Justice pour les victimes, vengeance contre le régime

La rue nous appartient et nous y retournons.

Nous sommes tous nés le 4 août 2020, à 18h au port de Beyrouth, quai numéro 12.

Ce jour-là, nous sommes tous nés ou, plutôt, nous sommes tous morts. Certains d’entre nous sont revenus à la vie, cadavres de verre et de béton, résidus de Nitrate d’Ammonium. Il ne nous restait plus alors, cadavres que nous sommes, qu’à mesurer l’ampleur du désastre qui s’est abattu sur notre ville.

Ceci n’a pas eu lieu suite à une catastrophe naturelle. Ceci n’est pas le résultat d’une fausse manœuvre ouvrière ou d’un accident quelconque. Ceci n’est pas non plus le résultat de l’état général de corruption qui sévit ici depuis plus de trente ans. L’explosion du 4 août 2020 est un meurtre prémédité, commis contre le peuple.

Il y a donc ceux qui ont planifié, ceux qui ont exécutés, ceux qui ont profité et ceux qui se justifient à présent.

4 août 2020, à 18h, quai numéro 12.

Une guerre a donc commencé ici, avec des centaines de morts, des milliers de blessés, des centaines de milliers de déplacés, et des pertes incommensurables. Cette guerre aurait pu être évitée. Elle avait été annoncée depuis de nombreuses années. Il aurait ainsi été possible d’éviter l’explosion, mais elle a eu lieu. La bombe a détoné et nous en sommes morts. La question demeure : combien de bombes encore nous attendent ?

(…)


Article publié le 10 Sep 2020 sur Lepressoir-info.org