La situation actuelle nous semble nécessiter une mise au point concernant le mouvement « anti masques ».

CND n’est pas, a priori, ce qu’on appelle un mĂ©dia complaisant envers le pouvoir et le systĂšme. On nous reproche mĂȘme d’ĂȘtre trop dans la critique du gouvernement.

Pourtant, nous ne pouvons relayer ou encourager les attaques actuelles contre l’efficacitĂ© du port du masque, voire mĂȘme sur la remise en cause du Covid et de son impact sanitaire.

DĂšs le dĂ©but de la crise, nous avons dĂ©noncĂ© le manque de masques pour le grand public. Surtout, nous avons criĂ© notre colĂšre face aux mensonges du pouvoir, et des « experts mĂ©diatiques Â» qui clamaient que le masque Ă©tait totalement inutile (voire mĂȘme contre-productif) pour la population. A l’époque, on nous traitait de complotistes ! Cette conviction que le masque Ă©tait un Ă©lĂ©ment important pour ralentir la propagation du virus, nous l’avons acquis auprĂšs d’études et de chercheurs Ă©trangers. Avant le Covid 19, la planĂšte avait dĂ©jĂ  connu de nombreuses Ă©pidĂ©mies meurtriĂšres. Notamment en Asie. DiffĂ©rentes Ă©tudes de ces crises ont montrĂ© Ă  quel point l’usage massif du masque par la population contribuait Ă  ralentir la propagation de ces virus.

Si Macron et son gouvernement ont prĂ©tendu le contraire pendant des semaines, c’est Ă  nos yeux moins par incompĂ©tence que par choix stratĂ©gique pour Ă©viter une panique gĂ©nĂ©rale (la France Ă©tant Ă  ce moment-lĂ  en pĂ©nurie).

Maintenant que les stocks sont suffisants, le pouvoir change totalement de discours (et les mĂ©dias du pouvoir avec). Le masque serait l’unique solution pour Ă©viter une deuxiĂšme vague.

Si ce changement de discours est risible (et grave), il n’empĂȘche que l’usage massif du masque par la population reste objectivement un des leviers pour freiner la remontĂ©e du virus. Nous ne voyons pas comment il est aujourd’hui possible de remettre en cause ce fait. Les masques ne nous protĂšgent pas Ă  100% mais rĂ©duisent trĂšs fortement la propagation. Le porter permet bien plus de protĂ©ger les autres que de se protĂ©ger. Et c’est essentiel.

Loin de nous la perte d’envie de dĂ©noncer le cynisme de Macron et de son monde, y compris dans la gestion du Covid. Mais il y a malheureusement bien des sujets sur lesquels se focaliser pour ne pas avoir Ă  en crĂ©er un de toute piĂšce : demander des masques gratuits, notamment pour les plus dĂ©munis, dĂ©noncer les mesures liberticides, le traçage de nos vies sous prĂ©texte sanitaire, les abus d’une police qui s’est sentie toute puissante en pĂ©riode d’état d’urgence sanitaire, les choix politiques qui se font pour les patrons des grandes entreprises et sur le dos des plus prĂ©caires, le manque de mesures sanitaires pour les travailleurs


L’un des principaux arguments des anti-masques Ă  travers le monde est de pouvoir « avoir le choix Â». La libertĂ© individuelle. Mais oĂč Ă©taient ces milliers de dĂ©fenseurs des libertĂ©s au moment du confinement ? En France, oĂč Ă©taient-ils quand des personnes se sont fait tabasser par la police pour ĂȘtre sorti sans autorisation ou pour avoir dĂ©passĂ© la distance de son domicile ? On entendait personne Ă  ce moment-lĂ . Mais lĂ , quand il s’agit de dĂ©fendre sa libertĂ© fondamentale de ne pas porter un masque de protection
 C’est une toute autre histoire. Étrange histoire Ă  nos yeux.

Et puis il y a les soignants. Ces travailleurs en premiĂšre ligne, qui ont payĂ© au prix fort les erreurs politiques et Ă©conomiques de la France, notamment par manque de masques et de combinaisons. Ces soignants que nous avons applaudis tous les soirs Ă  20h. Ces soignants que nous avons accompagnĂ©s en manifestations dĂšs les premiers jours de dĂ©confinement. Ces soignants qui restent farouchement en colĂšre contre Macron et son gouvernement, mais qui continuent de nous dire qu’il faut plus que jamais porter un masque pour Ă©viter de se retrouver dans une nouvelle sĂ©quence oĂč les hĂŽpitaux seraient totalement saturĂ©s. Et lors de laquelle ils devraient « choisir Â» quels patients soigner.

Cette rĂ©alitĂ©, qui peut la nier sans salir la mĂ©moire des milliers de morts et le travail de centaines de milliers de soignants ?

Alors, oui, nous continuerons Ă  dĂ©noncer ce systĂšme et ceux qui en profitent, y compris sur la gestion du Covid. Mais non, nous n’irons pas remettre en question l’intĂ©rĂȘt du port du masque.


Article publié le 24 AoĂ»t 2020 sur Lahorde.samizdat.net