Décembre 16, 2022
Par Le Mouton Noir (QC)
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En juin dernier, le Regroupement des MRC de la Gaspésie et Vivre en Gaspésie ont lancé leur nouvelle image de marque régionale intitulée ‘’ S’investir en Gaspésie : Bâtir la Gaspésie ensemble, une habitation à la fois ‘’. Ce slogan est le début d’une campagne marketing avec pour but d’aider les nouveaux arrivants à se loger sur le territoire gaspésien, où les opportunités de logement demeurent, à première vue, limitées. L’idée de départ semble bonne, et plusieurs solutions sont dites envisageables. Or, le site internet à l’ambiance urbaine et sombre affiche comme principale solution la maison luxueuse préfabriquée habitée par une famille québécoise très conventionnelle, aucun support visuel ne permet d’imaginer, par exemple, un habitat collectif écologique habité par des familles ou des étudiants aux origines variées. La diversité culturelle est tout simplement absente des supports visuels, de même que les habitats légers et les autres solutions innovantes. Même le terme de mini-maison (écologique?) employé sur le site internet reste assez vague et toujours sans support visuel ni description quelconque. Malgré tout, un court sondage est disponible sur le site internet à l’attention de la population gaspésienne afin de cibler la vision de ceux-ci en termes de logement pour les nouveaux-arrivants.

En Gaspésie, les opportunités de logement sont souvent partagées via des moyens alternatifs et ancestraux, notamment par le bouche-à-oreille et dans un cercle social restreint. On dirait que la plupart des personnes qui déménagent en Gaspésie viennent de la grande ville et semblent vouloir recréer la banlieue urbaine en région, au détriment des écosystèmes et de la faune sauvage. Le trafic intense sur la route 132 est devenu extrêmement bruyant au fil du temps et les nouveaux arrivants comme certains locaux désirent maintenant habiter sur des rues davantage silencieuses, dans la forêt ou sur les contreforts des monts. Or, ce désir qui se concrétise violemment tend à détruire l’âme des villages qui deviennent des banlieues asphaltées aux allures urbaines. Les maisons préfabriquées sont partout, et la demande est en hausse pour ces habitations luxueuses et surannées. Les forêts gaspésiennes sont agressées de toute part ; les entreprises forestières rasent le cœur de la péninsule tandis que les entreprises de construction immobilière grugent les berges et les collines montagnardes.

En prenant le problème au sérieux, il est possible d’accueillir les nouveaux arrivants dans des logis alternatifs et innovants en tout respect des écosystèmes. Il est fort probable que les locaux soient eux-mêmes prêts à modifier leur mode de vie, par exemple, en partageant leur logis avec une famille nouvelle-arrivante, en construisant une mini-maison à louer sur leur terrain ou en aidant des nouveaux résidents à rénover leur vielle maison ancestrale. Ainsi, nul besoin de détruire la forêt pour construire un quartier d’immenses maisons luxueuses où toutes les cours gazonnées donnent sur les autres, au bord de rues asphaltées d’un noir brulant et bien sûr, sans pistes cyclables.

L’idéal reste de verdir les villes et de les rendre campagnardes autant que possible pour éviter l’exode des citadins en région et pour améliorer la qualité de vie des personnes qui n’ont pas les moyens de fuir la grande ville. La France connaît un problème quasi-similaire à la campagne là-où plusieurs riches se construisent des demeures hors de prix pour y passer leurs vacances deux semaines par année, sans même contribuer socialement à la vitalité des villages.

En Gaspésie, il semble que le scénario du vieux film français ‘’ L’arbre, le maire et la médiathèque ‘’ se joue continuellement. Dans cette comédie dramatique, un instituteur engagé souligne que les architectes ‘’ qui ont fait les beaux-arts et étudié la peinture ‘’ n’hésitent pourtant pas à accepter le contrat d’un projet de construction qui entraîne ‘’ le saccage à coup de bulldozer de paysages naturels intouchables dignes des plus grands chefs d’œuvre des maîtres hollandais ‘’. Il nuance que ‘’ ce n’était peut-être pas aussi grave autrefois car des paysages aussi beaux les uns que les autres naissaient à chaque coin de rue mais maintenant qu’ils se font rares il faut les conserver tous ‘’. Tel que raconté dans ce film des années quatre-vingt-dix, les arbres sont toujours coupés pour une raison ou pour une autre ‘’ comme si la plus belle vue n’était pas celle d’un arbre ‘’. Une partie de la morale de cette histoire est que les espaces verts méritent d’être protéger en région. En effet, si les touristes et les locaux apprécient la Gaspésie, c’est bien parce que la nature sauvage y est encore préservée de l’ambiance urbaine.




Source: Moutonnoir.com