Nous republions cette émission intéressante pour réfléchir et porter une analyse critique sur le sexisme au sein des milieux anarchistes. Francis Dupuis-Déry y critique des tendances récurrentes au sein des mouvements anarchistes contemporains (et des groupes militants plus en général) à la constitution de boyclubs au sein desquels la domination masculine se reproduit – en contradiction avec les idées et valeurs anarchistes. Il souligne toute la difficulté à reconnaître un ennemi qui peut non pas seulement être à l’extérieur des groupements ou cercles d’amis (ex. les patrons, les bourgeois, etc.), mais également au sein même de ces groupes. C’est là l’urgence de développer un anarchisme proféministe, autocritique par rapport à ses privilèges, ses attitudes et ses comportements. Ce n’est pas une question d’éducation ou d’identité (s’identifier anarchiste, antiautoritaire, proféministe ou peu importe), mais plutôt de développer une vision matérialiste des rapports de genre et des autres rapports de domination entretenus au sein des milieux anarchistes et militants en général. Le constat sur ces contradictions est nécessaire : l’anarchisme est porteur de problématiques, mais également de réflexions et de solutions pour transformer les rapports sociaux autant dans l’ici et maintenant que dans la révolution sociale. Cette émission n’est pas sans rappeler le mémoire de maîtrise qui avait été produit par Éloïse Gaudreau et qui traitait des tensions entre les principes de lutte et la pratique militante en matière de rapports de genre qui régnaient au sein de l’Union Communiste Libertaire.
Résumé:
Avec une critique de l’anarcho-sexisme contemporain comme contradiction (apparente) avec l’idéal anti-autoritaire, comme produit d’une socialisation sexiste des hommes anarchistes, d’un idéal viriliste de l’anarchiste comme guerrier machiste, d’une négation idéologique de son positionnement de dominant au sein des rapports de genre, d’un anti-féministe lutte-de-classiste, d’une volonté masculine d’imposer une absence de critiques internes au nom de « l’unité » anarchiste (qu’ils sapent en réalité avec leur comportement sexiste) et d’une camaraderie virile même en cas d’agression sur une autre camarade ; avec un appel à une déconstruction individuelle et collective des hommes en tant que dominants au sein des rapports de genre, et à cesser d’utiliser des arguments anti-féministes identiques à ceux de l’extrême-droite et des staliniens ; et une évocation des tendances pro-féministes dans l’anarchisme francophone contemporain [1ère partie, 50 minutes]
Avec une analyse critique de l’anarcho-sexisme de Proudhon, promoteur d’un socialisme misogyne et polémiste anti-féministe, et son héritage au sein du mouvement ouvrier (exclusion des femmes des syndicats d’artisans, lutte pour une interdiction du travail industriel des femmes, anarchisme patriarcal) ; une brève histoire des débuts de l’anarcha-féminisme, celui d’Emma Goldman, de Victorine de Cleyre et de He-Yin Zhen ; et une discussion autour du pro-féminisme des hommes, ses limites (pro-féminisme toxique) et ses possibilités (déconstruction – désempowerement) [2ème partie, 50 minutes]