Janvier 10, 2022
Par Manif Est
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AprĂšs les projets d’établissements et les contrats d’objectifs, l’auto-Ă©valuation des Ă©tablissements est une Ă©tape de plus dans un mode de pilotage des Ă©tablissements publics.

Elle trouve son origine dans le “new public management”, un concept nĂ© dans les annĂ©es 70 et mis en application notamment dans les pays anglo-saxons et qui s’est traduit en France Ă  partir du dĂ©but des annĂ©es 2000 Ă  travers la LOLF (Loi organique et loi de finance), puis la RGPP (rĂ©vision gĂ©nĂ©rale des politiques publiques).

Le principe de base est de considĂ©rer que les administrations, services et entreprises publiques peuvent ĂȘtre gĂ©rĂ©es comme dans le privĂ©, c’est-Ă -dire notamment par les indicateurs chiffrĂ©s (objectifs vs rĂ©sultats), une Ă©valuation de leur “productivitĂ©” et Ă  terme leur faire faire plus (soit disant “mieux”), Ă  moyens constants, voire avec moins de moyens.

Sauf que dans les services publics, on ne produit pas des objets Ă  valeur marchande, on n’évalue pas la rĂ©ussite des Ă©lĂšves ou les soins apportĂ©s aux malades comme le nombre de bagnoles produites par une usine. Ça, les gouvernants le savent trĂšs bien (mais ne le disent pas). Mais ce qu’ils savent aussi (et ne disent pas non plus), c’est que par contre ce type de management, dans le privĂ©, comme dans le public, permet efficacement de mettre la pression sur les personnels pour leur en faire faire toujours plus, tout en continuant les suppressions de postes et la rĂ©duction des dĂ©penses, sans tenir compte des effets que ça a sur les personnels (notamment leurs conditions de travail et leur santĂ© tant mentale que physique).

Plus prĂ©cisĂ©ment dans l’EN, les projets d’établissements, les contrats d’objectifs, et maintenant l’auto-Ă©valuation des Ă©tablissements a pour objectif de faire entrer la culture de l’évaluation dans les Ă©tablissements, notamment l’idĂ©e que ce sont principalement les personnels et non les moyens qui sont responsables de la rĂ©ussite des Ă©lĂšves.

Notons au passage que plus le ministĂšre impose l’évaluation au bas de l’échelle, plus il en supprime pour lui-mĂȘme. L’auto-Ă©valuation des Ă©tablissements est pilotĂ©e par le “conseil d’évaluation de l’école”, une instance sous l’autoritĂ© du MinistĂšre qui a remplacĂ© en 2019 le CNESCO (Conseil national d’évaluation du systĂšme scolaire) qui, lui, Ă©tait indĂ©pendant du MinistĂšre et avait comme mission principale d’évaluer les politiques Ă©ducatives (donc la politique du ministĂšre elle-mĂȘme, plutĂŽt que la maniĂšre dont les personnels l’appliquent). En outre, en 2023 sera supprimĂ©e l’inspection gĂ©nĂ©rale, qui elle aussi avait entre autre pour objectif de produire des rapports sur l’efficacitĂ© des politiques Ă©ducatives (dont Blanquer n’a publiĂ© que 8% des rapports et mis les autres au placard http://www.cafepedagogique.net/lexp…).

À cela s’ajoute l’image “participative” donnĂ©e Ă  ce dispositif d’auto-Ă©valuation. On dispose de plusieurs retours d’établissements de l’AcadĂ©mie qui l’ont dĂ©jĂ  subi, oĂč les collĂšgues ont eu droit Ă  un calendrier important de rĂ©unions, oĂč on nous fait mouliner dans tous les sens, pour finalement aboutir Ă  des objectifs qui ne diffĂšrent guĂšre sur l’essentiel des consignes officielles. Cette dimension participative n’est que de façade. Il ne s’agit que d’impliquer les personnels dans leur auto-Ă©valuation, pas de faire vivre la dĂ©mocratie dans les Ă©tablissements.

Est-on donc obligĂ© de participer Ă  tout ça ? Et bien non ! Aucun texte rĂ©glementaire ne permet d’imposer la participation des collĂšgues Ă  ce processus. Seules les rĂ©unions qui se font sur les journĂ©es de solidaritĂ© ainsi que sur les conseils d’enseignement peuvent ĂȘtre imposĂ©es aux collĂšgues (les conseils pĂ©dagogiques se tenant sur la base du volontariat). Dans ces cadres contraints (journĂ©e de solidaritĂ© et conseils d’enseignement), on peut en faire le minimum ou s’interroger notamment sur les moyens qui sont ou seront mis en face des diagnostics et objectifs qui seront posĂ©s. En effet, les textes prĂ©voient bien que le travail sur le projet d’établissement et le contrat d’objectif font partie des sujets qui peuvent ĂȘtre abordĂ©s en conseil d’enseignement ou journĂ©es de solidaritĂ©, mais il ne s’agit pas d’en faire une tonne de plus. En dehors des profs, pour les personnels dont le temps de travail est annualisĂ© (AED, AESH, agents), la participation Ă  la journĂ©e de solidaritĂ© doit ĂȘtre comptabilisĂ©e dans leur temps de travail annuel et non s’y ajouter.

S’agissant de l’évaluation externe qui interviendra ensuite, il ne saurait y avoir de convocation Ă  des entretiens ou de visites de sĂ©ances imposĂ©es : ce sera seulement sur la base du volontariat.

Article paru dans SUD éducation Lorraine Info n°46, janvier 2022




Source: Manif-est.info