Avril 28, 2021
Par Squat.net
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Les jardins ouvriers sont toujours menacĂ©s par le solarium de la piscine d’entrainement des Jeux olympiques. Il y a urgence car la destruction des cabanes et des arbres est imminente.
AprĂšs une manifestation trĂšs importante le 17 avril, la lutte continue de s’organiser. Premier grain de sable dans l’engrenage, l’inspection du travail a fait cesser une partie des travaux pour dĂ©samiantage illĂ©gal.
L’expulsion des prĂ©caires des centres d’hĂ©bergement de l’autre cĂŽtĂ© du fort est imminente. Les jardinier.e.s et leurs soutiens organisent maintenant des aprĂšs-midi « Jardins-Ouverts Â», avec ateliers et discussions comme perspectives de lutte.

Contexte :

Les projets urbains autour du fort d’Aubervilliers symbolisent ce qu’il y a de pire en matiĂšre d’urbanisme pensĂ© pour les promoteurs et contre la population. Un centre aquatique pharaonique et ruineux qui dĂ©truirait des terres fertiles. Un projet de rĂ©novation (ANRU-2) cĂŽtĂ© Emile Dubois qui traĂźne depuis des annĂ©es. Des hectolitres de bĂ©ton pour un Ă©co-quartier ultra-dense et aux espaces verts minimaux. Seuls 18% de logements sociaux y sont prĂ©vus (33% Ă©taient imposĂ©s par l’ancienne Ă©quipe municipale) ce qui dĂ©montre que ces logements ne sont pas prĂ©vus pour les habitants actuels d’Auber, mais pour d’hypothĂ©tiques nouveaux arrivants, forcĂ©ment plus fortunĂ©s. Au passage, expulsion opaque d’exilĂ©s en procĂ©dure d’asile et de personnes en centre d’hĂ©bergement d’urgence, pour faire place nette, vendre plus cher et booster la gentrification. Les JO servent ici Ă  justifier l’urgence et l’inĂ©luctabilitĂ© de ces projets saccageurs.

Retour sur la manifestation du 17 avril entre la Mairie et les Jardins :

GrĂące Ă  l’énergie de toutes et tous, cette manifestation a Ă©tĂ© un succĂšs en terme de mobilisation. Le Collectif de dĂ©fense des jardins, le Collectif Saccage2024, les Brigades de solidaritĂ© populaire Aubervilliers-Pantin, XR Pantin, Youth For Climate IDF, le MNLE 93, ainsi que de nombreuses personnes indĂ©pendantes ont contribuĂ© Ă  l’organisation sur le terrain et aux appels sur les rĂ©seaux. Autour d’un millier de personnes Ă©taient prĂ©sentes. Ce fut une manifestation dĂ©guisĂ©e, festive, familiale, musicale et autonome. Plusieurs groupes indĂ©pendants y ont amenĂ© leur propre touche (banderoles, masques, batucadas, dragon, crapaud, infokiosque, opĂ©ration antipub en amont, etc.).
Cependant, ce cĂŽtĂ© festif et familial, ajoutĂ© peut-ĂȘtre aussi Ă  l’horaire matinal, a laissĂ© l’impression d’un manque de dynamisme sur les slogans chantĂ©s. Manif joyeuse et peace donc, mais Ă  l’énergie peu offensive. Ce manque de slogans fait qu’il est probable que les passant.e.s n’aient pas toujours compris de quoi il s’agissait. Les luttes autres que celles des jardins ont eu une faible visibilitĂ© (contre les processus de gentrification, contre les amĂ©nageurs, contre la destruction du parc Georges Valbon, des terres de Saclay, contre les JO et le Grand Paris, contre l’éco-quartier du fort d’Aubervilliers, etc.). La manifestation s’est terminĂ©e par une chaĂźne humaine, autour et dans les jardins, une barricade symbolique a Ă©tĂ© posĂ©e sur la porte par laquelle rentrent les engins, et les gens ont pu pique-niquer ensuite sur les parcelles menacĂ©es de destruction.

Tambouille interne :

Fait remarquable, quelques membres du bureau de l’association qui gĂšre les jardins ouvriers (distincte du Collectif de dĂ©fense), se sont opposĂ©s Ă  ce que les manifestants poursuivent le rassemblement dans les jardins. Il se trouve que le prĂ©sident de l’association est contributeur du blog « Riposte laĂŻque Â», groupuscule d’extrĂȘme droite. Cet honnĂȘte homme a Ă©tĂ© jusqu’à Ă©crire Ă  la prĂ©fecture pour demander d’empĂȘcher l’entrĂ©e des manifestants dans les jardins. Les forces de l’ordre ne l’ont pas suivi, peut-ĂȘtre du fait du grand nombre de personnes prĂ©sentes. Il a ensuite cherchĂ© Ă  empĂȘcher physiquement des jardinier.e.s de pĂ©nĂ©trer sur leur propre parcelle, mais a Ă©tĂ© Ă©cartĂ©. Pour contextualiser tout ça, il faut comprendre que de nombreux jardiniers restent passifs face aux menaces de destruction. Ils sont souvent retraitĂ©s, certain.e.s ne maĂźtrisent que partiellement le français, et ne se sentent pas facilement lĂ©gitimes Ă  contester. D’autres sont simplement rĂ©signĂ©.e.s face au grand capital qui arrive avec ses JO et ses plaquettes marketing vendeuses. Tout ça laisse le champ libre Ă  des serviteurs volontaires ou involontaires qui leur facilitent le travail.

L’actualitĂ© des amĂ©nageurs et des Ă©lus :

Pendant ce temps, Grand Paris AmĂ©nagement (GPA) a dĂ©pensĂ© des dizaines de milliers d’euros d’argent public pour que l’agence de communication Publicis leur produise des Ă©lĂ©ments de langage (« toolkit de crise Â» [1]), par peur d’un « dĂ©ficit d’image Â» ou comment dĂ©penser toujours plus d’argent public pour justifier l’inacceptable. Ces Ă©lĂ©ments ont Ă©tĂ© repris dans le journal municipal par la Maire K. Franclet. Publicis a Ă©galement fait la liste des associations, journalistes et militants opposĂ©s au projet, comme de petits barbouzes disciplinĂ©s. En parallĂšle, des dossiers sortent, avec des faits de racisme et de sexisme Ă  la Solideo (sociĂ©tĂ© de livraison des ouvrages olympiques) qui ont Ă©tĂ© couverts par la direction [2], et des accusations de corruption pour P. Ollier, responsable du grand Paris [3].

Amiante partout, autorisation nulle part :

Les premiers engins sont arrivĂ©s sur les jardins le 12 avril pour dĂ©mĂ©nager les cabanes de jardins expulsables, dĂ©placer et tronçonner des arbres, et Ă©tablir le pĂ©rimĂštre du futur chantier. Les plus gros arbres, qui sont les plus anciens, ne sont pas dĂ©plaçables et doivent ĂȘtre sacrifiĂ©s, ce qui montre l’absurditĂ© et la bĂȘtise du systĂšme de compensation. À partir du 3 mai Ă©tait prĂ©vue la destruction de toutes les cabanes restantes.
Mais des jardinier.e.s ont constatĂ© que les ouvriers manipulaient des plaques d’amiante sans protection, et les jetaient avec le tout-venant, sans mesure de tri. L’inspection du travail a Ă©tĂ© alertĂ©e et a fait une visite de contrĂŽle. Camille Vienne-Thery, responsable du projet pour GPA, ainsi que les sociĂ©tĂ©s Urban Eco et Pian vont devoir arrĂȘter leurs travaux et se mettre en conformitĂ©. Cet arrĂȘt pourrait ĂȘtre de plus d’un mois [4]. Des questions se posent : GPA Ă©tait-il au courant de la prĂ©sence d’amiante et a-t-il volontairement cherchĂ© Ă  contourner la procĂ©dure d’évacuation ? La sociĂ©tĂ© Pian a-t-elle les autorisations pour ce genre de manipulations ? Par ailleurs, des morceaux d’amiante ont Ă©tĂ© dispersĂ©s dans les allĂ©es. La santĂ© des jardinier·e·s a-t-elle Ă©tĂ© mise en danger ?
Cet arrĂȘt provisoire est une premiĂšre petite victoire car on sait que les dĂ©lais pour les JO sont trĂšs contraignants et que chaque semaine perdue dans le planning est une grosse Ă©pine pour l’amĂ©nageur. L’urgence, pourtant, reste. Les arbres sont toujours sous la menace d’une autre sociĂ©tĂ© (l’entreprise LeliĂšvre). Nous allons donc rester extrĂȘmement vigilant·e·s dans les semaines qui viennent.

Et autour ?

Les jardins et leurs jardinier.e.s ne sont pas les seul.e.s Ă  ĂȘtre menacĂ©.e.s d’expulsion par GPA sur le pĂ©rimĂštre de la zone d’amĂ©nagement concertĂ©e (ZAC du fort). De l’autre cĂŽtĂ© du fort, les habitant.e.s des tours dites « gendarmes Â» (car elles hĂ©bergeaient ces derniers jusqu’en 2015) sont en attente d’une expulsion imminente. ADOMA gĂšre un centre d’accueil d’exilĂ©s en procĂ©dure d’asile (300 personnes) et les reloge petit Ă  petit, et Caritas gĂšre un centre d’hĂ©bergement d’urgence (CHU, liĂ© au 115), dont les 135 habitant.e.s ne savent pas oĂč ils.elles vont atterrir car aucune nouvelle ne leur est communiquĂ©e par la prĂ©fecture. Dans les rĂ©novations de grande ampleur, c’est Ă©videmment ce type d’hĂ©bergement qui saute en premier : on considĂšre que les rĂ©sidents sont beaucoup plus faciles Ă  dĂ©placer. Sur place, les responsables de ces structures ne veulent pas rĂ©pondre aux questions de leurs hĂ©bergĂ©.e.s et semblent ignorer ce qui se passe en toile de fond (ou ne s’en prĂ©occupent pas).
Une premiĂšre date d’expulsion avait Ă©tĂ© fixĂ©e au 6 avril pour « la citĂ© Miriam Â» (celle gĂ©rĂ©e par Caritas), puis reportĂ©e sans autre information. L’attente et l’arbitraire donc. Les villes de Drancy, Montreuil, Villemomble sont citĂ©es comme point de chute possible, sans plus de dĂ©tails. Dans quelles conditions vont-ils.elles ĂȘtre relogĂ©.e.s ? Leur revendication principale est d’avoir des chambres individuelles (comme c’est le cas Ă  prĂ©sent), et des sanitaires pour 2 ou 3 personnes maximum.
Ces expulsions sont injustifiables car GPA n’a pas pour l’instant de projets Ă  proposer pour ces tours. D’ailleurs l’amĂ©nageur ne rĂ©pond pas aux questions sur ce sujet. Combien d’annĂ©es les tours vont-elles rester vides aprĂšs ces expulsions ? ConcrĂštement, faudra-t-il payer des gardiens pour des tours vides mais habitables ? On imagine aisĂ©ment que la prĂ©sence de prĂ©caires et d’exilĂ©.es abimerait l’image de l’éco-quartier et que les dĂ©placer servira avant tout Ă  vendre plus cher les futurs logements.

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Dans l’optique de continuer Ă  faire connaĂźtre les jardins, mais aussi pour se dĂ©fendre et s’organiser contre l’ensemble des agressions, des collectifs rĂ©unis proposent des ateliers tous les jours Ă  partir de 14h. On parlera de rĂ©sistance et on imaginera un avenir favorable pour les jardins, mais on fera aussi de la permaculture, on discutera de plantes sauvages comestibles, et des valeurs du sport. Un chantier de construction participatif est Ă©galement prĂ©vu. Le programme est lĂ , vous pouvez y contribuer : t.me/Jardinsadefendre (sur Telegram)
Venez, participez et organisons ensemble la suite de la bataille !

Notes :
[1] MĂ©diapart.
[2] MĂ©diapart.
[3] MĂ©diapart.
[4] Le MĂ©dia TV.

[Publié le 26 avril 2021 sur Paris-Luttes.info.]

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Source: Fr.squat.net