Avril 15, 2022
Par Marseille Infos Autonomes
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“5 ans aprĂšs 2017, c’est Ă  nouveau la fausse alternative Macron-Le Pen qui fait office de second tour aux prĂ©sidentielles. Fausse alternative ne signifie pas que Le Pen et Macron, ce soit la mĂȘme chose. Les militants rĂ©volutionnaires savent bien l’importance des rythmes, conscients qu’il y a des annĂ©es qui passent en quelques jours, dans le sens de l’émancipation comme de la rĂ©action. Si tous les chemins mĂšnent Ă  Rome, certains sont plus longs que d’autres et ces interstices sont gros de possibilitĂ©s pour celles et ceux qui ont Ă  cƓur de construire un autre monde.



L’arrivĂ©e de Le Pen Ă  la tĂȘte de l’État signifierait Ă©videmment une accĂ©lĂ©ration inĂ©dite d’un ensemble de tendances dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre.
Les bandes fascistes redoubleraient d’activitĂ©, soutenues voire dĂ©bordĂ©es par certains secteurs au sein de l’État, en premier lieu la police et certaines de ses sections comme la BAC. D’activitĂ© cela veut dire de ratonnades, de meurtres, d’emprisonnements, d’humiliations quotidiennes. Cela signifie pour les musulmans, les noirs, les arabes, les asiatiques, les rroms, les juifs, les femmes, les pauvres, les rĂ©volutionnaires, un exercice gĂ©nĂ©ralisĂ© de la terreur. L’interdiction annoncĂ©e par Marine Le Pen du voile comme de la nourriture halal et casher renoue ouvertement avec une question coloniale jamais rĂ©glĂ©e, mais vient aussi radicaliser des tendances poussĂ©es par les derniers gouvernements dont la responsabilitĂ© est Ă©norme.

Car les dissolutions du CCIF et de Baraka City, des ComitĂ©s Palestine vaincra et de la GALE (rendues possibles par la loi contre le sĂ©paratisme) nous rappellent que l’extrĂȘme-centre au pouvoir depuis des dĂ©cennies se radicalise tellement qu’il rend dĂ©jĂ  impossible pour beaucoup d’entre nous de lutter lĂ©galement contre l’islamophobie, l’impĂ©rialisme ou les bandes fascistes. Et il n’y a aucune raison de penser que Darmanin ne continue pas ses basses Ɠuvres sous un gouvernement Macron, ni qu’un gouvernement Le Pen fasse preuve de plus d’imagination et de plus d’empressement. C’est l’existence mĂȘme d’un mouvement de rĂ©sistance Ă  l’oppression que ces deux tendances, Ă  des rythmes diffĂ©rents, mettent en cause. Et il y aurait tant Ă  dire sur la violence promise par Macron avec la rĂ©forme des retraites, la disparition de PĂŽle Emploi, la rĂ©forme de l’assurance maladie
 Et la folie raciste qui caractĂ©rise la prĂ©sidence Macron laisse penser qu’il n’y aura que de mauvaises surprises.

Face Ă  cette situation, il ne faut pas pour autant se rĂ©soudre Ă  penser dans les termes induits par le systĂšme Ă©lectoral de la Ve RĂ©publique. Le pays n’est pas partagĂ© entre fascistes et fascisateurs. Un bloc populaire rĂ©siste depuis de longues annĂ©es et Ă©merge Ă  nouveau avec Ă©clat dans le score de l’Union populaire. La carte Ă©lectorale de ce dernier, qui voit une alliance entre les colonies, les quartiers populaires Ă  majoritĂ© non-blanche, la jeunesse et la petite-bourgeoisie des centre-villes, n’est peut-ĂȘtre pas parvenue Ă  accĂ©der au second tour en raison des mĂ©canismes propres au jeu Ă©lectoral, mais signe la traduction de percĂ©es politiques menĂ©es par un certain nombres de luttes au cours des annĂ©es passĂ©es, des Ă©meutes de 2005 et l’antiracisme politique autonome aux gilets jaunes, de la radicalitĂ© du cortĂšge de tĂȘte aux luttes Ă©cologistes et fĂ©ministes.

Dimanche dernier n’est pas le chant du cygne de ce bloc, ni la seule victoire de la stratĂ©gie de l’Union populaire, mais un moment de plus dans la sĂ©quence de conflictualitĂ© qui agite le pays depuis 2016. À nous de continuer ce moment. D’abord en prenant la rue dĂšs samedi massivement pour rappeler par tous les moyens possibles notre opposition aux racistes bons teints des palais macronistes comme aux frontistes old school. Mais « la rue Â» ne peut pas ĂȘtre la rĂ©ponse toute faite Ă  ceux qui jalousent les scores de l’Union populaire ou regrettent de n’avoir pas pris le train Ă  temps. Prendre la rue, c’est un ensemble de questions trĂšs prĂ©cises, Ă  discuter dans des cadres efficaces et capables. Mais aussi un moment et un espace parmi beaucoup d’autres tout aussi impĂ©rieux. Il nous faut structurer ce bloc populaire. Structurer c’est-Ă -dire organiser la spontanĂ©itĂ© dans la rue et l’autodĂ©fense quotidienne dans chaque quartier, imaginer l’agitation culturelle et se doter d’infrastructures Ă  la hauteur de la situation. Inventer une esthĂ©tique, construire des rĂ©seaux, faire bloc.

Face au fascisme qui vient et Ă  ce qui le rend chaque jour non seulement possible mais plus proche, pas de front unique d’étiquettes vides de sens mais une attention renouvelĂ©e aux formes prises par les luttes des subalternes, Ă  leurs espaces et Ă  leurs expressions. Pas de rĂ©ponses rituelles et de discours tout faits mais la question Ă  nouveau posĂ©e de la diversitĂ© des tactiques et de son articulation rĂ©elle. Celle, stratĂ©gique, de l’autonomie des luttes, notamment antiracistes et fĂ©ministes, et de leurs points de rencontres.

Et pas de défaitisme intégré ni de cynisme intégral.

Faire bloc. Faire mieux. Vaincre.




Source: Mars-infos.org