Novembre 23, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Dans le Loiret, la préfecture est à Orléans et la sous-préfecture à Montargis. Nous manifestons souvent tou.te.s ensemble à Orléans mais la dérogation que nous avons imprimée, le mardi 17 novembre, sur un site militant pour nous auto-autoriser à sortir pour “déplacement exceptionnel afin de se rendre à la manifestation autorisée par la Préfecture“, ne va sans doute pas jusqu’à nous autoriser à faire 75 km alors que la sous-préfecture est dans notre rayon d’1 km pour “les besoins des animaux de compagnie” (que par ailleurs nous n’avons pas).

Puisque nous devons en porter un, je mets mon masque Louise Michel acheté aux camarades de la Libre pensée de Moselle (petite note d’humour, mon foulard Negro Matapacos, acheté le 8 mars dernier à Santiago du Chili), mon compagnon le sien qui est le drapeau des aborigènes d’Australie, noir et rouge avec un soleil jaune. Et, comme d’habitude nous prenons le drapeau noir de la FA.

Nous en avions profité pour donner rendez-vous à un sympathisant. Petite parenthèse : pas facile de militer aux temps de Covid, la semaine précédente nous avions dû prendre rendez-vous avec notre médecin généraliste qui est à 22 km (le Loiret est un désert médical) pour pouvoir rencontrer deux sympathisant.e.s maraîchers qui de leur côté cochaient la case livraison de légumes.

Arrivés devant la sous-préfecture, PERSONNE ! Mon compagnon va à la mairie pour vérifier le lieu. NADA. Dans l’intervalle, comme au théâtre, un jeune s’approche de la grille de la sous-préfecture, et fait les cent pas… Est-ce bien lui le Sympathisant Anonyme et Inconnu ? Après un échange prudent de phrases cryptées, c’est bien lui. Mon compagnon nous rejoint et nous discutons anarchisme pendant deux heures devant les fenêtres du sous-préfet et ses caméras. Une voiture de gendarmerie s’approche, s’arrête, observe puis s’éloigne…

Excellent contact avec ce jeune mais nous sommes effarés. C’est la première fois qu’une manif ne mobilise personne à Montargis. Peut-être tout le monde était-il à Orléans ? Je lis le lendemain, mercredi, dans mon canard régional, La République du Centre, : “Environ 130 manifestants, hier, à Orléans pour lutter contre la loi relative à la sécurité globale”. Dont nos camarades de groupe. Ville de 120 000 habitants.

Le jeudi, nous rencontrons une amie qui nous parle de Hold Up et de ce que le confinement cache, de ce que le gouvernement nous cache… Je croyais entendre chanter Jacques Dutronc : ” On nous cache tout, on nous dit rien, Plus on apprend plus on ne sait rien, On nous informe vraiment sur rien”. Mais on était seuls devant la sous-préfecture.

Flash France Info samedi matin sur mon téléphone : “Il aura fallu près de quatre heures de débat, parfois vif, pour que les députés adoptent en première lecture l’article 24 de la loi “sécurité globale”, vendredi 20 novembre, à 146 voix contre 24″.

Alors, désolée, mais le combat cessa faute de combattants. Nous ne sommes pas revenus pour le rdv manif du samedi 21 à Montargis .

Et aujourd’hui, dimanche 22 novembre, toujours dans mon canard régional, je lis : “Les manifestations contre la proposition de loi “sécurité globale” ont réuni plus de 20 000 personnes, hier, dans plusieurs villes de France”. Le “plus de” et le “plusieurs” n’arrangent rien, bien au contraire !

En ces temps où l’obligation de résultat et de performance atteint aussi les milieux militants, vous vous attendiez sans doute à un autre compte-rendu, mais le Groupe Couté de la Fédération Anarchiste sait encore appeler un chat, un chat, et le nôtre est noir. Comme pour Louise Michel, il porte le deuil de nos illusions.

Monica Jornet
Groupe Gaston Couté FA




Source: Monde-libertaire.fr