La balade d’un provincial a Paris, ou comment l’action des Champs-Élysées a ensoleillé mon week-end.

Aux Champs-Elysées la la la la la

C’est rempli d’entrain, de joie et de motivation, que je suis, comme beaucoup ce week-end [acte XVIII], monté à la capitale pour en finir avec l’exploitation de l’homme et de la femme par l’homme, et de l’exploitation de la nature par la même personne.

Tout concordait. De grandes manifestations pour le climat, la montée des gilets jaunes, une manifestation solidaire contre les violences policières. Autant dire que les dominants n’avaient qu’à bien se tenir.

C’est donc tout naturellement, ce vendredi 14, que nous pointons notre nez, moi et un ami, à la manifestation pour le climat des étudiants, lycéens et collégiens.

C’est dans cette jeune foule pleine de pancartes, que notre week-end a commencé à basculer. Un lycéen nous interpelle et s’adresse à mon ami pour lui demander de retirer son gilet jaune. Très étonnés, nous lui demandons pourquoi. Ce à quoi il nous répond, que nous ne sommes pas là pour ça, que c’est une manifestation pour le climat et que ce n’est pas le moment de penser à ses petits intérêts personnels.

Abasourdis, nous lui demandons si réellement il ne voyait pas le rapport entre la destruction des droits sociaux, la paupérisation de la population, le système politique libéral en place et le climat. Si vraiment il ne voyait pas le rapport entre un système économique capitaliste à la recherche frénétique de profits et de croissance, et la destruction de l’environnement…

Et bien non ! Il ne voyait pas ! Loin de penser que le capitalisme était une cause à l’origine des différents symptômes que sont la destruction sociale et le changement climatique, il nous a même affirmé qu’il fallait laisser le capitalisme essayer de sauver la planète. Et que mon ami était égoïste en portant un gilet jaune.

Ce garçon, sûr de lui et droit dans ses baskets, nous expliquait tout simplement qu’il fallait soigner le cancer de la gorge avec des cigarettes. Comme dirait Lordon, je ne suis pas sûr qu’il mesurait bien la finesse qui le sépare du Gorafi.

J’aurais voulu l’inviter à écouter l’intervention de Camille, qui la veille, a la bourse du travail, nous rappelait qu’un mouvement écologiste était forcément social, politique et anticapitaliste !

Irrités par cette rencontre, nous en avons tiré la seule conclusion qu’il était raisonnable d’en tirer : ce jeune homme était simplement con comme un balai.

Mais oh rage, oh désespoir, quel ne fut pas notre désarroi le lendemain, quand après avoir passé un agréable moment en compagnie des gilets jaunes et du cortège solidaire, nous rejoignîmes la manifestation pour le climat, place de l’Opéra.

Là, sur le parvis de l’opéra Garnier, se massait une des foules les plus denses qu’il m’ait été donné de voir. Et malgré cette innombrable population, aucune revendication n’émergeait de celle-ci. Aucun coupable n’était visé. Aucune politique mise au banc des accusés.

Il semblerait qu’une majorité des gens présents ne voyait pas le lien entre l’écologie et l’économie. Entre les choix politiques et le climat. Et disons-le clairement, entre la bourgeoisie libérale dominante et la destruction de la planète. Non, ils étaient simplement là pour demander au climat d’arrêter de se réchauffer, le tout en dansant derrière une boite de nuit roulante, de jour. Non, vraiment ils ne comprenaient pas ce que les gilets jaunes pouvaient faire là, et regardaient d’un air moqueur, ou embêté, les personnes qui clamaient des slogans anticapitalistes. L’expression « Convergence des Luttes » ne leur disait tout simplement rien ! Attention, ne croyez pas que personne ne se souciait réellement de stopper le changement climatique, j’ai pu voir nombre de pancartes et de slogans véritablement concernés pointant et accusant les responsables de ce désastre de l’anthropocène. Seulement ils n’étaient pas la majorité, loin de là.

Dans ces conditions, je m’attendais à vivre un bien décevant week-end, me préparant à rentrer chez moi, rempli d’angoisse : « Va-t-on vraiment laisser les tenants de ce système économique ultraviolent détruire jusqu’à la dernière espèce animale ? Va-t-on les laisser exploiter et asservir tous les êtres humains ? » me disais-je en proie à une certaine mélancolie…

C’était sans compter, oh joie ! oh bonheur ! sur le courage et la détermination des personnes qui au péril de leur liberté, bravant les dangers et les mutilations, menaient au même moment une action sans précédent. Une action au message clair et limpide comme de l’eau de roche. Message laissé d’un sang noir sur les murs signés d’un pavé : la mise à sac des Champs-Élysées. On pouvait y lire entre les vitrines réduites en pièces et les banques aux allures de barbecue : « JUSTICE SOCIALE FISCALE ET CLIMATIQUE » , « CAPITALISME DEMISSION », « BOUTEFLIKONS MACRON » , « MACRON DEGAGE », « PAS DE CARTIER POUR LES BOURGEOIS » , « AUGMENTER LE RSA », « JUSTICE POUR ADAMA », « RIC ».

Et certains journalistes continuent de dire qu’ils ne comprennent pas les revendications des gilets jaunes, qu’ils n’ont ni message, ni proposition ?

Je me propose, pour les aider face à leur incroyable incompétence, de leur faire une rapide traduction des quelques messages non exhaustifs notés plus haut. Les manifestants demandent donc visiblement une « Justice sociale, fiscale et climatique ». Conscients que l’économie capitaliste est à l’origine de ces inégalités, ils/elles demandent la « démission du capitalisme ». Capitalisme notamment représenté par l’ancien banquier d’affaire de Rothschild, spécialisé dans les fusions/acquisitions et actuellement président de la France, dont ils demandent également la démission. Dans cette recherche de démocratie, ils montrent avec ce « Bouteflikons Macron » leur soutien et leur admiration au peuple algérien qui lui aussi se bat actuellement pour plus de démocratie, car, et il est malheureux de devoir encore le rappeler aujourd’hui, le vote ne suffit pas à définir une démocratie.

« Pas de Cartier pour les bourgeois » c’est l’évidence du choix des Champs-Élysées comme message. Message adressé à une classe bourgeoise prête à tout pour conserver le pouvoir illégitimement acquis par la force, et dont la richesse se construit sur l’exploitation des classes inférieures.

Doit-on rappeler que Bernard Arnaud, PDG du groupe LVMH, a notamment construit sa fortune en licenciant massivement le personnel d’entreprises faisant pourtant un large bénéfice ? Poussant certains employés au suicide !

Demander l’augmentation du RSA montre bien la solidarité de ces travailleurs/euses avec les plus démunis, et qu’ils ne se laissent pas duper par le pouvoir qui cherche à retourner le peuple contre lui-même en stigmatisant les plus pauvres !

« Justice pour Adama » peut-on lire, car dans cette demande de justice, personne ne doit être oublié. Ici c’est un soutien à la manifestation anti-raciste contre les violences policières qui se déroule au même moment dans Paris.

Sur les distributeurs de billets cassés, une proposition est laissé à l’intention de tous : « RIC ».

Mieux qu’une simple convergence, ils auront fait de ces combats une seule et unique lutte pour la justice climatique, sociale et économique. Une lutte pour la vie contre le pouvoir mortifère. Pour ne pas comprendre ça, il n’y a que deux solutions, la malhonnêteté ou la bêtise.

Bartholomew

Aux Champs-Elysées la la la la la