Novembre 24, 2020
Par CQFD
380 visites


Photo Georges Azenstarck {JPEG}

Georges a un petit-fils dans la classe de ma fille. Son père, Ben, me choppe un jour pour me dire que son père a moulon de photos qu’il pourrait passer à CQFD : « Des cartons de photos de manifs surtout. » L’aubaine pour moi qui vendais encore le canard à la criée en manif. Un jour, je file dans son grand appart des allées Gambetta et me retrouve dans une pièce avec des milliers de boîtes et de photos : des ouvriers, des petites mains, des télégraphistes, des mineurs en larmes après un coup de grisou, des lycéens bondissant dans les manifs parisiennes de 1986… Plus je gratte plus j’en découvre. Et Georges peut tout me commenter, lui qui ne se rappelle plus où il habite. Il me fait voyager de Pékin à la Havane, alors qu’il met deux plombes à descendre boire un café au troquet du coin. Ô vieillesse ennemie…

Une photo, une banderole : « Pandraud, nous sommes des millions de Malik [1] ». C’est, en 1986, le départ d’une manif contre la loi Devaquet sur les universités. Sur un autre cliché : un congrès de l’Union des étudiants communistes où des milliers de chevelus en chandail démodé lèvent le poing. Un troisième tirage : un ouvrier en casquette, debout sur une tribune, harangue les mecs devant une petite usine de la couronne parisienne.

Moi, je cherche frénétiquement des photos jamais publiées du 17 octobre 1961, parce que Georges a documenté ce massacre bien français d’Algériens en plein Paris. « Je me souviens de deux flics qui lavaient le sang sur la chaussée », me dit-il [2]. Je découvre des clichés avec des corps tués et entassés sur le boulevard Poissonnière. Mais pas de tirage inédit.

Né en 1934, Georges avait côtoyé Che Guevara, Henri Krasucki, Yves Montand, Gérard Mordillat, Robert Doisneau… Issu d’une famille ashkénaze, il avait perdu vingt-deux des siens pendant la Shoah. Quand, à l’âge de 15 ans, il s’était mis à la photo, c’était peut- être pour garder en mémoire ceux qui ont disparu.

Christophe Goby



Source: Cqfd-journal.org