290 visites


Un autoritarisme exacerbé

La rĂ©pression n’est bien sĂ»r pas une nouveautĂ©. On pouvait mettre en prison dans les annĂ©es 70 sous Marcelin des directeurs de journaux, le directeur de la Cause du Peuple emprisonnĂ© pour ĂȘtre le directeur de publication du journal par exemple. La Cour de SĂ»retĂ© de l’État n’a Ă©tĂ© abolie qu’en 1981, et dĂšs 1986 une lĂ©gislation anti-terroriste a Ă©tĂ© mise en place. Rappelons-nous en 1953 l’arrestation de Jacques Duclos, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du parti communiste, Ă  l’époque premier parti en terme d’électeurs, et qui est pourtant allĂ© en prison. Les exemples pourraient remplir un numĂ©ro complet du journal. On peut plutĂŽt parler d’une parenthĂšse avec l’arrivĂ©e au pouvoir du PS. On a alors rĂ©ussi Ă  nous faire accepter l’idĂ©e selon laquelle la vie politique et sociale de la France Ă©tait passĂ©e d’un mode d’affrontement, le rĂ©sultat d’un rapport de forces, de rapports d’affrontement dans la sociĂ©tĂ©, qu’ils soient rĂ©els ou simulĂ©s, Ă  une espĂšce de consensus qui serait fantasmĂ© oĂč en fait finalement on est tous des citoyens, dont certains ont besoin d’ĂȘtre conseillĂ©s.

On observe aujourd’hui une forme d’autoritarisme accru de la part de l’État dans la gestion des foules, la gestion des manifestations, dans l’imposition d’un certain nombre de dĂ©cisions, la rĂ©pression politique et la rĂ©pression syndicale, un discours stigmatisant vis Ă  vis de l’immigration (multiplication des discours sur le sĂ©paratisme, sur le communautarisme), et une forme de tolĂ©rance vis Ă  vis de l’extrĂȘme droite de la part du pouvoir.

La verticalitĂ© du pouvoir s’est accentuĂ©e. Par exemple, la gestion de la pandĂ©mie a Ă©tĂ© purement descendante, s’est faite contre ce qui pouvait Ă©merger des soignants. Ce phĂ©nomĂšne peut s’observer dans l’ensemble des services de l’État oĂč tout savoir-faire est niĂ©, les compĂ©tences professionnelles sont Ă©crasĂ©es au profit d’une gestion par le haut par des « technocrates Â» en fait incompĂ©tents dans le domaine qu’ils dirigent. La rĂ©publique est devenue une notion complĂštement autoritaire. Ce n’est pas rĂ©publicain d’insulter les flics, mais ce n’est pas rĂ©publicain non plus de traverser hors des clous, ce n’est pas rĂ©publicain de frauder (enfin pas pour tout le monde), ce n’est pas rĂ©publicain de pas travailler, ce n’est pas rĂ©publicain d’ĂȘtre feignasse, ce n’est pas rĂ©publicain de porter un foulard


C’est cet autoritarisme exacerbĂ© qui s’exerce jusque sur notre quotidien le plus quotidien avec les mesures sanitaires par exemple qui peut faire penser Ă  une fascisation. Certes, le fascisme historique (Italie et Allemagne des annĂ©es 20 et 30) a Ă©tĂ© une rĂ©ponse de la bourgeoisie, afin de ramener l’ordre face Ă  des tentatives d’insurrection ou de bouleversements de la situation. Dans ce sens, il serait complĂštement anachronique de parler de fascisme aujourd’hui.

D’autres Ă©lĂ©ments peuvent pourtant faire penser au fascisme. Le gouvernement lui mĂȘme a une posture parfois anti-parlementariste. On peut se rĂ©fĂ©rer aux dĂ©clarations de Darmanin Ă  la manifestation des flics, on peut voir Ă  quel point le parlement est Ă©cartĂ© des dĂ©cisions importantes, des guerres extĂ©rieures Ă  la gestion de la crise sanitaire, rĂ©duit Ă  une chambre d’enregistrement de lois sĂ©curitaires ou d’exception permanente. On ne peut ignorer non plus les dĂ©lires racistes et xĂ©nophobes du personnel politique (loi sur le sĂ©paratisme par exemple). On peut enfin Ă©voquer la destruction systĂ©matique des corps intermĂ©diaires, des partis aux syndicats, mais aussi les organismes de cogestion et certains corps d’État. Le discours gouvernemental et de la droite aujourd’hui, c’est le discours que l’extrĂȘme droite tenait il y a vingt ans. Lorsque l’autoritarisme se renforce, les Ă©trangers et les femmes sont toujours les premier·es ciblé·es. Songeons aux attaques contre les droits des femmes en Hongrie, en Pologne. Songeons aux suspicions dont les Français·es de fraĂźche date font toujours l’objet, ce qui s’appelle donc un discours raciste.

Mais ça a sans doute peu de sens de rĂ©flĂ©chir en ces termes. La question n’est pas celle du fascisme, la question est celle de l’évolution vers un État de plus en plus autoritaire et sĂ©curitaire. Il faut s’interroger sur l’évolution de l’État, de son rĂŽle et de ses modes de gestion. Car nous subissons au quotidien les consĂ©quences de cette Ă©volution.

Une crise politique globale

Pourquoi ce dĂ©bat a-t-il lieu alors ? Il y a un Ă©lĂ©ment commun avec le fascisme historique, nous vivons une crise politique, ce que Grasmci qualifiait de crise de l’hĂ©gĂ©monie. Pas forcĂ©ment une crise rĂ©volutionnaire, mais on est dans un moment de grande dĂ©fiance vis-Ă -vis de l’État qui a perdu sa lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique. Les niveaux d’abstention sont devenus tellement Ă©levĂ©s qu’il est clair aux yeux de tous et toutes que les Ă©lus ne reprĂ©sentent qu’une minoritĂ©, ils sont Ă©lus avec au maximum 20% des voix (Macron a rassemblĂ© en fait 18% des Ă©lecteurs au premier tour, 44% au second tour face Ă  Le Pen). La vĂ©ritable minoritĂ©, c’est eux. Et ça se voit.

Cette perte de lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique est renforcĂ©e par le dĂ©pĂ©rissement des syndicats et des partis. Il n’y a presque plus de mĂ©diation entre reprĂ©sentants et reprĂ©sentĂ©s, et on se retrouve donc avec un pouvoir de plus en plus brut, qui dans un contexte de crise peut entraĂźner une mutation de l’État dans une logique fascisante. Un candidat qui Ă©manait de la gauche, du parti socialiste ou du PCF, ou de la droite ou d’ailleurs, c’était des gens qui venaient de partis politiques donc de courants dans la sociĂ©tĂ©. Les candidats de la gauche venaient du mouvement ouvrier, qu’illes soit social-dĂ©mocrates ou rĂ©volutionnaires, stalinien·nes, etc donc illes avaient des liens avec la sociĂ©tĂ©, reprĂ©sentaient quelque chose, un courant d’idĂ©es, des idĂ©es qu’illes pouvaient dĂ©fendre, incarner. Avec les primaires, on dĂ©signe un candidat pour lequel tout le monde peut voter, finalement on a une espĂšce de grand sac Ă  l’intĂ©rieur duquel on met tout, donc on ne met rien. Ceci signifie quelque chose de difficilement dĂ©finissable, en tous les cas quelque chose d’important dans le rapport qu’on a Ă  la politique et Ă  l’État. On constate que l’abstention concerne majoritairement les jeunes et les classes populaires, donc des gens qui sont prioritairement concernĂ©s par les politiques publiques, qui devraient au contraire s’intĂ©resser au phĂ©nomĂšne de la politique. Aujourd’hui le phĂ©nomĂšne de l’abstention dĂ©montre au moins une chose, une dĂ©connexion rĂ©elle et totale de la classe politique avec la rĂ©alitĂ© du pays et de la sociĂ©tĂ©. Et lĂ  il y a danger.

Cette perte de lĂ©gitimitĂ© de l’État est enfin renforcĂ©e par la mondialisation de l’économie. Macron Ă©tait clairement le candidat de l’Union EuropĂ©enne et de la finance. Avec l’affaiblissement des Ă©conomies nationales, l’État perd de son pouvoir rĂ©gulateur au profit du service direct aux multinationales. Et ça devient trop visible. Par exemple, en ce qui concerne la gestion de la pandĂ©mie, ce sont les trusts pharmaceutiques qui se sont rĂ©unis avec Macron pour dĂ©cider de la santĂ© de la France, sur quoi s’axer, quoi mettre en place, combien de lits fermer
 Ceci contribue beaucoup Ă  dĂ©sacraliser le pouvoir politique.

Lorsqu’un pouvoir n’a plus de lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique, il lui reste l’efficacitĂ© et la violence. Ce gouvernement n’a pas vraiment fait la preuve de son efficacitĂ© dans la gestion de la pandĂ©mie, et aucun pouvoir ne peut s’appuyer durablement uniquement sur la violence. Il lui faut donc trouver de nouvelles formes de gouvernance pour maintenir sa domination.

Une Ă©volution des modes de gestion de l’État

Il faut d’abord revenir sur la trajectoire de Macron, qui s’est prĂ©sentĂ© comme un homme sans parti, issu de la « sociĂ©tĂ© civile Â» au sens du monde de l’entreprise privĂ©e, des start-up et de la finance. Il prĂ©tendait refonder le politique. Il faut rappeler que ce « Mozart de la finance Â» est d’abord un homme d’appareil. Avant de rejoindre la banque Rothschild, il a fait l’ENA, appartenu Ă  ce corps d’État bien connu qu’est l’inspection des finances, et fait partie de la commission Attali. Il a Ă©tĂ© propulsĂ© par un Jean Pierre Jouyet qui avait Ă©tĂ© secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ÉlysĂ©e. Macron comme Hollande sont plutĂŽt le rĂ©sultat d’un accident, la chute de DSK pour Hollande, celle de Fillon pour Macron.

Sa refondation politique a Ă©tĂ© un Ă©chec complet. La RĂ©publique En Marche n’a remportĂ© aucun succĂšs Ă©lectoral passĂ©es les prĂ©sidentielles et lĂ©gislatives, n’a constituĂ© aucun bastion, n’a pas rĂ©ussi Ă  mordre durablement sur l’électorat. Macron est toujours un prĂ©sident sans parti, sauf qu’il dispose d’une majoritĂ© Ă  ses ordres Ă  l’assemblĂ©e, majoritĂ© incapable de la moindre proposition politique autonome. Tous les dĂ©putĂ©s de ce parti qui s’y sont essayĂ©s ont dĂ» le quitter ou s’incliner.

Le personnel politique, lui, a effectivement changĂ©. Gabriel Attal en est un brillant exemple, issu d’une famille parmi les plus riches de France, et secrĂ©taire d’État Ă  29 ans sans jamais avoir rien connu de la vie. Beaucoup viennent directement du privĂ© ou des grandes Ă©coles sans ĂȘtre passĂ©s par la case de la lĂ©gitimitĂ© de l’élection, qui vaut certes ce qu’elle vaut, mais modifie quand mĂȘme le rapport Ă  l’État et Ă  la chose publique, ce n’est pas la mĂȘme chose que d’ĂȘtre le baron d’un petit fief Ă©lectoral qu’on doit gĂ©rer au niveau sociabilitĂ©. Macron est un reprĂ©sentant de la bourgeoisie, mais pas de la grande bourgeoisie traditionnelle industrielle française, c’est plutĂŽt Xavier Niel, Draghi, le PDG d’Orange
 Le personnel politique marque aussi une identitĂ© de ce que peut ĂȘtre l’État et le gouvernement.

La gestion du personnel de l’État a aussi profondĂ©ment changĂ©. La prĂ©carisation est massive, y compris Ă  des Ă©chelons de responsabilitĂ©, une mobilitĂ© obligatoire est imposĂ©e, par exemple les chefs d’établissement scolaire changent tous les trois ans, toutes mesures qui facilitent une gestion complĂštement verticale jusque dans les plus petits dĂ©tails. La suppression de l’ENA dans sa forme actuelle va dans ce sens. Macron est un vrai modernisateur, il dĂ©truit tout ce qui peut favoriser un statu quo, une rĂ©sistance passive Ă  ses Ă©dits. Enfin, la dĂ©lĂ©gation au privĂ© se rĂ©pand rapidement, notamment par le biais du numĂ©rique devenu obligatoire pour beaucoup de dĂ©marches. Cette dĂ©lĂ©gation au privĂ© s’étend jusqu’aux fonctions rĂ©galiennes de l’État : pouvoir accru des vigiles, privatisation d’une partie de la logistique des opĂ©rations extĂ©rieures, sociĂ©tĂ©s privĂ©es pour les donnĂ©es biomĂ©triques des papiers, main mise de Doctolib sur les rendez-vous Ă  l’hĂŽpital (avec privatisation donc des donnĂ©es mĂ©dicales), services privĂ©s pour les cartes grises


Ce modernisateur a aussi une rage de destruction toute particuliĂšre contre tout ce qui est corps intermĂ©diaires et cogestion. Les modalitĂ©s de promotion et de mobilitĂ© des fonctionnaires ne sont plus paritaires. MĂȘme des organismes purement consultatifs et inoffensifs comme le Conseil Économique Social et Environnemental, lieu de discussions entre patronat, syndicats et associations, en sont victimes. Les dĂ©cisions sont de plus en plus prises par de tout petits groupes de personnes, Ă©ventuellement non identifiĂ©s.Par exemple, on ne connaĂźt pas les auteurs des nouveaux programmes scolaires, on sait juste qu’ils ont Ă©tĂ© refusĂ©s par l’organisme consultatif officiel, et maintenus quand mĂȘme.

Un pouvoir de plus en plus personnel, un commandement de plus en plus vertical, le tout sans base partidaire (ce qui fait une diffĂ©rence avec le fascisme), produit forcĂ©ment un isolement important. La multiplication des lois d’exception et le recours Ă  la rĂ©pression sont inĂ©vitables dans ce contexte, le tout combinĂ© Ă  une politique de la communication dont fait partie la mise en spectacle de pseudo dĂ©bats. L’usage des rĂ©seaux sociaux (dĂ©clarations sur tweeter) et les « petites phrases Â» remplacent la mĂ©diation. On observe un curieux mĂ©lange entre modernisation et archaĂŻsmes qui font penser Ă  l’ancien rĂ©gime. Ce qui explique les fiascos comme cette commission de citoyens pris au hasard pour rĂ©flĂ©chir Ă  la transition Ă©cologique mise en place par Macron soi-mĂȘme, et dont aucune proposition quasiment n’a Ă©tĂ© retenue. Eh oui, mĂȘme des citoyens pris au hasard peuvent se renseigner et proposer des mesures qui dĂ©plaisent au PrĂ©sident.

Les pouvoirs croissants de la police

Dans ces conditions, la police devient un des piliers essentiels du rĂ©gime. On peut d’ailleurs remarquer que le pouvoir s’est attaquĂ© Ă  la cogestion partout, sauf chez les flics. Lorsqu’il y a un fait divers, ce sont toujours les responsables syndicaux de la police qui s’expriment, avant mĂȘme le ministĂšre de l’intĂ©rieur.

Peut-on pour autant parler d’autonomisation de la police ? L’absence de condamnations, la tolĂ©rance vis-Ă -vis des discours extrĂȘmes en son sein, le fait de laisser les militants fascistes au sein de la police imposer leur discours peuvent le laisser penser. La prĂ©sence de Darmanin, ses dĂ©clarations, et la participation de beaucoup de politiciens Ă  la manifestation des flics qui pourtant revendiquaient la fin de la sĂ©paration des pouvoirs renforcent cette impression. De façon plus anecdotique, on peut mentionner aussi la façon dont la police n’est pas intervenue contre l’attaque de la plume noire Ă  Lyon.

Mais bon, les policiers ne dĂ©cident pas tout seuls, la hiĂ©rarchie existe toujours. On pourrait plutĂŽt dire que la police occupe une place de plus en plus centrale en proportion de l’isolement et de l’autoritarisme du pouvoir, qui lui court aprĂšs et lui laisse donc les coudĂ©es trĂšs franches.

Des discours racistes

LĂ  encore, ce n’est pas une nouveautĂ©. Les discours et les comportements racistes Ă©taient trĂšs prĂ©gnants, sans doute plus violents, dans les annĂ©es 60-70. Ces discours et comportements Ă©taient alors trĂšs liĂ©s aux guerres coloniales et surtout Ă  la guerre d’AlgĂ©rie. Le traumatisme de la sociĂ©tĂ© a Ă©tĂ© d’autant plus important du fait de la chape de plomb mise ensuite sur le sujet. Il faut se rappeler que ce sont des classes d’ñge entiĂšres qui ont fait la guerre, une guerre trĂšs sale, une guerre non reconnue comme telle, ignorĂ©e de ceux qui n’étaient pas politisĂ©s, et dont ils sont revenus vaincus. La violence raciste est restĂ©e longtemps un phĂ©nomĂšne social rĂ©pandu.

C’était il y a soixante ans. On n’est plus dans le mĂȘme contexte. Les paroles du personnel politique ont Ă©voluĂ© d’un discours ouvertement raciste Ă  un discours anti-musulmans. Le discours officiel, lui, devient de plus en plus raciste, toujours sur le thĂšme de l’islam, et se traduit dans la lĂ©gislation. Par contre, le racisme dans la population recule. Il y a un dĂ©calage entre une classe politique restĂ©e sur de vieux trucs racistes, et une population de plus en plus mĂ©langĂ©e. Or plus il y a de mĂ©lange, moins il y a de racisme. Le racisme, ce n’est pas ce que les gens peuvent s’envoyer Ă  la figure quand ils sont Ă©nervĂ©s, le racisme, ce sont des lois spĂ©cifiques, c’est la sĂ©paration des populations sur la base d’identitĂ©s fantasmĂ©es. Et si on retient cette dĂ©finition, on peut parler d’une montĂ©e du racisme dans la classe politique et mĂ©diatique, mais de sa diminution dans la sociĂ©tĂ©. Sous couvert de diversitĂ©, le racisme reste une arme privilĂ©giĂ©e pour tenter de diviser les exploité·es.

Conclusion ?

Il y a une spĂ©cificitĂ© de la France. Certaines grandes rĂ©formes exigĂ©es par l’Europe n’y ont pas encore Ă©tĂ© achevĂ©es : retraite, assurance chĂŽmage, privatisation poussĂ©e des services publics
 Macron (et Hollande avant lui) a Ă©tĂ© embauchĂ© pour ça. Briser les rĂ©sistances passe par une combinaison d’usage de la violence, d’autoritĂ© imposĂ©e, et d’achat de la paix sociale. Mais pour l’achat de la paix sociale, il semblerait que le gouvernement aie dĂ©cidĂ© que les caisses sont vides. Un avenir policier semble donc se dessiner devant nous. En fait, c’est contrĂŽle, sĂ©curitaire et dĂ©possession pour le peuple, et libertĂ©, non contrĂŽle et dĂ©rĂ©gulation pour ceux qui dĂ©tiennent le pouvoir Ă©conomique. C’est une combinaison de pseudo-dĂ©bats mis en scĂšne sous la bienveillante autoritĂ© de son Altesse PrĂ©sidentielle et de menaces policiĂšres. On peut remarquer en mĂȘme temps que dans les luttes, au-delĂ  des revendications sur les salaires et l’emploi, vient frĂ©quemment la revendication de la possibilitĂ© de participer aux prises de dĂ©cisions, Ă  l’organisation du travail.

L’erreur qu’on ne doit pas commettre serait devant l’autoritarisme croissant, au nom de la dĂ©nonciation d’une fascisation, de rĂ©clamer un retour Ă  l’État « protecteur Â» des trente glorieuses. Certes, dĂ©fendre le maintien de services publics fait partie de la dĂ©fense de notre pouvoir d’achat, mais pas n’importe quels services publics dans n’importe quelles conditions. L’État combinera toujours violence policiĂšre, lois d’exception, et « bienveillance Â», achat de la paix sociale, en fonction des intĂ©rĂȘts du capital. La « dĂ©mocratie Â» et la rĂ©publique sont lĂ  pour administrer le cadre Ă©conomique de notre exploitation. Les marchĂ©s financiers et les multinationales exercent des contraintes sur les Etats, contraintes rĂ©percutĂ©es Ă  travers l’Union EuropĂ©enne et d’autres institutions. Revendiquer un meilleur État, une meilleure dĂ©mocratie sans bouleverser ce cadre ne peut ĂȘtre qu’une illusion dangereuse.

Sylvie




Source: Oclibertaire.lautre.net