Février 16, 2021
Par Attaque
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Indymedia Nantes / mardi 16 février 2021

Le jeudi 11 février au soir, le Tagesspiegel a publié des extraits de la nouvelle décision de justice de la Kammergericht [cour d‘appel de Berlin, ndlt], selon lesquels l‘avocat Bernau ainsi que le gérant d‘immeuble auto-proclamé Luschnat sont autorisés à entrer dans la Rigaer94 en recourant à l‘assistance des forces de police, parce qu‘ils seraient des représentants valables de la société-écran Lafone [société prétendument propriétaire de l‘immeuble Rigaerstrasse 94, ndlt]. En cela, ce tribunal invalide de nombreuses décisions judiciaires précédentes, selon lesquelles leurs procurations n‘étaient pas valables. Ces décisions étaient, ces dernières années, l‘une des raisons pour lesquelles il a été impossible pour l‘Etat de détruire le projet politique qu‘est notre maison.

Alors que, pour nous, la „protection incendie » signifie en réalité la protection contre les pyromanes fascistes ou ceux de l‘état et qu‘aucun.e d‘entre nous n‘a le moindre intérêt à brûler dans sa propre maison (la preuve de cela, ce sont les deux inspections d‘experts de la protection incendie qui ont eu lieu sans accompagnement policier, lesquelles inspections ont permis de constater des manques qui, ironiquement, ont été provoqués par les flics eux-mêmes), la farce de la protection incendie ne sert à nos ennemis que comme énième tentative d‘attaquer notre maison.
Nous, en notre qualité de surface de projection pour la production de peurs et pour la vente de sécurités lors de la campagne éléctorale, faisons la promesse suivante à tous les partis et à tous les intéressés: quand nous nous effondrerons, il n‘y aura pas de vainqueur.

Il n‘est pas encore clair, actuellement, quel jugement va l‘emporter. Nous pouvons néanmoins nous attendre à ce que les responsables politiques envoient leurs flics aussi vite que possible. Pas seulement parce que la pression de ces derniers mois sur la présidente de la police de Berlin et sur le ministre de l‘intérieur de Berlin Andreas Geisel va encore accroître, mais aussi parce que ce prétexte tout trouvé représente, pour la soi-disante opposition et leurs fans dans les rangs des autorités de Berlin, l‘occasion de prendre position dans la pré-campagne électorale. Avec une nouvelle invasion, cette fois-ci au sein de la compétition des agresseurs pour tirer à soi et instrumentaliser les débris de nos portes défoncées et se traîner mutuellement dans la boue, l‘escarmouche juridique se terminerait comme prévu : les plaintes sans cesse renouvelées finiront bien – ce n‘est qu‘un question de temps – par obtenir d‘un tribunal un jugement dans le sens de l‘existant. Mais nous laissons ce domaine-là aux avocats …

Ce qui attend maintenant le Nordkiez [partie nord du quartier berlinois de Friedrichshain, où se trouvent la Rigaerstrasse94 et la Liebigstrasse 34, ndlt] et les structures solidaires et liées à la Rigaer94 ne connaît qu‘une réponse : la résistance dans la rue. Pour l‘instant, on ne s‘attend pas à beaucoup plus ni moins qu‘à une tentative d‘invasion comme déjà lors des étés 2016 et 2020, avec un siège organisé de la maison. Le souhait de détruire la maison et d‘affaiblir la résistance anticapitaliste à Berlin se cachera vraisemblablement, comme récemment lors de l‘expulsion de la baie de Rummelsburg, sous le prétexte de la protection incendie.
Le temps montrera bien combien les constructions montées par le ministère de l‘intérieur, les tribunaux et notamment les années de travail des départements de sûreté de l‘état du Landeskriminalamt [service de police judiciaire régional, ndlt] sont bancales. Mais pour ce qui est de nous, nous ne voulons plus attendre. Nous avons, en 2016, porté dans la rue avec des miliers de personnes combien nous sommes irréconciliables avec l‘état, ses sbires et ses attributs et avons un peu aidé l‘ancien ministre de l‘intérieur de Berlin Frank Henkel dans son retrait de la politique. Quatre ans plus tard, nous étions à nouveau confronté.es à un état de siège. Cette tentative de destruction de notre maison et des valeurs qui lui sont liées a été, elle aussi, un fiasco.
Avec l‘expulsion de la Liebig34 en octobre 2020, ce n‘est pas „seulement » un projet unique en son genre dans une ville presque complétement gentrifiée qui a été détruit, mais aussi une voie qui a été ouverte pour pouvoir se concentrer tout-à-fait sur la Rigaer94. La couverture de l‘événement par les médias, la propagande ciblée et les protagonistes, toujours les mêmes, étaient la préparation de l‘attaque de grande envergure que nous voyons venir contre notre projet. On voit que le gouvernement régional Rouge-rouge-vert [coalition, au niveau du gouvernement de Berlin, du parti social-démocrate SPD, du parti de gauche Die Linke et du parti écologiste Die Grünen, ndlt] prépare des faits en vue des éléctions à venir notamment avec l‘expulsion des camps de la baie de Rummelsburg. Le cynisme du programme du gouvernement se dévoile dans la formulation orwellienne „sauver des gens » lorsqu‘il s‘agit de détruire le peu que ces personnes avaient avec des engins de chantier.
Au-delà de Berlin aussi, les conditions s‘enveniment et deviennent de plus en plus menaçantes. Une invasion militaire dans le sud du Kurdistan qui a commencé il y a quelques jours, les flics qui assassinent partout dans le monde, la revanche des dirigeants en Grèce contre les participants à la guérilla urbaine et les états d‘urgence pandémique qui passent en force selon les régions donnent un aperçu d‘une année dystopique. Nous nous sommes compris.es et positionné.es durant ces dernières années comme une partie des luttes menées internationalement. Il nous est donc d‘autant plus important de ne pas considérer ces luttes commes isolées et déconnectées les unes des autres, et de non seulement les penser ensemble, mais encore de les mener ensemble.
Dans ce contexte, nous ne sommes qu‘un petit bâtiment insignifiant dans un quartier de Berlin défiguré par la gentrification. En tant que tel, nous appelons tou.tes celleux, qui ne veulent pas se soumettre au pouvoir des investisseurs.euses, à se préparer au Jour J. Ce jour, nous l‘attendons à nouveau à chaque instant.

A ce que les flics s‘étouffent avec nos ruines – Rigaer94

Note de la traduction: ce texte est le dernier retournement de situation dans la saga „protection incendie », qui est un outil pour tenter d‘expulser ou de gêner les squats. Pour la Rigaerstraße 94, bâtiment squatté à Berlin depuis les années 90, la question a déjà été abordée depuis la tentative d‘expulsion de 2016, et de façon beaucoup plus intense et concertée entre les différents ennemis (flics, gouvernement de Berlin, presse, municipalité de Friedrichshain/Kreuzberg) depuis la perquisition et l‘occupation policière de l‘été 2020.




Source: Attaque.noblogs.org