Mai 16, 2022
Par Le Numéro Zéro
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Cette agression est le rĂ©sultat d’interminables embrouilles et tensions entre diffĂ©rents groupes antifas lyonnais, principalement la Jeune Garde et les autonomes de la GALE (Groupe antifasciste Lyon et environs) qui durent depuis des annĂ©es.

Nous sommes des antifascistes anarchistes et autonomes saoulĂ©-x-s par ces groupes et ces embrouilles depuis des annĂ©es. La plupart du temps, on n’est pas prĂ©sent-x-s quand il y a ces embrouilles entre ces groupes et on a que des propos rapportĂ©s. Souvent, on entend juste deux versions, parole contre parole, on peut pas savoir qui ment, et ça finit juste par nous fatiguer et nous dĂ©goĂ»ter du « milieu Â» antifa.

Ce 1er mai, on Ă©tait prĂ©sent-x-s place Colbert. On a Ă©tĂ© tĂ©moins. Comme tous les gens qui Ă©taient lĂ , impossible de renvoyer les responsabilitĂ©s dos-Ă -dos : on a Ă©tĂ© tĂ©moins d’une attaque par la Jeune Garde.

Ce qu’il s’est passĂ©

Environ une heure aprĂšs l’arrivĂ©e de la manif, il y avait une centaine de personnes sur la place Colbert, des militant-x-s, des familles
 Il faisait beau, on buvait le punch de Radio Canut et une chorale militante mettait une ambiance sympa. Les membres de la Jeune Garde n’étaient pas lĂ , parti-x-s rapidement de la place aprĂšs l’arrivĂ©e de la manif. Visiblement, iels sont allĂ©-x-s se regrouper un peu plus loin.

D’un coup, iels ont dĂ©barquĂ©-x-s Ă  une quarantaine en colonne d’un pas rapide sur la place Colbert. Pendant quelques secondes, on a cru que c’était une des milices fascistes du Vieux Lyon qui venait nous attaquer, comme ces groupes le font rĂ©guliĂšrement lors d’évĂ©nements militants. Mais on a vite reconnu les membres de la Jeune Garde, qui se sont positionnĂ©-x-s en ligne dans une attitude menaçante et provocatrice face un groupe d’une vingtaine de personnes, parmi lesquelles des membres ou proches de la GALE.

Ces dernier-x-s sont restĂ©-x-s Ă  distance et ont envoyĂ© un petit groupe de meufs discuter. À peine arrivĂ©es devant la Jeune Garde, des coups ont Ă©tĂ© donnĂ©s et c’est parti en bagarre gĂ©nĂ©rale. Plusieurs personnes ont Ă©tĂ© blessĂ©es, la plupart Ă©tant des gens comme nous qui n’avaient rien Ă  voir avec les embrouilles et qui essayaient de s’interposer. On n’a pas vu qui a donnĂ© le premier coup ou dit le premier mot de travers et on s’en fiche, ce qu’on a vu c’est que la Jeune Garde Ă©tait venue dans l’unique but de se battre. Rien dans leur action n’était diffĂ©rent des attaques de milices fascistes qu’on a vu/subit par le passĂ©.

AprĂšs quelques minutes violentes et choquantes, beaucoup de gens sont partis de la place, dont les personnes visĂ©es comme appartenant Ă  la GALE. Une voiture de la natio est passĂ©e devant la Jeune Garde qui restait sur la place sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©e par les flics, qui ont suivi direct les gens qui s’enfuyaient, dont nous, ce qui nous a mis en danger. On prĂ©cise qu’on est parti-x-s pas parce qu’on est potes avec la GALE, mais juste parce que la Jeune Garde nous a fait flipper et qu’on avait peur qu’iels nous agressent.

Personne n’est irrĂ©prochable, mais la Jeune Garde a dĂ©passĂ© toutes les limites

Nous sommes loin d’ĂȘtre des proches de la GALE. Nous avons eu de nombreux dĂ©saccords vis-Ă -vis des positions et comportements de membres ou de proches de la GALE. Nous nous organisons trĂšs peu avec elleux car nous leur reprochons de nombreuses choses (sur lesquelles nous ne nous Ă©talerons pas ici). Mais, ce qu’a fait la Jeune Garde, on n’avait jamais vu un truc aussi grave de la part « d’antifas Â».

On a entendu les versions des deux sur les bagarres/agressions/vengeances qu’il y a eu entre elleux ces derniers temps et qui ont menĂ© Ă  cette triste scĂšne, et on trouve que personne n’est irrĂ©prochable. Mais dans tout ce qui a Ă©tĂ© dit, que ce soit vrai ou faux, absolument rien ne justifie cette attaque par la Jeune Garde. Cette action stupide et viriliste ne pouvait que faire empirer dangereusement les choses.

C’est n’importe quoi de dĂ©barquer en colonne en montrant les muscles et en essayant d’intimider. De chercher Ă  rĂ©soudre un diffĂ©rend entre « antifas Â» par la violence (on n’est pas systĂ©matiquement contre le recours Ă  la violence, mais on considĂšre qu’elle doit ĂȘtre rĂ©servĂ©e Ă  nos vĂ©ritables ennemis : les fachos, machos, capitalistes et autres oppresseurs, et les flics qui les protĂšgent).

Ce comportement est symptomatique d’une maniĂšre assez gĂ©nĂ©rale de concevoir la lutte antifasciste. Celui qui dit la vĂ©ritĂ©, c’est celui qui tape le plus fort. À la moindre critique, on propose de “s’expliquer dans une ruelle” (on comprend toustes ce que ça veut dire). Vous ĂȘtes sĂ»r-x-s que la meilleure maniĂšre d’agir contre l’extrĂȘme-droite, c’est d’agir selon des codes virilistes utilisĂ©s par les fachos eux-mĂȘmes ? Et de dire bien fort devant les camĂ©ras que la Jeune Garde n’est pas violente… bande d’hypocrites.

Cette attaque est d’autant plus grave qu’elle a Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e : genre en se donnant rendez-vous avant, en y allant ensemble, y en a pas un-e seul-e dans le lot qui s’est demandĂ© si c’était pas une idĂ©e de merde qui ne rĂ©soudrait rien ? Cette prĂ©mĂ©ditation de la violence est beaucoup plus grave qu’une rĂ©action violente sous le coup de la surprise ou de l’impulsion (mĂȘme si c’est aussi un problĂšme).

La Jeune Garde profite que la GALE soit affaiblie par la répression

La GALE a fait l’objet ces derniers temps d’une rĂ©pression Ă©tatique particuliĂšrement violente. Pour rappel, des gens proches de la GALE ont passĂ© plusieurs semaines en prison l’automne dernier avant d’ĂȘtre relaxĂ©s, Ă  cause d’une procĂ©dure complĂštement fallacieuse et d’un acharnement policier et politique. Plus rĂ©cemment, la GALE a Ă©tĂ© dissoute par le gouvernement. Dans tous les pseudo-Ă©lĂ©ments invoquĂ©s par le ministĂšre pour justifier cette dissolution, pas un seul n’est aussi grave que les violences qu’a dĂ©clenchĂ© la Jeune Garde ce 1er mai.

La Jeune Garde ne subit pas autant de rĂ©pression (et on ne lui souhaite pas). LĂ , clairement, elle profite que la GALE soit affaiblie par la rĂ©pression judiciaire, que ses membres n’aient plus le droit de se regrouper et s’organiser ensemble, que certain-x-s de ses proches risquent des condamnations judiciaires et la prison, que le groupe soit privĂ© de ses moyens de communications (comptes sur les rĂ©seaux sociaux
).

MalgrĂ© tout ce qu’on peut reprocher Ă  la GALE, iels ont notre soutien total et inconditionnel face Ă  la rĂ©pression violente et injuste qui s’abat sur elleux. Cette rĂ©pression est une menace grave pour tous les mouvements et groupes antifascistes, anti-autoritaires et/ou progressistes. Au-lieu de s’organiser pour se dĂ©fendre collectivement face Ă  cette attaque d’une gravitĂ© sans prĂ©cĂ©dent, la Jeune Garde en profite pour essayer de prendre une position dominante sur l’antifascisme lyonnais, en enfonçant encore plus son « rival Â».

Depuis sa crĂ©ation, la Jeune Garde s’est revendiquĂ©e ouvertement contre « l’antifascisme autonome Â». En tant qu’autonomes et anti-autoritaires, on n’est pas d’accord dans le fond. Mais dans la pratique, on est OK pour en dĂ©battre et pour soutenir / collaborer avec des groupes qui ont d’autres modes d’organisation que nous. En participant Ă  la tentative de l’État d’éliminer la GALE, la Jeune Garde veut affaiblir l’antifascisme autonome par la violence et la rĂ©pression, plutĂŽt qu’en dĂ©fendant sa propre vision alternative de l’antifascisme. Et de fait, nous sommes antifascistes, nous militons de maniĂšre autonome et mĂȘme si nous ne militons pas aux cĂŽtĂ©s de la GALE, nous sommes menacĂ©-x-s par la Jeune Garde.

La Jeune Garde et les groupes qui s’organisent avec elle doivent rendre des comptes

La situation actuelle affaiblit l’ensemble des luttes antifascistes locales, dont la plupart des gens impliquĂ©-x-s comme nous ne sont ni Ă  la GALE ni Ă  la Jeune Garde. À dĂ©faut de rĂ©concilier ces deux groupes, il faut au moins qu’ils puissent coexister en s’ignorant mutuellement, pour qu’on puisse consacrer le maximum de notre Ă©nergie Ă  lutter contre la menace fasciste.

Pour qu’un apaisement soit possible, la Jeune Garde va devoir se calmer et ne jamais recommencer une telle action. Elle a des comptes Ă  rendre Ă  l’ensemble des militant-x-s et collectifs « progressistes Â» / « de gauche Â». Sans ça, au vu de ce dont nous avons Ă©tĂ© tĂ©moins ce 1er mai, nous les considĂ©rons comme des ennemis de nos luttes, tout aussi dangereux que les fascistes.

Rappelons Ă©galement que la Jeune Garde a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e par des militant-x-s racisĂ©-x-s et/ou LGBTQ+ pour des propos racistes, islamophobes, transphobes, homophobes. L’annĂ©e derniĂšre, un militant antiraciste s’est fait agresser par des membres de la Jeune Garde et avait tĂ©moignĂ© publiquement. Depuis, non seulement la Jeune Garde ne s’est pas exprimĂ©e, encore moins remise en question, mais elle a fait des autonomes antifascistes la vĂ©ritable cible de sa lutte, que ce soit par des insultes, des coups de pression, des reprĂ©sailles violentes ou une exclusion pure et simple de l’organisation de manifestations et autres Ă©vĂ©nements antifascistes.

En juin 2021, lors d’une discussion avec Usul, RaphaĂ«l Arnault, porte-parole de la Jeune Garde, tenait les propos suivants, symptomatiques du mode de pensĂ©e de la Jeune Garde : “Malheureusement, ce n’est plus seulement les militants antifascistes qui sont visĂ©s par la menace de l’extrĂȘme-droite, mais bien de nombreuses personnes, que ce soit en raison de leur couleur de peau, de leur orientation sexuelle ou de leurs idĂ©es politiques”. Il serait utile de rappeler que les personnes racisĂ©es, les personnes musulmanes et juives, et les personnes LGBTQIA+ sont les premiĂšres cibles de l’extrĂȘme-droite, mais manifestement la Jeune Garde ne l’a toujours pas compris puisqu’à chaque manifestation, le cortĂšge des personnes les plus vulnĂ©rables est relĂ©guĂ©e en fin de cortĂšge…la position la plus fragilisĂ©e et la plus invisible. Ces mĂȘmes personnes qui se font agresser tous les jours reçoivent un message clair : “La lutte antifasciste, c’est un truc de mascu viriliste blanc, vous n’avez pas votre place dans la lutte antifasciste en dehors de notre utilisation de votre image de victimes de l’extrĂȘme-droite”. Il est bien beau de parler de lutte antiraciste, antisexiste, anti-LGBTQphobie, antifasciste devant les camĂ©ras, lorsque la Jeune Garde perpĂ©tue ces discriminations de maniĂšre autoritaire et violente, sans aucune rĂ©action des diverses organisations et collectifs qui continuent, malgrĂ© tout, de s’organiser avec eux.

De nombreux groupes rĂ©volutionnaires, anarchistes et anti-autoritaires s’organisent avec la Jeune Garde. Beaucoup d’entre eux le font Ă  cause de dĂ©saccords avec la GALE, avec qui on ne leur demande pas de se rĂ©concilier mais seulement de les soutenir face Ă  la rĂ©pression qu’iels subissent et l’agression de ce 1er mai. Des membres de nombreux groupes/collectifs Ă©taient prĂ©sents et tĂ©moins de cette attaque. Personne n’a pour le moment pris de position publique sur le sujet. C’est notamment le cas Ă  Lyon de l’UCL, Solidaires, la CNT ou encore le NPA. Ces orgas et syndicats, par lesquelles certain-x-s d’entre nous sont passĂ©-x-s ou sont proches, ne peuvent pas Ă  la fois se dire contre le fascisme et continuer Ă  s’organiser avec la Jeune Garde sans lui demander de rendre sĂ©rieusement des comptes sur cette attaque et s’assurer que ça ne se reproduira jamais.

Des militant-x-s antifascistes, autonomes et anarchistes

En complĂ©ment…




Source: Lenumerozero.info