Août 26, 2021
Par ACTA
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Alors qu’à Kaboul les armées occidentales, États-Unis en tête, terminent leurs opérations d’évacuation dans un contexte marqué par l’intervention sanglante de la branche afghane de Daech, alors que nous ne mesurons sans doute pas encore les conséquences historiques de la défaite américaine en Afghanistan, il nous a semblé nécessaire d’éclairer les événements actuels en remontant aux sources d’une guerre qui se poursuit sans interruption depuis 40 ans. Voici donc une synthèse factuelle et chronologique, partant de la révolution communiste d’avril 1978 jusqu’à l’Opération Enduring Freedom en passant par le soutien américain au djihad anti-soviétique durant les années 1980.

17 avril 1978

Le Parti démocratique populaire d’Afghanistan (PDPA), d’inspiration communiste, avait participé au renversement de la monarchie afghane et à l’instauration de la République en 1973. Le 17 avril 1978, l’un de ses cadres, Mir Akbar Khyber est assassiné devant son domicile. Le PDPA accuse le gouvernement. Deux jours plus tard, une manifestation de protestation rassemblant quinze mille personnes se termine par une rafle au cours de laquelle plusieurs dirigeants sont arrêtés dans le cadre d’une opération répressive ordonnée par le président Mohammed Daoud Khan.

28 avril 1978

C’est dans ce contexte que le 28 avril 1978 le PDPA renverse le régime de Daoud et donne naissance à la République démocratique d’Afghanistan. Cet événement reste connu sous le nom de révolution de Saur (« Saur » se référant au mois d’avril dans le calendrier persan).

Dans les mois qui ont suivi la révolution, le nouveau pouvoir a lancé une série de réformes d’ampleur : distribution de terres à 20 000 paysans, abolition de l’ushur (la dîme due aux propriétaires terriens par les ouvriers) et interdiction des pratiques usurières, réglementation des prix des produits de première nécessité, nationalisation des services sociaux et leur garantie pour tous, droit de vote pour les femmes, légalisation des syndicats, interdiction des mariages forcés et de l’échange de filles contre des gains financiers, remplacement des lois traditionnelles et religieuses par des lois laïques, mise hors la loi des tribunaux tribaux, éducation accessible à tous, y compris aux filles qui n’étaient auparavant pas autorisées à aller à l’école1.

Ces réformes se heurtent fortement aux autorités religieuses et tribales locales qui s’opposent aux politiques du nouveau régime communiste.

14 septembre 1979

Nour Mohammad Taraki, d’abord journaliste, a été secrétaire général du PDPA à partir de 1965, et président du Conseil révolutionnaire d’avril 1978 à septembre 1979. Proche de l’URSS, il est assassiné le 14 septembre 1979 par son rival au sein du parti, Hafizullah Amin, qui prend sa place et concentre les pouvoirs.

24 décembre 1979

Début de l’intervention soviétique en Afghanistan. Amin est tué au cours de l’Opération Chtorm-333, menée par les forces spéciales soviétiques. Babrak Karmal récupère le pouvoir.

Avant même l’entrée des Soviétiques en Afghanistan, les États-Unis lancent un programme secret de soutien à la rébellion islamiste afghane.

La guerre d’Afghanistan s’est déroulée du 24 décembre 1979 au 15 février 1989 et a opposé les forces armées de la République démocratique d’Afghanistan (RDA), soutenues par un contingent de troupes terrestres et aériennes de l’Union soviétique, à divers groupes de moudjahidines, soutenus matériellement et financièrement par les États-Unis, le Pakistan, l’Iran, l’Arabie saoudite et le Royaume-Uni.

Oussama Ben Laden, milliardaire saoudien, a organisé et financé les moudjahidines en faisant venir des armes, de l’argent et des combattants du monde arabe en Afghanistan.

Les différents groupes de moudjahidines ont fini par disposer d’environ 4 000 bases en Afghanistan. C’est du regroupement financé et organisé par Oussama Ben Laden qu’est né, en 1988, le réseau terroriste Al-Qaïda.

L’Afghanistan est l’un des pays les plus pauvres du monde mais il revêt pour les puissances impérialistes une grande importance géopolitique, stratégique et économique, notamment en raison de la présence du gazoduc qui traverse le Turkménistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, également connu sous le nom de « Trans-Afghanistan Pipeline ».

15 février 1989

Après plus de neuf ans de guerre, qui ont causé de vastes destructions en Afghanistan ainsi que d’importantes pertes humaines, l’intervention soviétique dans le conflit s’est terminée par un retrait général de ses troupes le 15 février 1989, après la signature des accords de Genève entre la RDA et le Pakistan.

24 avril 1992

Le départ des troupes soviétiques laisse les communistes afghans, sous la direction de Mohammad Najibullah, se défendre seuls face aux moudjahidines. Les combats se poursuivent durant trois ans, jusqu’à la chute du gouvernement de la RDA en avril 1992. L’État islamique d’Afghanistan est proclamé le 24 avril.

27 septembre 1996

Mais dès la chute du régime communiste, les moudjahidines se divisent, provoquant une nouvelle et âpre guerre civile, dont les Talibans, soutenus par le Pakistan, sortent vainqueurs en 1996. Suite à leur entrée dans Kaboul le 27 septembre 1996, ils torturent et assassinent l’ancien président communiste Najibullah, qui s’était réfugié dans l’immeuble des Nations Unies depuis la chute de son régime en 1992. Le 28 octobre, l’État afghan est officiellement nommé « Émirat islamique d’Afghanistan », et se base sur une application stricte de la charia. Son dirigeant, le mollah Omar s’auto-proclame « commandeur des croyants ».

Le Front islamique uni pour le salut de l’Afghanistan, également connu en Occident sous le nom d’Alliance du Nord et dirigé par Ahmed Chah Massoud, unifie alors plusieurs groupes combattants afghans commandés par les « seigneurs de la guerre » précédemment en conflit dans le but de combattre les Talibans, qui en 1998 contrôlent environ 90% du territoire.

7 octobre 2001

Le 7 octobre 2001 marque l’invasion du territoire sous contrôle taliban par les groupes de l’Alliance du Nord, tandis que les États-Unis et l’OTAN apportaient un soutien tactique, aérien et logistique décisif.

À la fin de l’année 2001, grâce à l’intervention des États-Unis, l’Alliance du Nord a repris la majeure partie de l’Afghanistan aux Talibans et a reconnu le nouveau gouvernement afghan mis en place par les forces occidentales. Hamid Karzaï, un ancien collaborateur de la Central Intelligence Agency (CIA), devient président par intérim en décembre.

Dans la deuxième phase, après la conquête de Kaboul, les troupes occidentales, Américains et Britanniques en tête, ont augmenté leur présence également au niveau territorial pour soutenir le nouveau gouvernement afghan. C’était l’opération « Enduring Freedom ».

Le 11 septembre 2001 et le rôle de l’Arabie Saoudite

L’administration Bush a justifié l’invasion de l’Afghanistan sous le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » après les attentats du 11 septembre 2001, dans le but déclaré de détruire Al-Qaïda et de capturer ou tuer Oussama ben Laden, considéré par les États-Unis comme le seul responsable des attaques contre les tours jumelles et le Pentagone.

Mais les attentats du 11 septembre 2001 ne sont pas l’œuvre du seul Oussama Ben Laden, plutôt le résultat final d’une opération beaucoup plus vaste et complexe qui a impliqué des milieux très proches de la famille royale saoudienne (avec laquelle la famille Bush – des pétroliers texans – était et est restée, également après le 11 septembre 2001, en excellents termes).

C’est ce qu’ont écrit, en 2016, les membres des commissions du renseignement de la Chambre et du Sénat américains dans un rapport intitulé « Enquête conjointe sur les activités des services de renseignement avant et après les attaques terroristes de septembre 2001 ». Cette enquête a débuté au lendemain des attentats contre les tours jumelles et le Pentagone et s’est terminée en décembre 2002.

En mars 2017, les familles de 800 victimes des attentats du 11 septembre 2001 ont porté plainte contre l’Arabie saoudite pour complicité dans ces attaques qui ont fait quelque 3 000 morts. 15 des 19 poseurs de bombe impliqués dans l’attaque étaient des ressortissants saoudiens. L’action en justice se fonde, en grande partie, sur des documents secrets récemment publiés aux États-Unis.

Les 800 familles qui poursuivent en justice la maison royale saoudienne viennent d’opposer un refus aux cérémonies officielles du président américain Joe Biden si celui-ci ne publie pas d’abord le dossier de 28 pages qui pourrait contenir des informations sur le rôle de l’Arabie saoudite dans les attentats terroristes de 2001 et celles pour la fermeture de la super-prison de Guantanamo sur l’île de Cuba.

  1. En 1988, les femmes représentaient 40 % des médecins et 60 % des enseignants à l’Université de Kaboul.



Source: Acta.zone