Novembre 15, 2020
Par Paris Luttes
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La plupart des procédures concernant les mineur·e·s ont été lancées suite à des « incidents » lors de la minute de silence du lundi 2 novembre en hommage à l’enseignant dans les écoles, collèges, et lycées. Ainsi, Jean-Michel Blanquer a affirmé qu’il y avait eu « 400 violations de la minute de silence ». Suite aux signalement des profs et des administratif·ves, 14 enquêtes ont été lancées contre des adolescent·e·s — le plus souvent musulman·e·s — entre 12 et 17 ans, se retrouvant désormais mis en examen pour apologie du terrorisme, par exemple ici à Paris, là à Bourges ou là à Quimper.

Les exemples ne manquent pas : 130 jeunes, en congrès avec la Fédération Nationale des Centres Sociaux, ont également rencontré la Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry : on vous laisse lire cet article édifiant d’un journal très catholique qui ne peut pas être accusé d’islamo-gauchisme : a priori le journaliste est aussi choqué que les jeunes des réactions de la très disciplinée secrétaire et de ses positions sur la liberté d’expression. « Notre jeunesse doit faire vibrer les valeurs républicaines partout. De la même manière que la police nous protège, l’école nous instruit. » : ah pardi ! Un bon petit retour aux bonnes valeurs de la République : propagande et sacrifice !

On espère que le Ministère ne demandera pas aux professeur·es de vanter les mérites du flashball ! Pas étonnant, cette réunion a donné lieu à plusieurs poursuites des jeunes pour apologie du terrorisme.

Fait particulièrement glaçant, quatre enfants de 10 ans (une fille et trois garçons d’une classe de CM2) ont été arrêté·e·s dans leur famille le jeudi 5 novembre à 7 heure du matin, leurs chambres retournées, par des policiers armés et pour certains cagoulés. Ces familles racisé·e·s vivent dans un quartier populaire d’Albertville, montrant que la violence d’État vise en priorité ces couches sociales. Iels ont été emmené·e·s au commissariat, seul·e·s, pendant 9 à 11 heures, où on les a accusé·e·s de faire l’apologie du terrorisme. Certain·e·s membres de leurs familles ont aussi été interrogé·e·s, sur leur pratique de l’islam entre autre.

Ces quatre enfants ont été arrêté·e·s car leur enseignant, aussi directeur de l’école, a signalé ce qu’iels avaient dit durant une discussion en classe sur l’assassinat de Samuel Paty au directeur académique des services de l’Education nationale (Dasen), qui a ensuite fait un signalement au procureur de la République après que l’enseignant a reçu un « T mort » dans sa boîte aux lettres (lettre sans lien avec les enfants et leur famille).

Les enfants ne veulent plus retourner à l’école, ont des troubles du sommeil, certains se sont mis à faire pipi au lit…

Ces procédures accentuent le climat islamophobe dans lequel le pays s’empêtre,

La plupart du temps, les jeunes n’ont pas dit des trucs incroyables : juste qu’ielles doutaient de la version officielle, par exemple, ou ont refusé de faire la minute de silence. Cela rappelle très clairement l’ambiance scolaire après les assassinats à Charlie Hebdo, qui avait donné lieu à plusieurs centaines de procédures pour « apologie du terrorisme » dès le mois de janvier 2015.

Si les flics et la justice avaient finalement très peu condamné les jeunes en pratique, il est clair que certain·es ont aujourd’hui une fiche de police où figure ce petit « bagage », qui restera… à vie visible par la police et la justice, même sans avoir été condamné·e. C’est vraiment trop sympa à 14 ans.

D’autant plus que ce délit est à géométrie variable : dire « ces crapules de Charlie », c’est défendre le terrorisme ? Dire « Les musulman·e·s ne décapitent pas les professeurs », c’est défendre l’agresseur ? Dire « La police est raciste », c’est montrer qu’on est en bonne voie pour devenir terroriste ?

Charmante, la « liberté d’expression d’État » qu’on nous propose… On dirait celle d’Al Baghdadi !

Il y aurait beaucoup à dire sur la responsabilité des enseignant·e·s dans la remontée des informations jusqu’au Ministère de l’Intérieur, sur la façon dont la dilution de la responsabilité de fonctionnaires zélé·e·s peut mener à envoyer des gosses dans un commissariat de manière presque banale, et sur la fabrique d’un ennemi intérieur dès le plus jeune âge par toutes les institutions.

Il reste que rien n’est pardonné à des adolescent·e·s et des enfants de 10 ans lorsque celleux-ci sont racisé·e·s ou musulman·e·s : le complexe police/justice tourne à plein régime pour elleux, et l’excuse de la « vie de jeune homme » ne marche pas dans leur cas.

Contre tous les fascismes, et particulièrement le fascisme d’État, il est temps de se bouger !




Source: Paris-luttes.info