Traduction sauvage et improvisée publié sur Dijoncter.info d’un article de Paul B. Preciado paru en Espagnol. « La guérison ne peut pas être un simple geste de retrait du social, de fermeture de la communauté. La guérison ne peut que résulter d’un processus de transformation politique. »

Si Michel Foucault avait survécu au fléau du sida et avait résisté jusqu’à l’invention de la trithérapie, il aurait aujourd’hui 93 ans : aurait-il accepté de bon gré d’être enfermé dans son appartement de la rue Vaugirard ? Le premier philosophe de l’histoire à mourir des complications générées par le virus de l’immunodéficience acquise nous a laissé certaines des notions les plus efficaces pour réfléchir à la gestion politique de l’épidémie qui, au milieu de la panique et de la désinformation, deviennent aussi utiles qu’un bon masque cognitif.

La chose la plus importante que nous avons apprise de Foucault est que le corps vivant (et donc mortel) est l’objet central de toute politique. Il n’y a pas de politique qui ne soit pas une politique des corps. Mais le corps n’est pas pour Foucault un organisme biologique donné sur lequel le pouvoir agit alors. La tâche même de l’action politique est de fabriquer un corps, de le mettre en œuvre, de définir ses modes de reproduction, de préfigurer les modes de discours par lesquels ce corps est fictionné jusqu’à ce qu’il soit capable de dire « je ». Toute l’œuvre de Foucault peut être comprise comme une analyse historique des différentes techniques par lesquelles le pouvoir gère la vie et la mort des populations. Entre 1975 et 1976, années au cours desquelles il a publié Surveiller et punir et le premier volume de Histoire de la sexualité, Foucault a utilisé la notion de « biopolitique » pour parler d’une relation que le pouvoir a établie avec le corps social dans les temps modernes. Il a décrit la transition de ce qu’il a appelé une « société souveraine » à une « société disciplinaire » comme le passage d’une société qui définit la souveraineté en termes de prise de décision et de ritualisation de la mort à une société qui gère et maximise la vie des populations en fonction de l’intérêt national. Pour Foucault, les techniques de gouvernement biopolitique se sont répandues comme un réseau de pouvoir qui a dépassé la sphère légale ou punitive pour devenir une force « somatopolitique », une forme de pouvoir spatialisé qui s’étendait sur l’ensemble du territoire et dans le corps individuel.

Pendant et après la crise du sida, de nombreux auteurs ont élargi et radicalisé les hypothèses de Foucault et leurs relations avec les politiques immunitaires. Le philosophe italien Roberto Esposito a analysé les relations entre la notion politique de « communauté » et la notion biomédicale et épidémiologique d’« immunité ». La communauté et l’immunité ont une racine commune, munus, en latin le munus était l’hommage que quelqu’un devait payer pour vivre ou faire partie de la communauté. La communauté est cum (con) munus (devoir, loi, obligation, mais aussi offre) : un groupe humain qui est lié par une loi et une obligation commune, mais aussi par un don, par une offre. Le nom inmunitas, est un mot privatif qui dérive de la négation du munus. En droit romain, la immunitas était une dispense ou un privilège qui exonérait quelqu’un des devoirs de l’entreprise qui sont communs à tous. Celui qui avait été exonéré était immunisé. Alors que celui qui était démuni était celui à qui on avait retiré tous les privilèges de la vie en communauté […]

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Article publié le 06 Avr 2020 sur Rebellyon.info