Mai 20, 2021
Par La Bogue
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Samedi 1er mai, devant la médiathèque de Guéret, se tenait le 1er Cabaret des libertés, une scène ouverte et un rassemblement revendicatif pour la liberté d’accès à l’art et à la culture. On nous a demandé pourquoi tenir cet événement alors que la réouverture des lieux culturels est bel et bien prévue à partir du 19 mai. Nous l’avons décidé malgré les annonces gouvernementales car il nous semble important de questionner les conditions de cette réouverture. Tous les lieux ne vont pas réouvrir, les discothèques par exemple, seront toujours fermées, y compris cet été. Certains lieux qui pourraient légalement ouvrir, avec des jauges très limitées ne pourrons pas le faire, économiquement parlant, ce n’est pas viable de ne remplir sa salle qu’à 35 %. L’année blanche pour les intermittents du spectacles a été prolongée de quelques mois, mais qu’en est-il de toutes et tous les autres artistes, non indemnisé(e)s ? Et puis, surtout, cette annonce de la mise en place d’un « passe sanitaire », tout cela mérite d’être questionné publiquement.

Samedi dernier, le 15 mai donc, avant la 2e édition du Cabaret des libertés, lors de son assemblée populaire hebdomadaire, le collectif Stop loi Sécurité globale Creuse invitait à échanger autour de cette question du « passe sanitaire » que le gouvernement souhaite mettre en place dès le 9 juin et qui conditionnera notre accès à certains lieux, culturels notamment, et aux festivals de plus de 1 000 personnes en particulier…

Ça, c’est ce que dit le gouvernement dans sa communication sur les étapes du déconfinement. En réalité, le projet de loi tel qu’il est écrit aujourd’hui ne précise aucune jauge à partir de laquelle ce passe serait obligatoire ni aucun lieu où ce serait appliqué, laissant un vide, un flou, qui pourrait conduire à ce que n’importe quel lieu, n’importe quel événement, soit interdit aux non-possesseurs de ce passe. C’est le cas au Danemark, où l’on ne peut pas aller chez son coiffeur ni au restaurant sans présenter le précieux sésame.

Présenté par le gouvernement comme la seule solution pour nous permettre de retrouver une vie normale, nous nous interrogeons sur la notion de normalité. Nous vivons depuis plus d’un an dans l’anormalité. Et nous ne voyons pas en quoi le passe nous permettra de changer cela. Il n’est qu’une mesure coercitive de plus qui viendra « punir » celles et ceux qui ne seront pas vacciné(e)s. En effet, si l’on ne peut présenter un certificat de vaccination, il faudra présenter les résultats d’un test de moins de 48 ou 72 heures. Ça revient à se faire tester souvent, très souvent. A un rythme insoutenable pour qui fréquente souvent les festivals ou les lieux de grands rassemblements, encore plus insoutenable, si l’envie prenait au gouvernement, ou au préfet – qui a autorité pour déroger aux décisions nationales s’il juge que la situation sur son territoire l’exige – ou à qui que ce soit, car le texte tel qu’il est écrit actuellement ne donne aucune précision sur les types de lieux ou d’événements qui serait soumis à la présentation d’un tel passe, de conditionner l’accès à tel ou tel lieu à sa présentation.

Sur ces points la CNIL émet un avis défavorable et demande au gouvernement de réécrire le texte, et d’encadrer dans la loi :

  • le seuil de fréquentation simultanée minimal et les modalités d’évaluation de celui-ci, au-delà duquel le passe sanitaire pourrait être mis en œuvre ;
  • les restrictions d’usage du passe sanitaire en interdisant explicitement la possibilité pour les responsables des lieux qui ne sont pas visés par le dispositif de conditionner, de leur propre initiative, l’accès à la présentation des preuves numériques certifiées.

Nous nous posons également un certain nombre de questions sur l’appareil démocratique. Le gouvernement communique sur cette mesure depuis des semaines à tel point que tout le monde – médias, gouvernement, organisateurs d’événements, public – agit comme si cette loi était déjà en vigueur. Des festivals, grands et moins grands, communiquent déjà sur leur fonctionnement avec le passe sanitaire. Pourtant cette loi n’a été votée au Parlement que la semaine dernière, elle passe au Sénat demain, et il faudra encore qu’elle soit promulguée pour être applicable !

Nous constatons également avec consternation que, comme pour le projet de loi Sécurité globale, et tant d’autres, le nombre de députés présents et ayant voté est ridicule au regard du nombre d’élu(e)s. Ces messieurs-dames, élu(e)s et payé(e)s par le peuple pour le représenter, semblent avoir bien trop souvent mieux à faire que de voter les lois qui vont régir nos vies…

Je vous invite à prendre connaissance de l’avis de la CNIL et à réfléchir à ce qu’implique éthiquement, moralement, politiquement, la mise en place de ce passe sanitaire, non seulement pour aujourd’hui, mais surtout pour demain.

Dans quel monde voulons-nous vivre ? Que sommes-nous prêts – et que ne sommes-nous pas prêts – à sacrifier ?

C’est un sujet qui devrait être débattu publiquement, et non dans le secret des ministères, ou d’un Parlement qui ne semble plus vraiment représenter autre chose que les intérêts de celles et ceux qui y siègent, quand ils et elles y siègent.

L’art et la culture seront-ils encore l’otage de cette crise sanitaire ?

Le Cabaret des libertés continuera de vous accueillir, artistes en tout genre, amoureux et amoureuses des arts et de la culture en mal de liberté, tous les quinze jours, le samedi, devant la médiathèque de Guéret entre 14 heures et 17 heures – du moins c’est le projet !

Et chaque semaine, rendez-vous avec le collectif Stop loi Sécurité globale Creuse devant la mairie de Guéret entre 11 heures et 14 heures pour une assemblée populaire, suivie d’une mini-scène ouverte artistique et revendicative.

Parole militante, parole artistique, parole citoyenne… rassemblons-nous, exprimons-nous, occupons et réapproprions-nous l’espace public et politique !



PROGRAMME DES PROCHAINES SEMAINES :

Samedi 22 mai dès 10 h 30 :

Appel de l’intersyndicale pour défendre un grand service public de l’éducation en Creuse – devant la mairie de Guéret. Comme cette journée est aussi une journée de mobilisation pour la Sécurité sociale et contre la réforme de l’assurance chômage, le collectif Stop loi Sécurité globale Creuse sera présent aux côtés des syndicats mais tiendra son assemblée populaire hebdomadaire, entre 11 heures et 14 heures (horaire imprécise, en fonction de la mobilisation syndicale) au même endroit, sur le thème de la Sécurité sociale et de l’assurance chômage.

www.carnavaldeslibertes.wordpress.com/printempsdeslibertes

https://www.facebook.com/slsg23

Samedi 29 mai :

Entre 11 heures et 14 heures, assemblée populaire du collectif Stop loi Sécurité globale Creuse, devant la mairie de Guéret

Entre 14 heures et 17 heures, l’association Zone libre et le Théâtre d’or vous invitent au Cabaret des libertés #3, devant la médiathèque de Guéret.

www.caranavaldeslibertes.wordpress.com/cabaret-des-libertes

https://www.facebook.com/carnavaldeslibertes

Résistance. Convergence.

Cabaret des libertés #1 – 01 mai 2021


















Cabaret des libertés #2 – 15 mai 2021




















Source: Labogue.info