Novembre 15, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Le salon international d’art contemporain Marseillais Art-o-rama est produit aujourd’hui et depuis 2016 par l’association FrĂŠme. Cette derniĂšre est le rĂ©sultat de la fusion de Group et de Sextanetplus. Group Ă©tait la premiĂšre association crĂ©Ă©e par JĂ©rĂŽme Pantalacci en 2007 afin d’organiser Art-o-rama.

FinanciÚrement, FrÊme est alimentée par des subventions publiques, à savoir la région, le département, la ville, ponctuellement par la métropole Aix-Marseille, et enfin par la DRAC qui, comme chacun sait, est une antenne régionale du ministÚre de la culture.

Le principal mĂ©cĂšne de l’association (Ă  hauteur de 5%) est « La Compagnie FruitiĂšre Â», une entreprise productrice de fruit exotique au Ghana, en Cote d’Ivoire, au Cameroun, en Ă©quateur et qui les revend en Europe. La Compagnie FruitiĂšre est premiĂšre productrice de fruits de la zone Afrique-CaraĂŻbes-Pacifique et la premiĂšre productrice au monde de bananes, en partie grĂące aux politiques protectionnistes des anciennes puissances coloniales envers les Ă©tat d’Afrique, dont elle bĂ©nĂ©ficiait jusqu’en 1993, dans un marchĂ© non concurrentiel. JĂ©rĂŽme Fabre, le directeur, fait parti des 500 plus grandes fortunes de France. En 2013, lors d’un reportage de l’émission française Cash investigation, diffusĂ© sur France 2 en septembre 2013, la filiale camerounaise de la Compagnie FruitiĂšre est accusĂ©e de nuire Ă  la santĂ© des populations locales, via l’épandage aĂ©rien de plusieurs pesticides toxiques, interdits en France entre 2000 et 2011. L’équipe d’investigation porte des accusations de corruption, et pointe une cascade de conflits d’intĂ©rĂȘts avec des dĂ©putĂ©s, d’anciens ministres camerounais, avec pour consĂ©quences de multiples anomalies et problĂšmes qui s’ajoutent Ă  la non-contribution au dĂ©veloppement Ă©conomique inclusif des communes oĂč la sociĂ©tĂ© est implantĂ©e. Afin d’accrĂ©diter l’activitĂ© de la Cie FruitiĂšre au sein du projet Art-o-rama, cette derniĂšre organise des rĂ©sidences d’artiste dans les pays oĂč elle exploite les terres.

Dans ce salon il y a des galeristes qui exposent des artistes et des collectionneur.euses qui viennent acheter des Ɠuvres. Il existe un comitĂ© de sĂ©lection qui est composĂ© de 4 galeries et de 2 collectionneur.euses dont un qui est aussi directeur d’un musĂ©e Ă  Bordeaux. Les collectionneur.euses, elles/eux, seront dĂ©frayĂ©.e.s, pendant le weekend d’ouverture, des transports et de l’hĂ©bergement. Les galeries qui font partie du comitĂ© de sĂ©lection artistique motivent d’autres galeries Ă  venir exposer. Les autres galeries paient leur emplacement une somme modique qui remboursera tout juste l’argent mis en jeux dans la masse salariale des technicien.nes qui construisent les cimaises. Cette masse salariale ponctuelle est composĂ©e uniquement d’auto-entrepreneur.euses, ce qui signifie que les trimestres de retraite ne sont pas systĂ©matiquement validĂ©s ainsi qu’une couverture sociale limitĂ©e, qu’ils ne cotisent pas pour le chĂŽmage, mais ce statut facilitera entre autre l’administration de l’association. Ielles participent donc Ă  la normalisation d’une insĂ©curitĂ© structurelle de l’emploi, avec de l’argent public. Embaucher un.e salariĂ©.e coĂ»te deux fois plus cher que de faire appel Ă  un.e auto-entrepreneur.euse. La surveillance, et ce qui fait office de liant social pour les accrochages, sont assurĂ©s pendant trois semaines par des stagiaires, sous forme d’emploi dissimulĂ© (35h Ă  2 euros 80 de l’heure sans rĂ©elle suivis).

La foire ne dĂ©gage pas de bĂ©nĂ©fice direct mais permet Ă  JĂ©rĂŽme et VĂ©ronique, les gĂ©rant.e.s de FrĂŠme, d’avoir le salaire qu’ielles veulent ainsi qu’au 12 (dont deux apprentis) employĂ©.e.s Ă  l’annĂ©e. Tout ce remue-mĂ©nage pour que JĂ©rĂŽme ait un emploi dans le milieu des galeristes d’art contemporain sans dĂ©mĂ©nager, selon ses propres mots. En effet JĂ©rome cherchait a continuer dans la mĂȘme veine. Il a travaillĂ© avec un galeriste avant de monter Group.

Quand les visiteur.euses nous demandent les prix, c’est parce qu’ielles trouvent jolis une peinture ou un tapis, nous ne sommes pas dans une exposition d’art, nous sommes dans un marchĂ©.

Le public est ciblĂ©. C’est une foire, donc la population attendue se compose de collectionneur.euses qui connaissent dĂ©jĂ  la plupart des artistes exposĂ©.e.s. JĂ©rĂŽme me dit que tout les galeristes sont collectionneur.euses. Ils se connaissent ainsi toustes. L’exposition n’étant pas pensĂ©e pour des visiteur.euses spontanĂ©.e.s, le contenu demeure trĂšs inaccessible. De fait, le directeur me dit qu’ils n’ont pas de ligne directrice, ce qui est cohĂ©rent puisque c’est un marchĂ©. Ce n’est pas une exposition scĂ©nographiĂ©e, il n’y a pas de commissaire, il n’y pas de musĂ©ographe qui s’emploierait Ă  faire coĂŻncider le parcours de la visite et qui travaillerais en lien avec un.e scĂ©nographe ou un.e conservateur.trice. Objectivement l’offre proposĂ©e est d’une qualitĂ© mĂ©diocre et peu intĂ©ressante. Pas de cartel, pas d’explication ni de personnel informĂ©. C’est une foire, pas une expo, une petite foire. A cĂŽtĂ© de ça, la marchandisation de l’art continue. Certains prix d’acquisition sont remis par une entreprise de fabrication de peinture, dĂ©nuĂ©e de compĂ©tences ou de lĂ©gitimitĂ© pour dĂ©cerner un tel prix. Les artistes vont alors chercher Ă  avoir un prix qui augmentera leur notoriĂ©tĂ© et leur visibilitĂ© en allongeant la liste des rĂ©compenses obtenues. Cette annĂ©e nous avons ainsi pu observer une nette augmentation de peintres, comparĂ© aux annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Les choix artistiques sont clairement orientĂ©s.

Pour rĂ©sumer, nous sommes en prĂ©sence d’un Ă©vĂšnement quasiment organisĂ© qu’avec de l’argent public, Ă  des intĂ©rĂȘts privĂ©s. En effet, si normalement les subventions publiques dans le milieu de la culture servent Ă  mettre en valeur des artistes, faire en sorte que toutes les classes sociales puissent s’intĂ©resser Ă  la culture, quelle soit abordable pas que dans son prix mais aussi dans sa comprĂ©hension (pour cela il serait nĂ©cessaire d’avoir une ligne directrice), il n’en est rien ici.

Aujourd’hui cette foire entasse des Ɠuvres incohĂ©rentes les unes a cotĂ© des autres. Cet argent public participe allĂšgrement Ă  la gentrification de Marseille puisque l’évĂšnement se passe dans un des quartiers les plus pauvres d’Europe. Sous prĂ©texte d’une culture universelle, omniprĂ©sente et accessible Ă  toustes, on dĂ©loge les habitant.e.s avec une structure qui ne les intĂ©resse pas, qui ne cherche pas Ă  ĂȘtre Ă  la hauteur. Le but d’Art-o-rama est de faire venir des collectionneur.euses en leur proposant des boissons gratuites, en les nommant « VIP Â» afin qu’ils puissent acheter des Ɠuvres Ă  des galeries, la population visiteur.euse/exposant.e est clairement une Ă©lite blanche dominante. Il y aura eu 1000 personnes avec un ticket durant les deux semaines d’exposition contre 4000 VIP durant le weekend d’ouverture
 Rappelons que cette exposition (en tout cas considĂ©rĂ©e comme telle par les visituer.euses) en plus d’ĂȘtre de piĂštre qualitĂ© et de son inclinaison Ă  renforcer la prĂ©caritĂ© de l’emploi dans le secteur, est payante. 5 euros plein tarif / 3 euros tarif rĂ©duit.

FOIREUX




Source: Mars-infos.org