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publié
le lundi 12 octobre 2020 Ă  15:39 |

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J’ai entendu dire que les forĂŞts devaient ĂŞtre « entretenues Â». Pire, qu’elles devaient ĂŞtre « nettoyĂ©es Â».

J’ai entendu dire que les forĂŞts devaient ĂŞtre « amĂ©nagĂ©es Â», pour ĂŞtre rentabilisĂ©es, accessibles, avenantes. Qu’il Ă©tait souhaitable que les gens s’y promène le dimanche, sur des sentiers fiables et larges, chiens tenus en laisse, pique nique sur les tables prĂ©vues Ă  cet effets.

J’ai entendu dire que les forĂŞts devaient ĂŞtre « protĂ©gĂ©es Â». Comprendre, « contrĂ´lĂ©es Â».

J’ai entendu dire qu’on devait planter des arbres en rangs pour produire des carnets dans lesquels prendre des notes inintĂ©ressantes, des livres au contenus insipides, des magasines abrutissants et des Ă©tagères pour ranger tout ça.

J’ai entendu dire que grâce aux lois et aux partis Ă©cologistes, qu’il fallait soutenir, on avait des moyens de dĂ©fendre la forĂŞt des mĂ©chant.es industriel.les.

J’ai entendu dire qu’il ne fallait pas ramasser de bois mort, pour ne pas bouleverser un Ă©cosystème fragile.

J’ai entendu dire qu’il ne fallait pas sortir des sentiers, pour ne pas abĂ®mer les plantes.

J’ai entendu dire que se promener seul.e en forĂŞt pouvait ĂŞtre « dangereux Â».

J’ai entendu dire qu’il ne fallait pas faire de feu de camps, parce que ça pourrait dĂ©truire la forĂŞt. Mais les coupes Ă  blanc, pas de problème ?

J’ai entendu dire que pendant le confinement, on pouvait aller dans des supermarchĂ©s, mais pas faire de cueillette. Que le reste du temps, il faut s’enquĂ©rir d’une autorisation. Pas celles des plantes, mes chèr.es naĂŻf.ves, celle de l’administration.

J’ai entendu dire que je devais me rĂ©jouir de l’existence de « parcs naturels Â».

J’ai entendu dire que la forĂŞt avait des propriĂ©taires. Que ces propriĂ©taires n’Ă©taient pas ses habitant.es Ă  poils, Ă  plume et Ă  Ă©corces.

J’ai entendu dire que ces habitants et habitantes devaient ĂŞtre rĂ©gulĂ©.es par des quotas de chasse.

J’ai entendu dire que les chiens devaient ĂŞtre tenus en laisse, mais que les ĂŞtre humains – possĂ©dant un permis de l’État – pouvaient tuer Ă  leur guise avec des armes si sophistiquĂ©es qu’elle ne leur demande mĂŞme plus de connaĂ®tre leur proie.

J’ai entendu dire qu’il fallait sensibiliser au « respect de la nature Â» des jeunes que l’on fait grandir dans le bĂ©ton.

J’ai entendu dire qu’une sociĂ©tĂ© ultra technologisĂ©e pouvait ĂŞtre « Ă©cologique Â».

J’ai entendu dire qu’on qualifiait avec les labels « durable Â» et « Ă©cologique Â» la destruction de 99 % des arbres d’une parcelle, la formation de sillons de 40 cm de profondeur dans de la boue et les monstres de mĂ©tal nourris au pĂ©trole qui sont nĂ©cessaire pour se faire. Entendu le bruit des arbres qui tombent, des machines qui rasent, le vrombissement des 4×4 des « protecteurs Â» de la forĂŞts.

J’ai entendu dire qu’une scierie pouvait ĂŞtre « autogĂ©rĂ©e Â». L’exploitation du bois optimisĂ©e ; au service d’une cause juste, de « l’alternative ».

J’ai entendu dire qu’il fallait planter des arbres pour sauver l’espèce humaine.

J’ai entendu dire qu’on pouvait planter un arbre en achetant un paquet de pâtes.

J’ai entendu dire que les arbres pouvaient guĂ©rir le cancer. Mais qui les guĂ©rira de nous ?

Alors j’ai bouchĂ© mes oreilles et j’ai hurlĂ©. HurlĂ© si fort que les feuilles des arbres ont frĂ©mi. HurlĂ© si longtemps que ma voix et les autres se sont taries. Une fois le silence revenu, je me suis souvenu d’autres choses que j’avais apprises.

J’ai appris que contrĂ´le des forĂŞts signifie contrĂ´le des populations, contrĂ´le de ma vie.

J’ai appris que l’ĂŞtre humain moyen est dupe, lâche, ignare ou tristement rĂ©aliste. Que quand on lui assène deux coups, il se persuade que c’est pour son bien, ou se rĂ©jouis qu’il n’y en ait pas un troisième. Qu’il est mĂŞme fier d’ĂŞtre sorti de son « Ă©tat de nature Â». Grande avancĂ©e !

J’ai compris que je n’aimais pas la forĂŞt uniquement pour le foisonnement de vie, de mort, et d’entre deux qui la compose, que ma rĂ©vulsion face au sort qui lui est rĂ©servĂ© n’Ă©tait pas pure empathie, mais que c’Ă©tait aussi mes propres possibles qui se retrouvaient parquĂ©s, contrĂ´lĂ©s, amĂ©nagĂ©s, dĂ©truits.

Puis je me suis souvenu des actes de sabotages contre la destruction des forêts. Des machines vandalisées, des scieries brûlées, des humains attaqués.

Je me suis souvenu que je pouvais agir et pas uniquement me rendre sourd.e et aveugle pour me protĂ©ger. Alors j’ai participĂ© Ă  l’attaque incendiaire contre les bureaux de l’Office National des ForĂŞts Ă  Aubenas dans la nuit du 5 au 6 octobre.

Un acte certes dĂ©risoire, au regard des destructions mondiales de ce qu’il reste de vivant dans ce monde. Mais pourtant un acte qui veut signifier plus que son impact matĂ©riel. Et c’est pour qu’il ne soit pas un simple fait divers ignorĂ© des mĂ©dias que j’Ă©cris. Parce qu’il signifie aussi que l’on peut s’organiser pour attaquer directement cette sociĂ©tĂ© de gestion, de contrĂ´le et d’exploitation. SociĂ©tĂ© qui se retrouve dans nos comportements construits, lesquels sont Ă  combattre, mais Ă©galement dans des institutions qu’il s’agit de ne pas oublier d’essayer de dĂ©truire.

Un salut au passage, pour celles et ceux qui n’ont pas oubliĂ© d’attaquer, de s’insoumettre, de rĂ©flĂ©chir et de faire des tentatives.

Courage à celles et ceux en prison pour leurs idées ou leurs actes.


Article publié le 12 Oct 2020 sur Nantes.indymedia.org