Ă  coup, depuis une arriĂšre-cour de Kottbusser Damm sont lancĂ© des fusĂ©es et des pĂ©tards. Les flics de l’unitĂ© BFE [les unitĂ©s spĂ©ciales d’intervention] du Bade-Wurtemberg n’ont pas le courage d’entrer dans l’arriĂšre-cour. Berlin n’est pas Fribourg.

24h00 : les 1er mai est fini.

Plus de cinquante interpellations. En ce moment, ils/elles sont tous sorti.e.s, Ă  part trois personnes qui sont en prĂ©ventive, accusĂ©es de dĂ©gradations, d’agression, de coups et blessures. 97 flics sont finis Ă  l’hosto.

Au revoir le 15 mai, aux cĂŽtĂ©s de nos frĂšres et sƓurs du squat Köpi pour dĂ©fendre le Wagenplatz menacĂ© d’expulsion.

Individualités anarchistes métropolitaines




Source: Attaque.noblogs.org