Octobre 31, 2021
Par Archives Autonomie
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Charles Rappoport a opportunĂ©ment rappelĂ©, dans sa Revue Communiste, les circonstances dans lesquelles fut votĂ©e la fameuse rĂ©solution d’Amsterdam, dont les dissidents se rĂ©clament et qu’ils opposent aux thĂšses de Moscou. Depuis 1904, les rĂ©formistes accusaient les rĂ©volutionnaires de s’ĂȘtre soumis Ă  l’influence allemande parce que la prĂ©pondĂ©rance incontestable de la social-dĂ©mocratie dans l’Internationale avait imposĂ© Ă  tous les partis affiliĂ©s une charte qui reprĂ©sentait, lors du CongrĂšs d’Amsterdam, un progrĂšs sur la politique opportuniste de la plupart des partis. Depuis le CongrĂšs de Moscou de 1920, les rĂ©formistes accusent les communistes de s’ĂȘtre soumis Ă  la tutelle russe, le Parti bolchevik ayant fait prĂ©valoir dans la nouvelle Internationale des thĂšses qui reprĂ©sentent un Ă©norme progrĂšs sur la charte d’Amsterdam. AprĂšs l’Internationale “allemande”, voici l’Internationale “russe”.

En fait, la nouvelle Internationale n’est pas plus russe que l’ancienne n’était allemande. Mais les procĂ©dĂ©s de polĂ©mique des rĂ©formistes varient peu. Leur imagination stĂ©rile ne leur fournit guĂšre de raisons pour expliquer leur discrĂ©dit et pourquoi le prolĂ©tariat militant se dĂ©tourne des charlatans de l’opportunisme. Les anathĂšmes contre la “dictature moscovite” leur tiennent lieu d’argumentation.

Il n’est pas niable que le Parti communiste russe exerce dans l’Internationale Communiste une influence prĂ©pondĂ©rante. Mais si jamais influence a Ă©tĂ© lĂ©gitime, c’est bien celle-lĂ .

Quel Parti socialiste pourrait prĂ©tendre Ă  la reconnaissance du prolĂ©tariat comme le Parti bolchevik ? Quel parti a consenti Ă  la rĂ©volution la mĂȘme somme de sacrifices ? Quel parti peut prĂ©senter des militants comparables aux dirigeants du mouvement rĂ©volutionnaire russe ? Quel parti a acquis les connaissances, l’expĂ©rience, la pratique du Parti communiste de Russie ?

Avant la guerre, le Parti social-dĂ©mocrate ouvrier (bolchevik) avait dĂ©jĂ  les titres les plus sĂ©rieux Ă  un rĂŽle de premier plan. Il Ă©tait Ă  l’avant-garde dans l’action rĂ©volutionnaire du prolĂ©tariat russe et dans l’Internationale ouvriĂšre. Il avait subi l’épreuve des rĂ©pressions, des persĂ©cutions tsaristes, il s’y Ă©tait trempĂ©. Il avait acquis la science du travail politique souterrain, s’était adaptĂ© Ă  la fois aux nĂ©cessitĂ©s de l’action occulte et aux besoins de l’action en masse. Son principal thĂ©oricien, LĂ©nine, discernait dĂ©jĂ  dans les mĂ©thodes de la deuxiĂšme Internationale les ferments de dĂ©sagrĂ©gation et les podromes de faillite. Au CongrĂšs de Stuttgart, il avait, avec Rosa Luxembourg, fait adopter le mot d’ordre qui prescrivait aux Partis socialistes de mettre Ă  profit les circonstances de guerre pour agiter les couches profondes du prolĂ©tariat et prĂ©cipiter la chute de la domination capitaliste. Mais les contradictions qui paralysaient l’action de l’Internationale n’ont pas permis de le suivre. Pendant la guerre, il fut le premier parti, et le seul, qui sut adopter dĂšs le premier jour l’attitude d’irrĂ©ductible opposition Ă  la guerre et au rĂ©gime capitaliste. Il fut l’ñme des confĂ©rences de Zimmerwald et de Kienthal, et il fut encore le premier, et le seul, Ă  prĂ©voir par delĂ  Zimmerwald et Kienthal la formation d’une nouvelle Internationale, la, troisiĂšme, et Ă  travailler Ă  son avĂšnement. C’est autour de lui que se groupĂšrent Allemands et Serbes, Hollandais et Suisses, Bulgares et Italiens, Polonais et Scandinaves, qui constituĂšrent la premiĂšre phalange de l’Internationale nouvelle.

Avec la rĂ©volution russe, le Parti bolchevik est entrĂ© dans l’histoire comme l’artisan essentiel de la premiĂšre victoire durable du prolĂ©tariat. Relevant le flambeau tombĂ© des mains dĂ©biles des Communards parisiens, il a pris la tĂȘte du plus puissant mouvement des masses que les annales de l’humanitĂ© aient enregistrĂ©, et il lui a donnĂ© la direction intelligente sans laquelle il se fĂ»t brisĂ© contre les remparts du capital. Depuis 1917, son histoire est l’histoire mĂȘme de la rĂ©volution russe. Il s’identifie littĂ©ralement Ă  la rĂ©volution. Ses hommes sont toujours au premier rang dans la lutte contre les ennemis de l’intĂ©rieur et de l’extĂ©rieur, dans le quotidien combat que livre la sociĂ©tĂ© naissante contre la sociĂ©tĂ© dĂ©clinante. Ses chefs ont ajoutĂ© au savoir acquis pendant les annĂ©es de prison ou d’exil, l’expĂ©rience que peut donner seule la vie d’une rĂ©volution. Leur abnĂ©gation hĂ©roĂŻque et leur mĂ©rite intellectuel comme leur valeur morale leur confĂšrent le plus lĂ©gitime des prestiges. Le prolĂ©tariat mondial, de mĂȘme que les ouvriers et les paysans russes, a trouvĂ© en eux des guides Ă©prouvĂ©s. Car leur horizon n’est pas limitĂ© par les frontiĂšres de la Russie : leur regard embrasse les deux continents et il n’est pas une de leurs pensĂ©es, pas un de leurs actes qui ne s’inspirent Ă  la fois des intĂ©rĂȘts du peuple russe et de ceux de tous les peuples.

Le mouvement instinctif de l’avant-garde prolĂ©tarienne rĂ©voltĂ©e des trahisons de ses pseudo-leaders leur doit sa conscience claire, sa vision nette, sa doctrine. L’élite des combattants de la RĂ©volution leur est redevable de prĂ©cieux enseignements. GrĂące Ă  eux, la pensĂ©e communiste s’est enrichie de connaissances nouvelles, la “littĂ©rature” communiste s’est accrue d’Ɠuvres qui survivront longtemps aux gĂ©nĂ©rations d’aujourd’hui. Des livres comme l’Etat et la RĂ©volution, de LĂ©nine, et Terrorisme et Communisme de Trotsky, sont dignes d’ĂȘtre rangĂ©s Ă  cĂŽtĂ© des ouvrages de Marx et d’Engels. Hommes d’études et hommes d’action, savants et lutteurs, ils ont pris dans l’Internationale des rĂ©alisations rĂ©volutionnaires la place qui leur Ă©tait due, que nul autre qu’eux ne saurait tenir.

La suprĂ©matie spirituelle des communistes russes dans l’Internationale est l’inĂ©vitable consĂ©quence de leur supĂ©rioritĂ©. Ceux qui sauront s’élever au niveau de leur valeur ne trouveront pas en eux des concurrents, mais des collaborateurs. Ceux qui sauraient les surpasser feraient de ces maĂźtres des disciples.

Mais cette autoritĂ© intellectuelle des bolcheviks, rĂ©sultant d’’une sorte de phĂ©nomĂšne de sĂ©lection naturelle, ne ressemble en rien Ă  la “dictature moscovite” que les dissidents du Parti français se plaisent Ă  Ă©voquer. Les leaders de l’Internationale Communiste sont trop rĂ©alistes pour mĂ©connaĂźtre la nĂ©cessitĂ© du dĂ©veloppement original des mouvements communistes nationaux. Si la pensĂ©e est une, si les principes sont les mĂȘmes pour tous, si les devoirs sont communs et la solidaritĂ© rĂ©ciproque, la pratique est infiniment variĂ©e, souple, opportune, et s’adapte, suivant la plus pure inspiration marxiste, aux conditions Ă©conomico-politiques des divers milieux. Ceux-lĂ  seuls qui ont l’ñme servile et la mentalitĂ© de laquais peuvent prĂȘter Ă  des rĂ©volutionnaires le goĂ»t de conformer leurs actes aux ordres de soi-disant maĂźtres et non aux injonctions de leur conscience.

Les contre-rĂ©volutionnaires du Populaire, de la Freiheit, de l’Arbeiter Zeitung, de la Sentinelle, serviteurs zĂ©lĂ©s de la bourgeoisie, se sont donnĂ© le mot pour accuser les communistes internationaux d’ĂȘtre “aux ordres dd Moscou”. Mais en mĂȘme temps, ces maladroits insistent lourdement sur les inĂ©vitables divergences de vues qui surgissent entre le ComitĂ© ExĂ©cutif de l’Internationale Communiste et certains partis affiliĂ©s, sans comprendre l’énormitĂ© de la contradiction qu’ils prĂ©sentent. Aux ordres de Moscou, ces partis communistes de gauche qui repoussent le parlementarisme et contre lesquels polĂ©mique LĂ©nine dans son dernier ouvrage, La maladie infantile du Communisme ?Aux ordres de Moscou les syndicalistes rĂ©volutionnaires pour qui le syndicat prend le pas sur le Parti Communiste ? Aux ordres de Moscou, le Parti Communiste allemand qui s’oppose Ă  l’entrĂ©e du KAPD dans la 3° Internationale ? Aux ordres de Moscou, ces Hollandais, ces Suisses, qui ont renforcĂ© contre l’avis de certains Russes les conditions d’entrĂ©e dans l’Internationale Communiste ? Aux ordres de Moscou, le Parti socialiste français qui a adaptĂ© aux conditions de ce pays les thĂšses et les conditions du 2° CongrĂšs international ? Les auxiliaires des gouvernants bourgeois et de la police internationale qui avancent cette affirmation mentent effrontĂ©ment et ils le savent. Mais ils ont toute honte bue et aucune infamie ne leur rĂ©pugnera dĂ©sormais. Sur la pente de la trahison, ils rouleront jusqu’au bout. Il est visible que les lauriers sanglants de Noske les empĂȘchent de dormir.




Source: Archivesautonomies.org