Le budget 2016 de l’apéroport de Tours a été adopté à la quasi-unaminité. Il s’élève à 3,3 millions d’euros. 83% de cette somme est une subvention à la compagnie d’aviation lowcost Ryanair, connue pour ses pratiques sociales dégueulasses.

Mardi 6 avril au soir a eu lieu le vote du budget 2016 de l’aéroport de Tours. Alors que la chambre de commerce avait émis de (légères) réserves au sujet de ce budget, l’agglomération, le département et la région ont reconduit leur soutien à l’aéroport géré par la compagnie canadienne SNC Lavalin [1] et qui accueille, pour ses activités civiles [2], des jets privés et surtout les zincs de la compagnie irlandaise Ryanair.

On peut lire dans la NR :

« Au final, le budget de l’aéroport s’élèvera cette année à 3,3 M€. 2,5 M€ seront reversés indirectement à la compagnie Ryanair. »

L’enveloppe baisse légèrement par rapport à 2015 (de 200 000 €, soit environ 7%). Elle a été combattue par les élus Verts au Conseil Général, sans succès [3]. Leurs arguments contre cette dépense étaient surtout économiques et environnementaux. Il semble aussi important d’insister sur le fait que subventionner une compagnie comme Ryanair est tout simplement un acte anti-social participant de la destruction générale des conditions de travail.

Les élus locaux qui ont voté cette large subvention font peu de cas des pratiques sociales dégueulasses du transporteur aérien, pourtant bien connues. Seules comptent les « retombées touristiques », même si la grosse majorité des utilisateurs de l’aéroport sont des habitants de la région [4]. Pour vous faire une idée de la manière dont Ryanair traite ses salarié-es, voici quelques extraits d’articles sur le sujet.

Pour pouvoir travailler pour Ryanair, certains pilotes se voient obligés de créer des entreprises hors de leur pays d’exercice afin que l’entreprise échappe à l’impôt et aux côtisations. Pour eux, cela implique de travailler sans côtiser pour leur santé ou leur retraite et sans salaire fixe.

« À la différence d’Air France, qui a annoncé une vague de suppression d’emplois, la compagnie low cost Ryanair affiche une insolente santé financière et de faibles frais de personnel. Et pour cause : le système que dénonce un ancien pilote de Ryanair est scandaleux. Il a été contraint de créer sa propre entreprise immatriculée en Irlande pour travailler en tant que prestataire pour la compagnie à bas coûts, sans assurance maladie ni rémunération fixe. Il a décidé d’attaquer Ryanair en justice. (…)

Ce n’est pas le premier procès auquel Ryanair doit faire face pour fraude sociale. En France, la compagnie à bas coûts a été condamnée en octobre 2013, par le tribunal d’Aix-en-Provence, pour infraction au droit social français et entrave à l’exercice du droit syndical, à 200 000 euros d’amende et à plus de 8 millions de dommages et intérêts aux organismes sociaux tels que l’Urssaf et Pôle emploi. »

Ryanair a aussi été condamnée pour « travail dissimulé » pour ce type de pratiques (sur sa base de Marseille). Il s’agit d’une fraude, assez rare, au détachement de salariés, destinée à construire une fraude aux cotisations sociales. Sans avoir jamais mis les pieds en Irlande, des travailleurs français se sont retrouvés à être déclarés comme travailleurs détachés des entreprises créées pour l’occasion.

Le sort des hôtesses de l’air est pire, ou tout du moins pas plus enviable. Les récits qu’elles font de leurs conditions de travail sont édifiants : formations et uniformes déduits du salaire, tâches obligatoires non rémunérées, etc. L’une d’elles, Sofia Lichani, a écrit un livre pour rendre ce traitement public.

« Elle écrit que dès son entretien d’embauche, qui n’aura duré que 5 minutes, on lui a demandé d’assumer les frais de sa formation de 1.900 euros. Finalement embauchée par Crewlink, son premier contrat est un CDD de trois ans alors qu’elle exerce en France, explique BFM. Sur son premier salaire, l’agence effectue un prélèvement de 30 euros pour l’uniforme et de 26 euros pour son sac à main.

Elle explique que toutes les heures de vol ne sont pas rémunérées : “Le briefing avant le vol n’est pas payé. L’embarquement n’est pas payé, les procédures de sécurité non plus. Nous sommes payés uniquement quand l’avion roule et qu’il décolle. Au débarquement, il faut faire le ménage, qui n’est pas payé non plus”. »

On pourrait continuer la liste des dégueulasseries de la compagnie lowcost pendant longtemps, revenons cependant au local. En plus de payer ses salarié-es au lance-pierre et d’échapper le plus possible à l’impôt, ce qui permet à RyanAir de vous vendre de l’avion pas cher, la compagnie encaisse les thunes que les collectivités lui versent. L’avantage qu’elles en tirent est à chercher dans l’image positive qu’est sensé leur donner l’affichage d’avoir un « aéroport international ».

C’est ce que fait Tours et quand on voit la gueule de l’aérogare, y a plutôt de quoi se marrer, mais ça colle parfaitement avec la politique de « rayonnement ». Une compagnie aérienne qui se fait du blé en pillant les fonds publiques et en exploitant ses salarié-es, on s’en passerait pourtant bien.