Vous seriez vous fait justice vous-mĂȘme, ce jour-lĂ  oĂč vous avez glissĂ©. Voix inaudibles, voix des montagnes, voix des villes, vous les aviez toutes en vous. Mais vous, vous qui vous ĂȘtes frayĂ© un chemin Ă  travers toutes ces voix, vous ne vous souvenez plus. Aujourd’hui dort dans le creux de vos mains. Marche ou crĂšve, pensiez-vous. Il fallait que la libertĂ© qui est un honneur dĂ©borde de vous-mĂȘme : chaise qui roule sur l’eau, papillons gigantesques qui hantent ou butinent les murs de la DĂ©fense. Il n’y avait pas de cause entendue derriĂšre chaque chose, il y avait ce que vous entendiez vous de gesticulaire, d’incroyable, de grotesque ou de tout petit et mĂȘme veule Ă  qui vous offriez l’aumĂŽne d’un mot, d’une parole en grand seigneur. Se soumettre, vous n’y pensiez pas. Parcours de combattant ou parcours de magicien pris Ă  son propre piĂšge d’avoir aimĂ©, d’aimer encore jusqu’au trop plein.

Il y a l’écho de votre intransigeance fragile pour voir Ă  travers un sac de pierres comme dans chaque main un signe, un signe de reconnaissance.
PrĂȘte-moi ta main, prĂȘte-moi ton visage. Quand certains parlent avec leurs pieds, d’autres ont le regard si triste qu’ils ne comprennent pas l’oiseau qui s’y niche.

Qui convaincrez vous visages ratatinĂ©s, corps sans ombres ? Vous convaincre de quoi ? Que la vie est un voyage, que tout s’y mĂȘle : bonheur, enfantement, dĂ©ceptions, folie et mort.

Nous avons parlĂ© plusieurs langues, plusieurs pays et voici que nos feuilles se rapprochent. Quelque part l’amour vaut bien une chandelle.
Je regarde encore l’oiseau Ă  qui vous avez rendu la libertĂ©, Monsieur le magicien. Des mots pour le dire, pour poursuivre le voyage pour les laisser passer ceux qui font battre notre coeur, ces voix entremĂȘlĂ©es qui surgissent aussi bien de l’ombre que du ruisseau.

C’est bien la moindre chose, tout de mĂȘme d’avoir vĂ©cu que d’exister encore !


Article publié le 12 AoĂ»t 2019 sur Monde-libertaire.fr