Septembre 13, 2021
Par Paris Luttes
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– Fascisme culturel : analyse –

Il fut un temps pas si lointain où le cinéma français se moquait de la police, avec des films comiques sur « Les ripoux », où Coluche incarnait un « Commissaire Labavure ». Une époque où il était normal de tourner les gendarmes en dérision, et où les chansons populaires critiquaient les uniformes. C’était avant que l’imaginaire d’extrême droite ne contamine absolument toute la société française. Avec le film « BAC Nord », c’est un authentique long métrage de propagande d’extrême droite qui a déboulé sur les grands écrans, et dont la presse fait une promotion écœurante. Ce film est un cadeau de rentrée pour Marine Le Pen, qui tweete : « la réalité c’est ce film ! Allez le voir ! » BAC Nord, c’est donc « la réalité » vue par le Rassemblement National.

➡️ UNE HISTOIRE VRAIE ACCABLANTE

Non seulement ce film est un monument à la gloire de la police, mais il s’inspire de faits réels peu glorieux. En 2012, 18 policiers membres de la BAC du Nord de Marseille sont arrêtés pour corruption, racket, trafic de drogue et enrichissement personnel. Des enquêteurs trouvent des sachets de cannabis dans les placards du commissariat. En première instance, le tribunal correctionnel de Marseille condamne onze policiers à des peines allant de deux mois à un an de prison avec sursis et prononce sept relaxes. En appel, les agents doivent être rejugées dans les mois qui suivent. Bref, c’est une affaire de ripoux qui ressemble à celle de la Compagnie d’Intervention du 93, impliquée l’an dernier dans une vaste affaire de violences et de trafics de drogue. Ainsi, « BAC Nord » traite d’une affaire judiciaire en cours, et ne se gêne pas pour prendre ouvertement parti, en utilisant de vraies images d’archives mélangées à des éléments de fiction censés prouver que les policiers n’ont fait que leur travail. Qu’ils étaient « obligés » d’agir ainsi. Héroïser de « bons flics » est déjà une routine quotidienne dans les médias. L’objectif de BAC Nord est de faire passer des agents condamnées pour des gentils.

➡️ DES POLICIERSROÏSÉS

Le monde de BAC Nord se résume de façon rudimentaire : les héros sont les policiers de terrain, courageux, virils, sincères et contraints d’utiliser des méthodes illégales pour enquêter sur les « méchants ». En face, les habitants des quartiers : uniquement des dealers, eux même uniquement effrayants, inhumains, surarmés, dangereux. Ils constituent une masse hostile et sont montrés comme des animaux dangereux, des zombies à neutraliser par tous les moyens. Et puis il y a l’IGPN, la police des polices. Dans la vraie vie, l’IGPN est une machine à protéger les policiers, plus personne ne l’ignore en France. Dans BAC Nord, l’IGPN est composé d’enquêteur tatillons, méticuleux, qui font tout pour empêcher les policiers de terrain de combattre les voyous. Le montage, la musique, la mise en scène : tout est mis au service d’un constat manichéen. Le même genre de procédé de propagande avait été vu dans la série « Engrenage » : une saison était consacrée à la lutte de policiers contre « l’ultra-gauche » en 2012. Les militants y étaient présentés comme des illuminés fanatiques, armés et dangereux, face à des policiers démunis. Dans un des épisode, un policier éborgnait « par erreur » un squatteur avec son Flash-Ball, et toute la narration visait à rendre ce tir compréhensible et légitime. Ici, c’est pire, et c’est sur grand écran que ça se passe.




Source: Paris-luttes.info