FĂ©vrier 21, 2022
Par Le Monde Libertaire
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AY CARMELA ! D’aprĂšs JosĂ© Sanchis Sinisterra . Adaptation et mise en scĂšne de Lionel Sautet
Traduction AngelĂšs Munoz

Photo Le dandy manchot

Avec Caroline Fay, Lionel Sautet
Crétion lumiÚre : Raphaël Maulny
Musiques additionnelles : Marwen Kam-Marti et Fusta !
Costumes et accessoires : MaĂŻlis Martinsse
Production : Cie Les funambules
Coréalisation : Théùtre Lucernaire

AY CARMELA ! Quel·le espagnol·e ignore Carmela cette hĂ©roĂŻne anonyme qui incarne la rĂ©sistance des RĂ©publicains . Pendant la guerre d’Espagne tous les rĂ©sistants avaient sur les lĂšvres la chanson AY CARMELA.

Dans la piĂšce de JosĂ© Sanchis Sinisterra, figure incontournable du thĂ©Ăątre espagnol d’aujourd’hui, Carmela est une artiste de variĂ©tĂ©s. Elle et son mari Paulino sont des artistes de thĂ©Ăątre ambulant pris au piĂšge lors d’un affrontement particuliĂšrement sanglant Ă  BALCHITE entre les rĂ©publicains et les franquistes. Ils sont contraints de se produire devant un parterre de franquistes et de lĂ©gionnaires italiens envoyĂ©s par Mussolini en Espagne pour prĂȘter main forte aux franquistes.

Si la guerre d’Espagne n’est pas le sujet de la piĂšce, elle en est la toile de fond. Les amateurs du thĂ©Ăątre classique pourraient ĂȘtre dĂ©contenancĂ©s par la dramaturgie sans unitĂ© de temps qui « fonctionne comme un long flash-back » . DĂšs le dĂ©but de la piĂšce le spectateur comprend qu’un drame a eu lieu. Il assiste aux retrouvailles de Paulino et Carmela qui revient du monde des morts. Elle est un fantĂŽme sans en avoir l’apparence. Carmela bien que morte, stricto sensu, est bien vivante. Elle forme avec Paulino un vĂ©ritable couple d’amoureux qui partagent la mĂȘme passion pour le thĂ©Ăątre, la danse et le chant et dont la vie du jour au lendemain va basculer.

Paulino interprĂ©tĂ© par Lionel Sautet rĂ©solument apolitique – « On est des artistes nous, non ? Alors la politique on s’en tape ! On fait ce qu’on nous demande, et puis c’est tout ! » entend bien se soumettre aux injonctions des franquistes. Carmela n’a pas non plus de conscience politique mais c’est plus fort qu’elle, elle ne peut accepter de collaborer avec les franquistes et en manifestant son opposition sur scĂšne, elle devient la cible et s’écroule.

Les personnages ne sont pas des hĂ©ros. La guerre va bouleverser leurs habitudes, leur train train quotidien. Elle va tout chambouler jusqu’à remettre en question la finalitĂ© de leur art. Carmela ne va plus chanter seulement pour divertir le public, elle va chanter de tout son cƓur pour rĂ©sister Ă  l’oppression.

Ay Carmela constitue une mise en abyme d’une conscience de l’acteur·trice qui dans des circonstances extrĂȘmes, ici celle de la guerre d’Espagne, n’est plus seulement acteur·trice sur scĂšne mais devient acteur·trice dans l’Histoire dĂšs lors qu’iel profite de sa prĂ©sence sur scĂšne pour exprimer ses convictions. Carmela sera victime du coup de projecteur sur son visage qui rĂ©vĂ©lera sa rĂ©sistance au parterre des franquistes. Elle sera victime mais gagnante aussi car elle aura pu dire sa vĂ©ritĂ©.

La Compagnie des funambules signe un spectacle trĂšs engagĂ© , trĂšs intense. Caroline Fay que nous avons connue sous les traits d’une « Barbue » (le spectacle des 4 Barbues) incarne Carmela de tout son talent, sa fougue, sa sensualitĂ©. Et elle chante et elle danse comme Carmela sans doute Ă  en perdre la raison. Lionel Sautet est moins gĂątĂ© par son personnage plutĂŽt lĂąche mais on est tentĂ© de lui pardonner comme son amoureuse Carmela . Avec un petit air de Clark Gable, il chante a cappella des belles chansons issues du rĂ©pertoire des chants rĂ©publicains.

La mise en scĂšne est dĂ©pouillĂ©e mais portĂ©e de bout en bout par la fiĂšvre, l’émotion vĂ©cues par un couple d’amoureux, des artistes de music-hall plongĂ©s dans la guerre d’Espagne . Mais qu’à donc Ă  voir le spectacle avec la guerre et la politique ?

« Le thĂ©Ăątre n’est pas seulement une pratique ludique ou esthĂ©tique mais Ă©galement un moyen pour comprendre le monde et pour agir sur lui» rĂ©pond JosĂ© Sanchis Sinisterra.

Paris, Le 22 FĂ©vrier 2022

Evelyne TrĂąn




Source: Monde-libertaire.fr