Janvier 23, 2023
Par Le Numéro Zéro
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Dans la nuit de samedi à dimanche, des militant-es ont accroché une banderole sur le Crassier de Saint-Étienne en solidarité à Alfredo Cospito, un anarchiste italien torturé par l’État Italien dans le régime du 41 bis, régime de haute sécurité qui est le degré extrême de l’acharnement en prison avec des restrictions de liberté et des conditions de vie atroce, afin de d’empêcher le/la détenu de continuer à nuire depuis sa cellule.

Il a entamé une grève de la faim depuis maintenant plus de 90 jours pour protester contre le régime carcéral du 41 bis auquel il est soumis depuis le mois de mai dernier. Sa vie est en danger, mais il n’a pas l’intention d’abandonner. Alfredo Cospito a fait un choix politique. Il défie la mort pour poursuivre une revendication spécifique. Par sa grève de la faim, il veut obtenir l’abolition du 41 bis et la fin de la perpétuité incompressible.

Le 19 janvier, il a déclaré à son avocat qu’il était en pleine possession de sa capacité mentale et qu’il s’opposerait de toutes ses forces à l’alimentation forcée.

« A leur impitoyabilité et leur acharnement, j’opposerai ma force, ma ténacité et la volonté d’un anarchiste et d’un révolutionnaire conscient.

Je vais continuer jusqu’à la fin. Contre 41 bis et la prison à vie incompressible.

La vie n’a aucun sens dans cette tombe pour les vivants.

Alfredo Cospito »


Contexte de la situation :

Alfredo Cospito est un anarchiste emprisonné depuis 2013 condamner à 9 ans de prison pour avoir tiré dans les jambes du principal gestionnaire de l’énergie atomique en Italie, l’administrateur délégué d’Ansaldo Nucleare à Gênes. Puis en 2020, dans le cadre du procès « Scripta Manent » impliquant 23 anarchistes, il a été condamner à 20 ans de prison pour « association subversive avec finalité de terrorisme et de subversion de l’ordre démocratique ». C’est le cas aussi d’Anna qui à été condamner dans le cadre du procès Scripta Manent à 16 ans de prison.

À la suite de l’opération Scripta Manent, Alfredo et Anna sont accusé-es d’avoir commis un « massacre politique », pour la pose de deux bombes en 2006 devant une école de carabanieri (équivalent des gendarmes) qui n’ont tué et blessé personnes. Pour deux actions démonstratifs, Alfredo et Anna sont poursuivies pour massacre mais sans morts, ni blessé-es, tout un concept.

Le procureur demande la prison à perpétuité incompressible pour Alfredo et 27 ans de prison pour Anna.

Cette accusation de « massacre politique » est aussi utilisé contre Juan, militant anarchiste Italien condamner à 28 ans de prison le 9 juillet 2022, car il a été tenu pour responsable de l’attaque explosive contre le siège trévisan du parti d’extrême-droite la Lega en août 2018, à Villorba.

Un « massacre » encore une fois sans morts, ni blessé-es.

Il est fort probable que ces accusations deviennent normalité à l’encontre des militant-es anarchistes et révolutionnaire.

[En fin d’article, les déclarations d’Alfredo et Anna devant la cour d’appel des assises de Turin.]

Face à cette répression inédite, un appel international à l’action pour une semaine de solidarité avec Alfredo Cospito et pour la fin du 41 Bis, aura lieu du 22 au 28 janvier.

« il est urgent d’approfondir et de multiplier nos gestes de solidarité internationaliste et de déployer toutes nos forces contre toutes les expressions de domination.

Nous espérons que cette initiative pourra être traduite et diffusée par les camarades anti-autoritaires du monde entier.

Nous espérons également que cette campagne pourra surmonter les murs de la prison qui isolent le camarade Alfredo, afin qu’il puisse ressentir toute notre solidarité et notre complicité dans cette guerre. »


La semaine d’action qui arrive risque d’être historique dans la démonstration de solidarité de la part des anarchistes du monde entier !

NE LAISSONS PAS ALFREDO TOUT SEUL ! FIN DU RÉGIME 41 BIS ! LIBERTÉ POUR ALFREDO COSPITO ! MORT À L’ÉTAT ET VIVE L’ANARCHIE !


Déclaration de Alfredo Cospito le 5 décembre 2022 lue devant la cour d’appel des assises de Turin :

« Je ne lirai que quelques lignes. Avant de disparaître définitivement dans l’oubli du régime 41 bis, permettez-moi de dire peu de choses, puis je me tairai à jamais.

La magistrature de la République italienne a décidé que, étant trop subversif, je ne pouvais plus avoir la possibilité de revoir les étoiles, la liberté. Elle m’a enterré définitivement dans une perpétuité incompressible, que je ne doute pas que vous me donnerez, avec l’accusation absurde d’avoir commis un « massacre politique » pour deux attentats démonstratifs en pleine nuit, dans des lieux déserts, qui ne devaient et ne pouvaient blesser ou tuer personne, et qui de fait n’ont blessé ni tué personne.

Et non contents de cela, en plus de la perpétuité incompressible, vu que je continuais depuis la prison à écrire et à collaborer à la presse anarchiste, il a été décidé de me fermer la bouche pour toujours avec la muselière médiévale du 41bis, en me condamnant à des limbes sans fin en attente de la mort.

Je ne l’accepterai pas et je ne me rendrai pas ; je continuerai ma grève de la faim pour l’abolition du 41bis et de la perpétuité incompressible jusqu’à mon dernier souffle, afin de faire connaître au monde ces deux abominations répressives de ce pays.

Nous sommes 750 dans ce régime et c’est aussi pour cela que je me bats. Avec à mes côtés mes frères et sœurs anarchistes et révolutionnaires.

Je suis habitué à la censure et aux écrans de fumée des médias, dont le seul but est de monstrifier tout opposant radical et révolutionnaire.

Abolition du régime 41 bis.

Abolition de la perpétuité incompressible.

Solidarité avec tous les prisonniers anarchistes, communistes et révolutionnaires du monde entier.

Toujours pour l’anarchie. »

Déclaration d’Anna Beniamino
devant la Cour d’appel des assises de Turin

« Ce procès est un procès politique, qui vise depuis le début à administrer une punition exemplaire, un procès de nos identités d’anarchistes plutôt que des faits, un procès de ceux qui n’abjurent pas leurs idées.

Un massacre sans massacre attribué sans preuve est le sommet d’un effort croissant des services anti-terroristes et du Parquet pour exorciser le spectre de l’anarchisme d’action.

C’est dans le même but que se place l’imposition du régime 41 bis à Alfredo Cospito, coupable d’entretenir des rapports avec le mouvement anarchiste depuis la prison.

La grève de la faim jusqu’à la mort que le compagnon est en train de mener depuis le 20 octobre est le dernier recours contre l’isolement et la privation sensorielle, physique, psychique, contre un bâillon politique. Un bâillon qui l’a même empêché de lire les raisons de la grève elle-même.

Le 41 bis est le degré extrême de l’acharnement des régimes différenciés : des prisons où l’isolement continu et la surpopulation des sections ordinaires sont les deux faces d’un système visant à anéantir l’individu. Des prisons où des massacres, les vrais, se sont passés et se passent encore : dans la répression des révoltes de 2020, dans la succession de suicides, dans le traitement des prisonniers les plus pauvres et les plus fragiles comme un « matériau résiduel » de la société techno-capitaliste dominante.

Si quelque chose arrive à Alfredo Cospito, n’importe quel individu doté d’un esprit critique comprendra qui sont les commanditaires et les exécutants de son anéantissement physique, après avoir échoué à effectuer celui politique et de son idéal.

Je suis consciente d’être l’otage d’un système qui cache son effondrement politique, économique, social et environnemental derrière le fétiche de la « sécurité » et du « terrorisme ».

Il est nécessaire de s’y opposer. Vous pouvez détruire la vie des personnes, vous ne réussirez pas à éteindre la pensée et les pratiques anti-autoritaires.

Vous ne réussirez pas à briser la tension révolutionnaire, vous ne réussirez pas à éteindre l’anarchie.

Je salue Alfredo et tous les compagnons. »




Source: Lenumerozero.info