Novembre 8, 2021
Par Partage Noir
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Cet article a été publié en 1993 dans le numéro 11 de la revue Itinéraire – Une vie, une pensée : « Eugène Varlin ».

Pendant quelque temps très proche de Varlin au sein des sections parisiennes de l’Asso­ciation internationale des tra­vailleurs, Benoît Malon est né le 23 juin 1841 à Précieux (Loire). Fils de pauvres journaliers, il perdit son père à l’âge de deux ans. A sept ans, il dut gagner sa vie, d’abord comme gardien de dindons, puis comme berger, bouvier et enfin laboureur. Son instruction resta très rudimentaire jusqu’au moment où, à l’âge de vingt ans, il demeura pendant plusieurs mois lors d’une convalescence chez son frère qui avait réussi à devenir instituteur.

Après avoir séjourné à Lyon et Trévoux, il s’installa dans la région parisienne à l’automne 1863 et entra comme homme de peine aux Tein­tureries de Puteaux. Il fut l’un des fondateurs de l’Internationale en France et, en juillet 1866, parmi les dirigeants de la grève des ouvriers teinturiers de Puteaux. Par la suite, il devint l’un des animateurs de la Société civile d’épargne, de crédit mutuel et de solidarité des ouvriers de fabrique de Puteaux, Suresnes et pays environnants, qui se transforma en octobre 1867 en société de coopération dénommée la Revendication.

Il fit partie (avec E. Varlin et A. Richard) de la délégation française au congrès de l’AIT à Genève et signa également le Manifeste des délégués français au congrès [1]. Comme Varlin, il sera inculpé en 1868 et condamné en mai-juin à trois mois de prison et à une amende. A Sainte-Pélagie, il signe avec Varlin et la plupart des internationalistes détenus les deux lettres envoyées au congrès de Bruxelles. La seconde [2] proteste contre la résolution prise par le congrès d’appeler la Ligue de la paix et de la liberté à se dissoudre et déclare notamment : qu’au point de vue de la liberté, dont nous poursuivons la conquête, le droit de se croire la seule expression des aspirations d’une époque ne peut appartenir à aucune association isolée.

A sa sortie de prison, il fut pendant quelque mois membre de la Fraternité de Bakounine. Durant ces années, il était avec Varlin et Albert Richard l’un des internationalistes les plus actifs, organisant la formation de sections et de sociétés ouvrières. Correspondant ou rédacteur de la Marseillaise, il prit part aux grèves du Creusot de janvier à mars 1870. Inculpé avec Varlin et Pindy, entre autres, lors du troisième procès de l’AIT, il fut condamné pour avoir fondé une société secrète à un an d’emprisonnement et à une amende de 100 F.

De la mairie des Batignolles à Genève

Libéré au lendemain de la proclamation de la République (4 septembre 1870), il appela dans une circulaire, signée également par Varlin et Bachruch, les internationaux de province à la défense nationale qui est la chose capitale du moment, annonçant la révolution pour le jour de la victoire qui créerait les fondements de la société égalitaire que nous voulons. Elu adjoint au maire du 17e arrondissement, il signe l’Affiche rouge de janvier 1871 dénonçant au peuple de Paris la trahison du gouvernement et proposant trois mots d’ordre : réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse.

Le 8 février 1871, il fut élu repré­sentant de la Seine à l’Assemblée nationale où il vota contre les préli­minaires de paix, puis donna sa démission pour reprendre ses fonctions de maire des Batignolles. Elu membre de la Commune le 26 mars, il refusera la création d’un Comité de salut public et adhérera à la déclara­tion de la minorité : La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public.

Pendant la Semaine sanglante, il fut sauvé par Ferdinand Buisson et sa mère, et parvint ensuite à gagner Genève où, pour vivre, il fut succes­sivement vannier, typographe et portefaix.

Il y fera paraître, avec Eudes, Lefrançais et Razoua, le journal la Revanche et écrira son livre sur La Troisième Défaite du prolétariat français [3]. Benoît Malon assistera au congrès constitutif de la Fédération jurassienne et adhérera à la Section de propagande et d’action révolution­naire de Genève.

Il quitta Genève en février 1872 et s’installa quelque temps à Neuchâtel qu’il représenta au congrès de Locle de la Fédération jurassienne. En été, il quittera cette ville pour vivre avec André Léo (qui restera sa compagne jusqu’en 1878), d’abord à Milan, puis à Lugano et à Palerme. II collabora à la Révolution sociale et, jusqu’en mars 1876, au Bulletin de la Fédération jurassienne. En 1880, il fonde la première Revue socialiste (1880-1881 ; publiée de nouveau en 1885) et, à partir de 1882, fera paraître son Histoire du socialisme (trois vol., 1882-1885). Il meurt le 13 septembre 1893 à Asnières, 104, rue de Colombes, d’un cancer de la gorge.




Source: Partage-noir.fr