Avril 23, 2016
Par Indymedia Bruxsel
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*Texte distribué aujourd’hui et demain devant l’entrée du festival Game Ovaires à Saint Gilles. Le livret complet est disponible ici : https://archive.org/details/contreleviol*

Sans mon consentement, tu as commis ces actes.

Il y a 3 ans, j’ai fait la fête avec des amis. Nous avons bu, pris de la MDMA, puis nous

sommes rentrés chez l’une d’elle, tôt le matin. Tu étais là, toi, son amoureux. Tu dormais,

nous t’avons réveillé et nous avons repris de la drogue ensemble. Après ça, trou noir, c’est

le néant.

Je me réveille dans votre lit, je n’ai plus que mon tee-shirt. Dans l’appartement il n’y a

plus que toi. Je te demande pourquoi je n’ai plus mes vêtements, tu me rassures en me

disant qu’on s’est amusé tous ensemble, qu’on s’est tous fait des bisous, et déshabillés

puis que je me suis endormie et que les autres sont partis boire un café au Jeu de Balle. Je

t’ai fait con !ance. On part manger dehors.

C’est là que je reçois un appel de mon amie, qui hurle à la trahison car elle vient de

trouver un mouchoir rempli de sperme à côté du lit. On part la rejoindre. Sur la route, je

te demande ce qui s’est réellement passé. Tu me dis que je me suis endormie et que tu

m’as déshabillée pour que je sois plus à l’aise, et que tu t’es branlé, rien d’autre, que je

n’ai pas à m’inquiéter.

Quand on arrive dans l’appartement, c’est la crise. Elle est blessée. Elle m’en veut parce

que je me suis endormie et qu’après avoir essayé de me réveiller plusieurs fois, en vain,

elle est partie avec les autres, faute de ne pouvoir !nir sa soirée avec toi. Tu n’as pas voulu

les suivre. Je suis confuse et perdue, je les laisse seuls et rentre chez moi.

Sous la douche je sens une douleur dans mon vagin, j’ai peur. Le soir je t’appelle, je ne te

crois plus, je veux savoir. Tu me promets qu’il s’agit de la parano et qu’il ne s’est

absolument rien passé. Je crois en notre amitié, à ton honnêteté et à ton amour pour elle.

Je laisse cette histoire dans un coin de ma tête pendant plusieurs mois. Un jour, ça ne va

plus entre vous. Elle et moi nous retrouvons à une terrasse de café, elle me demande ce

que je pense de toi. Je lui dis que depuis cette histoire, j’ai toujours des doutes, et que je

ne te fais pas con !ance. Elle avait renié les faits, je lui redis ce qu’il s’est passé. Elle hurle

que tu es un violeur et te quitte. Tu m’appelles pour que j’arrange ça, je te demande

d’arranger ce qu’il s’est passé et de me dire la vérité. Tu me dis « je t’ai calé des doigts,

normal, vous m’avez fait prendre de la MDMA ».

J’ai honte, je suis salie, je tiens à elle, de toi je m’en fous, tu es un pervers. Plus tard elle

revient vers toi, je continue à croire que c’est mon amie, j’accepte sa décision. Je te

recroise quelque-fois, ta présence m’horripile, me dégoûte. Je ne veux plus vous voir. Ni

toi, ni elle. Vous n’assumez pas, vous faites semblant de rien. Je ne cesse d’y penser, de

me demander ce qu’il s’est réellement passé, ça me traumatise, il faut que j’en parle.

Je raconte cette histoire à celles que je considère être de vraies amies. Celles qui sont là

pour moi, qui me soutiennent et ne me tournent pas le dos. C’est grâce à elles que

j’arrive enfin à mettre le mot viol sur ces actes. Un viol est un acte sexuel commis sans le consentement de l’autre.

Mon consentement tu ne l’avais pas.

Après avoir réfléchi aux pires horreurs qu’on aurait voulu te faire, on décida d’avoir une confrontation avec toi

pour mettre cette histoire au clair. Tu es encore dans le déni, tu dis que tu ne savais pas

que je dormais mais tu m’as déshabillée pour que je sois à l’aise. Tu dis que tu ne savais

pas que je dormais mais que c’est mon corps qui t’appelait dans mon sommeil. Tu dis

que c’est au moment où tu me faisais un cuni que tu t’es rendu compte que je dormais.

J’apprends que tu m’as fait un cuni, tu me dégoûtes encore plus.Tu dis que c’est ma

faute, et celle de celui qui t’as forcé à prendre de la drogue, tu me fais rire. Je te demande

de reconnaître tes actes, et d’écrire une lettre de rédemption. Ça te fait rire, tu ne le feras

pas. Alors j’écris cette lettre à ta place.

Je refuse de taire cette histoire plus longtemps. Je refuse de te laisser t’en tirer comme ça

toi qui m’as tant hantée.

Il y a beaucoup de personnes comme toi. Beaucoup qui pensent que parce que celle ou

celui qui se trouve en face d’elle est dans un état non conscient alors le feu est vert.

Beaucoup ont subi la même chose que moi, en ont honte et se sentent responsables. Il

faut que ça cesse !

En parler et le reconnaître est le meilleur moyen d’éviter ça. Il faut

réaliser que l’acte sexuel doit être clairement consenti, que le fait de ne pas être capable

de dire non ne signi !e pas oui. C’est un plaisir à partager. Si ce n’est pas le cas, ça a un

impact sur la personne qui le subit, qu’elle soit consciente ou qu’elle ne le soit pas.


Tu n’as rien à foutre dans l’organisation d’un « festival artistique

féminin », et ce n’est pas parce que vous avez décidé de supprimer le terme

« féministe » que c’est moins grave. DÉGAGE !





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