Juin 6, 2019
Par Indymedia Nantes
334 visites


  • La gauche et les prolos

En matiĂšre de gentrification, la gauche aurait-elle fait plus en une mandature1 que la droite en plusieurs ?
Marie-JosĂ© Roig, maire de droite (RPR puis UMP) de 1995 Ă  2014, se plaignait dĂ©jĂ  du trop grand nombre de logements sociaux sur sa commune (trop de pauvres), du trop faible nombre de foyers imposables (pas assez de riches) et voulait « donner aux cadres envie d’habiter Avignon ». Elle s’était pour cela lancĂ©e dans la crĂ©ation de nouveaux quartiers (Courtine) et avait entamĂ© un sĂ©vĂšre nettoyage du centre-ville. Les Ă©lus parlaient alors tout bonnement de « reconquĂ©rir l’intra-­muros2 ».
L’équipe victorieuse en 2014, qui rassemble autour de CĂ©cile Helle des Ă©lus PS, Front de gauche (PCF et PG) et Ă©colo, ne se contente pas de poursuivre cet objectif et cette politique, mais vise Ă  une profonde transformation de la ville. Elle le fait nĂ©anmoins avec beaucoup d’habiletĂ© et avec un style qui la rend, pour beaucoup, acceptable.

La droite Ɠuvrait assez brutalement pour une bourgeoisie locale traditionnelle : rĂ©ac, culturellement catholique, provençaliste, peu cultivĂ©e, commerçante et entrepreneuriale, qui aime les grosses berlines et les 4X4, etc. En perte de vitesse, celle-ci prĂ©fĂšre de plus en plus vivre outre-RhĂŽne, par exemple Ă  Villeneuve-lĂšs-Avignon, dans des villas avec piscine oĂč l’on rĂȘve de gated community. La gauche au pouvoir est, quant Ă  elle, liĂ©e aux classes moyennes de gauche et Ă  une bourgeoisie progressiste qui aime le cinĂ©ma d’art et d’essai, le thĂ©Ăątre, les recycleries et le vĂ©lo, qui est lgbtqui+-friendly, fĂ©ministe et citoyenniste, et qui apprĂ©cie beaucoup les « quartiers populaires Â» pour leur exotisme et leur « authenticitĂ© Â»â€Š Ă©videmment, elle prĂ©fĂ©rerait une « authenticitĂ© Â» qui soit bio et propre, c’est-Ă -dire quelque peu artificielle. Ça vient.

Le bien-ĂȘtre de cette fraction de la population (et des allogĂšnes du mĂȘme monde qui dĂ©barquent en juillet) nĂ©cessite un environnement culturel d’un niveau supĂ©rieur, riche, diversifiĂ© et qui, bien qu’à la pointe du politiquement correct, conserve une allure subversive, celle que donne Ă  Avignon son image de citĂ© du thĂ©Ăątre, progressiste et gĂ©nĂ©reuse. Cela permet de faire vivre une flopĂ©e de travailleurs plus ou moins liĂ©s Ă  ce secteur Ă©conomique : « Tout un petit peuple de travailleurs du spectacle (techniciens, comĂ©diens, costumiĂšres
 parfois intermittents), petits patrons/proprios de salles (qui vivotent toute l’annĂ©e et rackettent les compagnies parisiennes durant le Festival), de travailleurs prĂ©caires (secrĂ©taire, chargĂ© de diff’, de com’, etc.), associations et compagnies plus ou moins bidons, animateurs de stages, musiciens galĂ©riens, etc. Le tout survivant sur des structures perfusĂ©es aux (toujours maigres) subventions, emplois aidĂ©s, etc. et en grande partie grĂące au Festival.3 »
La survie de la bourgeoisie de gauche est impossible sans le dĂ©veloppement et l’entretien de cet environnement culturel, donc sans l’existence d’une masse de travailleurs vivant dans la prĂ©caritĂ© (en dĂ©pendent le fonctionnement des thĂ©Ăątres et la crĂ©ation de spectacles Ă  bas coĂ»ts)
 Par chance, la plupart d’entre eux ne s’en rendent pas compte et trouvent dĂ©jĂ  gratifiant d’Ɠuvrer pour l’Art et la Culture<a title="&Agrave; noter que, dans ce monde d&eacute;gueulasse, si certains ont leur statut d&rsquo;intermittent (la Rolls du ch&ocirc;mage), ils le doivent souvent au travail non r&eacute;mun&eacute;r&eacute; des plus pr&eacute;caires qu&rsquo;eux (qui gal&egrave;rent au RSA). Sur ces questions, on se reportera &agrave; l&rsquo;article sur la gr&egrave;ve des intermittents du spectacle de juillet 2014 : Mafalda et Val&eacute;rian, &laquo; On a les chefs qu&rsquo;on m&eacute;rite &raquo;, septembre 2014. Disponible sur https://ddt21.noblogs.org” href=”#footnote_3_1042″>4. Le principal est d’avoir l’impression de faire partie du mĂȘme monde parce qu’on a les mĂȘmes rĂ©fĂ©rences culturelles, la mĂȘme maniĂšre d’utiliser Facebook et les mĂȘmes valeurs (on oublie ainsi qu’on n’a pas les mĂȘmes revenus). La beuh bio l’emporte ici haut la main sur le shit5. Mais si partager un semblant de mode de vie n’est pas partager un niveau de vie, ces petits signes de conformisme et de distinction rassurent, car ils permettent de se diffĂ©rencier des autres galĂ©riens des quartiers ou des bleds de beaufs (lĂ  oĂč poussent les Gilets jaunes). Nous ne nous priverons pas de qualifier cet ensemble flou de « bobos » (terme qui, rappelons-le, vient du syntagme bourgeois-bohĂšmes).

  • Des classes dangereuses

Au temps de la grande peur
 en 2014, la ville a frĂŽlĂ© l’élection d’un maire FN
 pffff, on l’a Ă©chappĂ© belle ! Heureusement, grĂące Ă  la mobilisation du monde culturel de gauche (du metteur en scĂšne millionnaire6 Ă  la comĂ©dienne au RSA), du patronat local (cafetiers et restaurateurs en tĂȘte) et l’appui de la presse locale (quitte Ă  s’asseoir sur la dĂ©ontologie et Ă  user de fakenews). La CitĂ© des papes est Ă  cette occasion devenue un bastion rose pĂąle dans un dĂ©partement oĂč droite et extrĂȘme droite font des ravages7. Merci qui ?
Certainement pas la masse des prolĂ©taires pauvres qui emplissent les citĂ©s. Pas besoin de lire les rapports de Terra Nova pour comprendre que les pauvres votent dĂ©cidĂ©ment bien mal
 les prolos sont dĂ©sormais une plaie pour la gauche (et inversement). Certes, majoritairement ils ne se dĂ©placent pas pour voter puisqu’ils ont fini par comprendre que quel que soit le vainqueur ils sont toujours les perdants
 Quant Ă  ceux qui participent au spectacle Ă©lectoral, ils ont tendance Ă  mettre en tĂȘte le candidat du FN, c’est le cas dans la plupart des « quartiers populaires » d’Avignon, car, de nos jours, mĂȘme des descendants d’immigrĂ©s maghrĂ©bins (quelle que soit leur classe) votent FN/RN8. Si Tocqueville disait ne pas craindre le suffrage universel car « les gens voteront comme on leur dira », il semble que dĂ©sormais beaucoup d’entre eux, notamment les plus pauvres, aient des problĂšmes d’audition

Or les pauvres ne manquent pas Ă  Avignon. MalgrĂ© un hypercentre vitrine Ă  destination touristique, principalement bĂąti sur un patrimoine architectural exceptionnel, la ville concentre une grande partie de la pauvretĂ© du dĂ©partement du Vaucluse
 qui est l’un des dĂ©partements les plus pauvres de France. Avignon connaĂźt un taux de pauvretĂ© parmi les plus Ă©levĂ©s de France, autour de 30 % et un taux de chĂŽmage de 17,54 % (2015), soit environ 10 000 chĂŽmeurs dans une ville aux fortes inĂ©galitĂ©s puisque les trĂšs riches, anciennement assujettis Ă  l’ISF, y sont plus nombreux, 347 en 2015, que la moyenne nationale.
AprĂšs des annĂ©es de rĂ©gression, la population augmente Ă  nouveau et tourne aujourd’hui autour des 95 000 habitants. Parmi eux, seuls 37 % sont des propriĂ©taires occupants (contre 60 % de moyenne nationale) ; 71 % d’entre eux habitent dans des logements collectifs (dont 17 % dans les grands ensembles) et 29 % dans des logements individuels. Quelque 32 % des habitats Ă  Avignon sont des logements sociaux, correspondant Ă  80 % du parc de logements sociaux dont dispose le Grand Avignon. Enfin, il semble que prĂšs de 10 % des logements Ă  Avignon puissent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme « indignes Â».

  • Du centre-ville


Le premier objectif des Ă©quipes municipales successives est de faire du centre-ville un quartier non mixte rĂ©servĂ© aux touristes et Ă  la bourgeoisie – l’ancienne (rĂ©ac), qui y conserve ses hĂŽtels particuliers, et surtout la nouvelle (progressiste), qui veut tout le reste. D’oĂč le fait que l’accent soit mis, depuis 2014, sur la piĂ©tonnisation, les « modes de dĂ©placement doux Â» et le soutien municipal Ă  tout ce qui est bio-citoyen, politiquement correct, inclusif, culturel et artistique (spectacle vivant, art contemporain, y compris le street art), aux concept stores et ateliers d’artisans haut de gamme, etc. On gentrifie, mais de maniĂšre cool.

Le trĂšs rĂ©ac Philippe Murray avait expliquĂ© que c’était Bertrand DelanoĂ« qui lui avait fait aimer les voitures, un bon mot que nombre d’Avignonnais comprennent peut-ĂȘtre aujourd’hui
 certaines places paraissaient plus agrĂ©ables lorsqu’elles Ă©taient pour moitiĂ© des parkings, certaines rues semblaient plus vivantes lorsqu’elles Ă©taient ouvertes Ă  la circulation
 Mais si la piĂ©tonnisation du centre aseptise, elle est aussi pensĂ©e pour favoriser l’éclosion de restaurants et de bars aux terrasses desquelles le prix du cafĂ© s’aligne sur les normes parisiennes. De nouveaux espaces, comme la place Saint-Didier, qui, pour le maire, « constituent dĂ©sormais les expĂ©riences d’achat que recherchent les gens aujourd’hui9 ». On en trouve un bel exemple, bien qu’assez caricatural, avec Le Nid, qui, depuis juin 2018, combine cantine bio-machin, sale de yoga et boutique d’objets design made in France « recyclĂ©s et recyclables » (hors de prix) visant Ă  « mettre en avant les savoir-faire français » dans une « dĂ©marche Ă  la fois citoyenne et Ă©coresponsable », blablabla. Un nid de bourgeois qui bĂ©nĂ©ficie d’une double page de pub gratuite dans le journal municipal, ce qui prouve que nos Ă©lus lui attribuent du potentiel. On nous y explique que le lieu « prĂŽne la slow life », que l’on peut s’y « offrir une pause urbaine dans un environnement zen et lumineux » et y « consommer autrement » (c’est-Ă -dire comme ses semblables)
 On comprendra qu’il est peu adaptĂ© Ă  une pause entre un rendez-vous Ă  PĂŽle emploi et un passage Ă  la CAF. Ă  quelques pas, c’est la place des Corps-Saints, autrefois populaire, qui va recevoir une nouvelle couche d’enduit « jeune et urbain » ; la ville y a acquis un bĂątiment (entre l’église et la chapelle) pour en faire une rĂ©sidence hĂŽteliĂšre avec espace de coworking et un bar Ă  cocktails en rez-de-chaussĂ©e


Deux ou trois autres projets doivent encore contribuer à donner une image cool-friendly qui siéra fort bien au futur maire LREM.
Tout d’abord, la transformation de l’ancienne prison Sainte-Anne, dont les travaux ont rĂ©cemment dĂ©butĂ©. SituĂ©e au nord du centre-ville, derriĂšre le palais des Papes, et dĂ©saffectĂ©e depuis 2003, le bĂątiment, en partie classĂ©, que l’ancienne Ă©quipe municipale voulait transformer en hĂŽtel quatre Ă©toiles, combinera diverses fonctions : 72 logements de (diffĂ©rents) standings avec parking en sous-sol, commerces, espace de coworking, restaurant, crĂšche, « friche Â» artistique, etc. Les prĂ©tendants se bousculent pour participer Ă  cette grande conspiration culturelle.

Vient ensuite un double projet : LaScierie et Ecobio, qui, bien qu’en dehors des remparts, sont liĂ©s au centre-ville, et derriĂšre lesquels on trouve le mĂȘme personnage, l’homme d’affaires et urbaniste Jean-Pierre Gautry10.
Le projet Ecobio, sur l’emplacement de l’ancienne Biocoop (route de Lyon Ă  200 mĂštres des remparts), se prĂ©sente comme un « village bio Â» de paille et de bois
 En fait, c’est un imposant bĂątiment de 10 000 mÂČ qui mĂȘlera location d’appartements et activitĂ©s Ă©conomiques : commerces, restauration, bureaux, salle de spectacle, ferme urbaine (au sommet de l’édifice sous une serre photovoltaĂŻque) et parking souterrain ! Ecobio sera un lieu « bioclimatique, biosourcĂ©, producteur d’énergie Â» Ă  « haute performance environnementale Â» proposant un « modĂšle Ă©conomique innovant, responsable, social et solidaire pour la transition Ă©nergĂ©tique Â», blablabla. Au-delĂ  de la paille et du bois, la construction sera Ă  la pointe de la high-tech bio, et innovera avec « la conception d’un micro data center dĂ©centralisĂ© Â», le « stockage d’électricitĂ© hybridĂ© hydrogĂšne et batterie Ă©lectrochimique Â» et l’utilisation d’un « logiciel auto-apprenant optimisant les flux de l’ülot (Ă©nergie, eau, chaleur, ventilation, dĂ©chets organiques)11 ». Parmi ses partenaires, on trouve la start-up Zent (Zero Energy Network Technologies), qui se donne pour objectif de « remettre l’humain et l’environnement au cƓur des systĂšmes et des technologies Â». Un projet Ă  19 millions d’euros (dont 2,8 d’aide de l’État via le Programme d’investissement d’avenir) qui devrait ĂȘtre opĂ©rationnel Ă  partir de 2021. Le business de la transition Ă©cologique dans toute sa splendeur ! Mais, preuve de la bonne volontĂ© des promoteurs immobiliers et des financiers, un arbre sera conservĂ© entre deux ailes du bĂątiment ! Gautry soutient « l’idĂ©e d’écopolis, dĂ©fendue par le rapport Attali. Des villes et des quartiers propres, intĂ©grant technologies vertes et de la communication [
] Gautry les imagine multipolaires et connectĂ©es, Ă©conomes en ressources, Ă©quipĂ©es en services, riches en possibilitĂ©s de dĂ©couvertes, de rĂȘve et d’évasion12 », blablabla. Philip K. Dick n’avait pas imaginĂ© que Blade Runner puisse ĂȘtre bio, il aurait dĂ» prendre de la drogue. Quant aux dizaines de milliers d’Avignonnais mal logĂ©s, ils vont sans doute apprĂ©cier d’avoir le droit de passer devant ce « village vertical dans lequel on vit, au sens large du terme, on se nourrit avec du local bio, on va au spectacle, on rĂ©side dans un logement sain13 ».
Le projet LaScierie (boulevard Saint-­Lazare, sur l’emplacement d’une ancienne scierie en face des remparts), « lieu de vie Â» multidisciplinaire de 3 300 m2, se dĂ©ploie depuis 2018. On y trouve : les nouveaux emplacements de la Biocoop et du studio de danse/yoga/bien-ĂȘtre (les cours de yoga Ă  la sauce Feldenkrais de Marie-France Gautry, la femme de Jean-Pierre) ; quatre salles de spectacle pour s’en mettre plein les poches pendant le festival, prĂ©voyant, dĂšs l’ouverture, un partenariat avec le festival « in Â» (la programmatrice du lieu est Mathilde Gautry, la fille, chorĂ©graphe et danseuse), auxquelles s’ajoute une inĂ©vitable cantine-guinguette bio ; les locaux de Citiz Autopartage, une « innovation Ă©cologique et citoyenne Â» (voitures en libre-service) ; et les bureaux vauclusiens de la Cress (Chambre rĂ©gionale d’économie sociale et solidaire).

Si pour l’extra-muros la mairie prĂ©tend « promouvoir systĂ©matiquement des formes urbaines qui optimisent le foncier et qui favorisent le “vivre ensemble” Â», on a l’impression qu’il s’agit plutĂŽt de promouvoir le « vivre entre semblables Â» au sein du centre-ville. LĂ  ne restent pour les pauvres que quelques Ăźlots d’insalubritĂ© (entre la rue du Portail-Magnanen et la place des Corps-Saints, par exemple) et des apparts dĂ©gueulasses, dont les locataires n’auront bientĂŽt plus les moyens de boire un cafĂ© ou une biĂšre en ville, ni d’y faire leurs courses. Raus !

  • 
 Ă  Saint-Ruf

En ce qui concerne la transformation du quartier Saint-Ruf (axe d’entrĂ©e sud de la ville), nous avons dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©, dans les numĂ©ros prĂ©cĂ©dents de Spasme, la lutte des habitants pour Ă©viter la fermeture du bureau de poste du quartier, les travaux du Tram ou l’installation a priori anodine d’une cantine bio-machin-paysanne, qui nous paraissait au contraire significative des changements Ă  venir. Nouvelle confirmation de cette tendance avec, dans le sud du quartier, l’ouverture d’un atelier/galerie de sĂ©rigraphie par deux ex-graffeurs
 La fonction des artistes n’est plus a dĂ©montrer dans les processus de gentrification14 ; gageons que d’ores et dĂ©jĂ  des crapules cultureuses reluquent les vieux ateliers et hangars pour les transformer en thĂ©Ăątres. Nous pensons que l’offensive lancĂ©e par la municipalitĂ© (et la bourgeoisie locale) pour s’emparer de ce quartier a marquĂ© un tournant car, pour la premiĂšre fois, la politique de gentrification investissait l’extra-muros. Il est vrai que, trop Ă  l’étroit dans le centre-ville, le festival « in » (l’officiel, le subventionnĂ©) avait aussi jetĂ© une tentacule entre les quartiers « populaires » de Champfleury et de Monclar (classĂ©s en zone urbaine sensible) avec la construction puis l’ouverture, en 2013, de La FabricA, une salle de spectacle titanesque et lieu de rĂ©pĂ©tition et de rĂ©sidence du festival, venue prendre la place d’un collĂšge rasé  « pour l’occasion », diront les mauvais esprits. Avec quelques ateliers thĂ©Ăątre pour enfants, les associations de quartier peinent Ă  repeindre de social ce qui n’est qu’une occupation territoriale au profit des loisirs de la bourgeoisie (« parisienne », diront les esprits chagrins), et qui en annonce d’autres.

  • Vers le Grand remplacement !

Il s’agit dĂ©sormais de voir grand, et l’équipe municipale rĂ©flĂ©chit Ă  la situation de la ville en 2030, qui aura sans doute passĂ© le cap des 100 000 habitants. Avec la communautĂ© d’agglomĂ©ration, elle a dĂ©cidĂ© de mettre en Ɠuvre et d’accompagner un vaste projet de renouvellement urbain qui, aprĂšs plusieurs annĂ©es d’études, a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© au public en juillet dernier. Son objectif affichĂ© est le « vivre ensemble Â». Dans plusieurs quartiers extra-muros, Rocade, Saint-Chamand, Reine-Jeanne et Grange d’Orel, soit pour environ 25 000 Avignonnais, ses premiers effets devraient se faire sentir dĂšs 2024, et les travaux, se terminer en 2030. Ce n’est sans doute qu’une premiĂšre offensive.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), auquel participe financiĂšrement l’État, via l’Agence nationale de renouvellement urbain (ANRU), Ă  hauteur de 115 millions d’euros ; la commune d’Avignon investit 70 millions d’euros sur un coĂ»t global de 300 Ă  400 millions d’euros. Cela sera-t-il suffisant pour gaver les patrons du BTP ?
Ces plans s’appuient sur le prolongement de la LEO15 et la prochaine mise en place du tramway et de bus Ă  haute frĂ©quence, tous devant dĂ©sengorger la rocade et « apaiser et requalifier les quartiers traversĂ©s<a title="&laquo; Le Plan local d&rsquo;urbanisme d&rsquo;Avignon. Avignon 2030, inventer la ville de demain &raquo;, Agora des conseils de quartier, 11 f&eacute;vrier 2017, p. 32 : http://www.avignon.fr/fileadmin/Documents/pdf/ma-ville/urbanisme/agora_plu.pdf.” href=”#footnote_15_1042″>16 ». Il s’agit donc de favoriser le « vivre ensemble » dans ces quartiers, c’est-Ă -dire dĂ©truire des immeubles d’habitations, en rĂ©nover certains et en construire de nouveaux (de standing supĂ©rieur), donc modifier la composition sociale de ces quartiers, trĂšs majoritairement occupĂ©s par des prolĂ©taires pauvres (Ă  60 % sous le seuil de pauvretĂ©) et souvent issus de l’immigration maghrĂ©bine. Les responsables parlent de « la dĂ©-densification du logement social en favorisant les parcours rĂ©sidentiels et en permettant l’accueil d’une nouvelle population17
 » (85 % des habitats sont des logements sociaux dans les zones concernĂ©es).
Cela va demander un important travail pour que des familles de classes moyennes acceptent de s’installer dans ces quartiers. On comprend dĂšs lors l’intĂ©rĂȘt qu’il y a Ă  terminer le chantier de la LEO et mettre ainsi un terme Ă  l’incessant trafic de camions qui, depuis des dizaines d’annĂ©es, provoque chez les riverains une sur-­frĂ©quence de pathologies graves, notamment des cancers, ainsi qu’une consommation accrue de neuroleptiques<a title="Philippe Paupert, &laquo; Circulation : davantage de cancers sur la rocade d&rsquo;Avignon &raquo;, francebleu.fr, 28 f&eacute;vrier 2019 : https://www.francebleu.fr/infos/societe/davantage-de-cancers-sur-la-rocade-d-avignon-1551188894.” href=”#footnote_17_1042″>18 (le passage des camions dans le quartier devrait ĂȘtre interdit Ă  partir de 2021). On prĂ©voit d’ores et dĂ©jĂ  la dĂ©molition de 600 Ă  800 logements sociaux (25 % du parc de la ville), la rĂ©habilitation de 1 500 autres et la construction d’environ 500 logements privĂ©s. Si le projet doit permettre des opĂ©rations d’accession Ă  la propriĂ©tĂ©, le nombre de logements sociaux reconstruits devrait ĂȘtre Ă©quivalent Ă  celui de ceux dĂ©truits, mais ils seront localisĂ©s Ă  70 % dans les autres communes de l’agglomĂ©ration. MĂȘme si la complexe question du relogement doit se rĂ©gler au cas par cas<a title="&laquo; Je ne sais pas comment on va faire passer des habitants qui ont des loyers modestes chez nous, chez des bailleurs sociaux o&ugrave; les loyers sont plus &eacute;lev&eacute;s &raquo;, se demandait en d&eacute;cembre 2017 Michel Dejoux, directeur g&eacute;n&eacute;ral de Grand Avignon R&eacute;sidences. https://www.tpbm-presse.com/2018-annee-du-renouvellement-urbain-en-vaucluse-2092.html.” href=”#footnote_18_1042″>19, on voit qu’il s’agit ni plus ni moins que d’un vaste transfert de population.

+

La fonction mĂȘme de l’équipe municipale lui impose de gĂ©rer la ville pour les intĂ©rĂȘts de la classe capitaliste ; c’est la rĂšgle. Une masse trop importante de chĂŽmeurs et de pauvres n’a pas d’intĂ©rĂȘt pour les projets de dĂ©veloppement urbain et Ă©conomique qui sont prĂ©sentĂ©s ou qui sont encore dans les cartons du patronat local. Ils deviennent mĂȘme gĂȘnants, d’autant qu’ils votent mal. Dans une ville aussi fĂ©rue de thĂ©Ăątre, on a sans doute mĂ©ditĂ© cette phrase du pleutre Brecht : « Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple. » Si Avignon veut garder sa spĂ©cificitĂ© de ville « de gauche », ouverte sur la culture, le bio-citoyen et les biotechnologies vertes (pĂŽle de compĂ©titivitĂ© Agroparc), elle se doit en effet de crĂ©er de nouveaux quartiers branchĂ©s, des Ăźlots de gentrification concentrĂ©e20 pour attirer des couples de jeunes cadres/techniciens dynamiques (qui se croient « de gauche » parce qu’ils sont vĂ©gan21
). Mais pour cela il faut de la place, et elle doit donc se dĂ©barrasser de ce trop-plein de prolĂ©taires inutiles (mieux vaut les disperser dans les bleds du coin qui, Ă  tous points de vue, sont dĂ©jĂ  perdus)
 et dont le mode de vie ne correspond de toute façon pas au niveau des « trois libellules » qu’a obtenues la ville au concours 2018 des Capitales françaises de la Biodiversité  Sans cela, on ne se verra jamais dĂ©cerner les « quatre libellules » !
VoilĂ  le grand remplacement de population planifiĂ©, une nouvelle catĂ©gorie d’habitants va, Ă  terme, ĂȘtre implantĂ©e dans ces quartiers dont on aura extrait une partie des autochtones (les prolĂ©taires les plus pauvres), nouveaux venus qui, tel qu’ils l’ont fait en centre-ville, vont imposer leur culture frelatĂ©e et leur mode de vie faussement bohĂšme
 beurk.

Sitting Bull reviens, ils sont devenus fous !

Clément




Source: Nantes.indymedia.org