Novembre 2, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Sortie du film d’animation Black is Beltza : Ainoha

Vingt ans aprĂšs un premier opus Black is Beltza, ce rĂ©cit d’aventures et ce thriller politique raconte, sous la forme du voyage initiatique de son hĂ©roĂŻne Ainhoa, la fin de la guerre froide et la rĂ©pression policiĂšre face Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’activistes basques assoiffĂ©e de musique et de libertĂ©.
Ainhoa est nĂ©e par miracle Ă  La Paz, en Bolivie, aprĂšs que sa mĂšre, Amanda, a Ă©tĂ© tuĂ©e lors d’une attaque d’un commando paramilitaire. Elle a grandi Ă  Cuba et en 1988, Ă  l’ñge de 21 ans, elle entreprend un voyage initiatique au Pays basque afin de dĂ©couvrir la terre de son pĂšre Manex.

Le premier opus, Black is Beltza, racontait les pĂ©ripĂ©ties de jeunes militants basques dĂ©couvrant, au cƓur des annĂ©es 60, la lutte des Black Panthers Ă  New York puis entamant un grand pĂ©riple Ă  travers un monde en pleine Ă©bullition anticolonialiste et rĂ©volutionnaire. Manex est le hĂ©ros de cet opus. Parti Ă  la dĂ©couverte de New York, de la lutte pour les droits civiques et de la contre-culture, il Ă©tait alors loin de s’imaginer que c’était le dĂ©but pour lui d’un pĂ©riple loin de son Pays basque natal, entre Cuba et Mexico, en passant par Alger et MontrĂ©al.
Il y croisa des militants de tous bords, des agents de la CIA, des femmes passionnées et révolutionnaires.
Entre voyage initiatique et odyssĂ©e libertaire, Ă  la façon d’un Corto MaltĂ©s, Manex traversa le monde en Ă©bullition marquĂ© par la guerre froide et les mouvements de libĂ©ration des peuples. La fin de cet opus laissait la possibilitĂ© d’imaginer une suite d’aventures pour son protagoniste, Manex, mĂ©lange de pirate et de justicier romantique. Mais ce n’est pas la suite de ses pĂ©ripĂ©ties que l’on retrouve dans ce deuxiĂšme film d’animation, mais celles de sa fille : Ainhoa.

Le deuxiĂšme opus, Black is Beltza : Ainoha, dĂ©marre avec l’évasion rocambolesque de deux responsables de l’ETA lors d’un concert du groupe de rock basque Kortatu dans une prison de Pampelune. On retrouve les deux fugitifs quelques semaines plus tard Ă  Cuba oĂč nous dĂ©couvrons notre hĂ©roĂŻne, Ainhoa.
Au Pays basque, elle va faire connaissance avec les jeunes gens qui incarnent l’effervescence musicale et politique de la rĂ©gion, une nouvelle gĂ©nĂ©ration qui s’éveille au punk, Ă  l’indĂ©pendantisme et Ă  l’internationalisme. Parmi eux, elle dĂ©couvre Josune, photographe du journal indĂ©pendantiste Egun, rĂ©cemment emprisonnĂ©e et torturĂ©e en dĂ©tention par la police. Lorsque le petit ami de Josune meurt d’une overdose d’hĂ©roĂŻne, elle dĂ©cide d’accompagner Ainhoa dans son voyage. Elles vivent alors une succession d’aventures Ă  travers le monde, alors qu’en Espagne, l’hĂ©roĂŻne empoisonne la jeunesse.

Black is Beltza : Ainhoa est ancrĂ© dans le Pays basque de la fin des annĂ©es 80, alors que la jeunesse se rĂ©volte contre les politiciens corrompus et une police encore gangrenĂ©e par les nervis du franquisme. C’est un rĂ©cit d’aventures gĂ©opolitiques qui mĂšnera tambour battant ses protagonistes Ă  Beyrouth, puis Ă  Kaboul et enfin Ă  Marseille oĂč opĂ©rait la French Connection. Ce sont les derniĂšres annĂ©es de la guerre froide et Ainoha et Josune entrent dans le monde obscur des rĂ©seaux de trafic de drogue et de leurs liens Ă©troits avec les complots politiques.
Les deux volets de Black is Beltza traitent de la question de l’hĂ©roĂŻne au sein des mouvements sociaux et politiques. Les deux films dĂ©noncent l’action dĂ©mobilisatrice, promue par la police et le pouvoir politique, pour dĂ©truire les jeunes militants rĂ©volutionnaires.

À ce propos, un document intitulĂ© Le rapport Navajas a Ă©tĂ© publiĂ© par le procureur gĂ©nĂ©ral du tribunal provincial de Gipuzkoa en 1989. Il montre le lien qui existait entre le pouvoir policier, la sale guerre et le trafic de drogue, qui Ă©tait Ă  l’époque Ă©troitement liĂ© au gouvernement espagnol, ce qui a fait que deux ministres de l’IntĂ©rieur socialistes, Vera et Barrionuevo, sont allĂ©s en prison. L’un des outils de la sale guerre Ă©tait le financement provenant de l’hĂ©roĂŻne.

Le film questionne l’usage de la violence par les commandos de l’ETA. L’un des protagonistes affirme : « On ne lave pas le sang avec le sang ». À cette Ă©poque, pour beaucoup de militants refusant la spirale de violence, la paix et la coexistence passaient par la reconnaissance de l’injustice des crimes commis par l’ETA et des violations des droits humains. Ainhoa s’interroge aussi sur la nature du systĂšme cubain et dĂ©nonce le « machisme-lĂ©ninisme » incarnĂ© par les dirigeants castristes depuis leur prise du pouvoir en 1959.

Dans un style graphique trÚs années 80

, tonique et contrastĂ©, de l’illustratrice catalane Susanna MartĂ­n, Fermin Muguruza, Ă  travers le pĂ©riple de ses deux hĂ©roĂŻnes, raconte Ă  la fois l’incroyable vitalitĂ© de l’engagement de cette jeunesse, mais aussi, le rapport entre fiction et mĂ©moire collective, l’autodĂ©fense fĂ©ministe et l’instinct de mort qui guette Ă  travers le flĂ©au de la drogue.
La bande originale du film met en Ă©vidence le lien profond entre la danse, la musique et les luttes sociales, elle illustre parfaitement les paroles d’Emma Goldman : « Si je ne peux pas danser, ce n’est pas ma rĂ©volution ». À un rythme effrĂ©nĂ©, portĂ© par une bande son trĂšs rock n’roll qui ravira les nostalgiques de l’époque, Black is Beltza : Ainoha rĂ©ussit Ă  nous faire vivre les soubresauts d’un monde en plein bouleversement, dans des aventures Ă©chevelĂ©es oĂč se mĂȘlent policiers, espions, trafiquants et militants rĂ©volutionnaires.

Le réalisateur et scénariste : Fermin Muguruza
Le premier film d’animation de Fermin Muguruza, Black is Beltza, a ouvert les portes une Ă  une depuis sa premiĂšre en septembre 2018, remportant des prix et de nombreuses reconnaissances internationales. Avec beaucoup d’efforts, d’enthousiasme et en affrontant la censure, comme l’artiste basque a toujours dĂ» le faire.
Nous devons Ă©voquer le parcours Ă©tonnant de Fermin Muguruza. Il fut, Ă  la tĂȘte de deux groupes musicaux, Kortatu et Negu Gorriak, crĂ©Ă©s avec son frĂšre Iñigo, Ă  qui le film est dĂ©diĂ©. Fermin Muguruza a Ă©tĂ©, Ă  partir du milieu des annĂ©es 80, la figure du rock alternatif basque pendant 20 ans. Le succĂšs de Kortatu dĂ©passa rapidement les PyrĂ©nĂ©es, Fermin a invitĂ© en premiĂšre partie de ses concerts les petits jeunes de La Mano Negra.
Mais au-delĂ  de la musique, Fermin Muguruza s’est affirmĂ© comme une personnalitĂ© importante au Pays basque sud, y compris dans les discussions autour du processus de paix. Pas Ă©tonnant que Black is Beltza : Ainoha a eu droit Ă  sa premiĂšre mondiale Ă  San Sebastian, devant 3 000 spectateurs enthousiastes.

Un strapontin pour deux
Mireille Mercier et Daniel PinĂłs

PrĂ©cision essentielle : il n’est pas du tout nĂ©cessaire d’avoir vu le premier Black is Beltza pour voir et apprĂ©cier Black is Beltza : Ainhoa.

Fermin Muguruza, le réalisateur et Sussana Martín, la graphiste

Sortie en salle : 16 novembre 2022
Espagne
Année de production : 2022
Langue : basque, sous-titrage : français
Durée : 1 h 20




Source: Monde-libertaire.fr