Octobre 31, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Depuis le 23/09, sept militants antifascistes lyonnais sont poursuivis par le parquet de Lyon pour une altercation avec les intĂ©gristes catholiques du groupe Civitas, un groupe qui prĂŽne l’instauration d’un rĂ©gime thĂ©ocratique en France avec la reconnaissance du catholicisme comme seule « vĂ©ritable religion ». Cette altercation a eu lieu lors d’une marche contre le pass sanitaire, manifestation que ces groupes d’extrĂȘme-droite tentent de rĂ©cupĂ©rer afin de diffuser leur idĂ©es nausĂ©abondes (racisme, antisĂ©mitisme, islamophobie, homophobie, transphobie)

Sur les sept inculpés, quatre ont été immédiatement incarcérés aprÚs leur garde-à-vue suite à leur passage devant le JLD [note] et trois sont soumis à un strict contrÎle judiciaire.

Plusieurs Ă©lĂ©ments dans l’attitude de la Justice et du Parquet nous interpellent :

MalgrĂ© l’absence de plainte et d’ITT de la part des militants de Civitas, et alors que ces derniers se situent plutĂŽt du cĂŽtĂ© des habituĂ©s du coup de poing et des agressions que de celui des victimes (comme l’illustre le cas d’ Alexandre Gabriac, ancien fondateur des Jeunesses Nationalistes, dissoutes par le gouvernement, condamnĂ© par la justice Ă  plusieurs reprises, et actuellement cadre important de Civitas), le Parquet s’autosaisit et mĂšne une enquĂȘte entiĂšrement Ă  charge contre les militants antifascistes : aucun des militants de Civitas n’a Ă©tĂ© officiellement convoquĂ© ni auditionnĂ© pour s’expliquer sur l’altercation. Par contre, la Police les a bien contactĂ©s, sans que l’on puisse comprendre les liens entre les enquĂȘteurs et Civitas, ni mĂȘme qui a Ă©tĂ© contactĂ©.
Le caractĂšre exceptionnel de la procĂ©dure : une comparution Ă  dĂ©lai diffĂ©rĂ©. CrĂ©Ă©e en 2019, cette procĂ©dure rarement utilisĂ©e garantit une justice expĂ©ditive et un passage obligatoire devant le JLD Ă  l’issue de la garde-Ă -vue, qui peut alors incarcĂ©rer ou placer sous contrĂŽle judiciaire, sans preuve ni jugement.
Lors de son troisiĂšme passage devant une JLD le mardi 26 octobre pour demander une mise en libertĂ© (refusĂ©e), l’un des camarades incarcĂ©rĂ© a eu droit Ă  des interventions Ă©tonnantes de la part du Procureur et de la Juge. Le Procureur a en effet apparentĂ© un militant de Civitas Ă  un reprĂ©sentant de l’autoritĂ© publique. Quant Ă  la juge, pour justifier – entre autres choses – le maintien en dĂ©tention, elle a considĂ©rĂ© que notre camarade Ă©tait l’auteur de violences discriminatoires liĂ©e Ă  l’appartenance supposĂ©e du ou des militants de Civitas Ă  la mouvance d’extrĂȘme-droite. Pour finir, ce mĂȘme camarade s’est vu proposer en prison un stage de dĂ©radicalisation ! Le Parquet, les juges et l’administration pĂ©nitentiaire n’ont visiblement plus peur de rien.

Ces inculpations s’inscrivent dans un contexte local d’impunitĂ© pour les groupes d’extrĂȘme-droite au niveau judiciaire.
Les groupes nĂ©o-fascistes ou nĂ©o-nazis sur Lyon, relativement nombreux, forment une vĂ©ritable nĂ©buleuse : Audace Lyon et Lyon Populaire issus du Bastion social (dissous en avril 2019 par le gouvernement), GĂ©nĂ©ration Identitaire (dissous en mars 2021), les royalistes de l’Action Française, Civitas, et les nĂ©o-nazis animant la page Telegram ultra-violente « Ouest Casual » (qui diffusent des vidĂ©os d’agressions homophobes et racistes) forment ce milieu qui est capable de se fĂ©dĂ©rer Ă  l’occasion. Ils disposent de salles ou se rassembler et s’organiser, notamment pour prĂ©parer leurs multiples agressions. Ces derniers temps, ces militants tentent d’organiser un vĂ©ritable climat de terreur sur la ville. Les exemples sont malheureusement nombreux.

Comment expliquer l’absence de mise en examen pour ces multiples faits, documentĂ©s, parfois filmĂ©s ?
Comment expliquer que quatre militants antifascistes dorment en prison pour une altercation n’ayant pas entraĂźnĂ© d’ITT alors que des agressions Ă  l’arme blanche restent impunies ?
Comment expliquer que des groupes dissous par décision gouvernementale puissent encore se réunir et disposer de salles ayant pignon sur rue ?

Dans le mĂȘme temps, le PrĂ©sident de RĂ©gion Laurent Wauquiez a dĂ©cidĂ© de couper les subventions d’une salle de spectacle, le CCO de Villeurbanne, dans lequel Ă©tait organisĂ© un festival de musique antifasciste (le Lyon Antifa Fest), prĂ©textant des propos anti-policiers qui auraient Ă©tĂ© tenus par des membres d’un groupe de rap invitĂ©.

Il semble Ă©vident qu’une politique du deux poids deux mesures soit bien installĂ©e dans les rĂ©actions des autoritĂ©s politiques et judiciaires lyonnaises. Ce sont les mĂȘmes autoritĂ©s qui expulsent de maniĂšre illĂ©gale des squats d’hĂ©bergements d’exilé·e·s, et qui organisent la rĂ©pression violente de nombreuses manifestations progressistes sur la ville (comme par exemple le 1er mai 2021).

Ainsi, au-delĂ  de la situation lyonnaise, nous nous inquiĂ©tons de la droitisation globale de la sociĂ©tĂ© française et particuliĂšrement de l’appareil d’État.
Au niveau lĂ©gislatif, de nombreuses lois sont venues renforcer l’autoritarisme de l’État : la loi sur les « sĂ©paratismes », visant particuliĂšrement les musulmans, la loi « sĂ©curitĂ© globale », qui a suscitĂ© un vaste mouvement d’opposition l’an passĂ©, la loi antiterroriste, qui renforce la surveillance numĂ©rique…
Au niveau de la rĂ©pression judiciaire, l’arbitraire de la Justice est Ă  l’Ɠuvre. À titre d’exemple, Ă  Bure, deux militants anti-nuclĂ©aires ont Ă©tĂ© rĂ©cemment condamnĂ©s Ă  des peines de prison ferme (neuf et douze mois) pour le simple motif de « participation Ă  une manifestation non dĂ©clarĂ©e ». Les antifascistes d’autres villes comme Rennes et Paris ont dĂ©jĂ  subi un vĂ©ritable harcĂšlement de la part de la Justice, comme l’a illustrĂ© le cas d’Antonin Bernanos.

Le mandat Macron restera caractĂ©risĂ© par le nombre inĂ©dit de ce qu’il faut bien appeler des prisonniers politiques, incarcĂ©rĂ©s sous des motifs vagues comme « groupement en vue de commettre des violences », « participation ou organisation d’une manifestation non dĂ©clarĂ©e », motifs pouvant ĂȘtre utilisĂ©s de maniĂšre complĂštement arbitraire par le Parquet contre n’importe quel manifestant. Le mouvement des Gilets jaunes a ainsi fait face Ă  une rĂ©pression inĂ©dite dans l’histoire de la cinquiĂšme RĂ©publique : 10 000 gardes-Ă -vue, 3 100 condamnations et 400 incarcĂ©rations, rĂ©pression condamnĂ©e par le SecrĂ©tariat aux Droits Humains de l’ONU et Amnesty International.
Les conditions de dĂ©fense sont toujours plus prĂ©caires, comme l’illustre l’utilisation de cette nouvelle procĂ©dure qu’est la comparution Ă  dĂ©lai diffĂ©rĂ©. C’est une machine judiciaire supplĂ©mentaire qui sert Ă  envoyer les prĂ©venu·es en dĂ©tention provisoire. Au 1er aoĂ»t 2021, ce sont ainsi 18 641 personnes qui Ă©taient dĂ©tenues sans aucun jugement (soit 27,3% de la population carcĂ©rale), dans des prisons dont l’état provoque la condamnation rĂ©guliĂšre de la France par la Cour europĂ©enne des Droits de l’Homme : surpopulation carcĂ©rale, taux de suicide Ă©levĂ©, conditions sanitaires dĂ©plorables avec de nombreuses cellules sans sanitaires, prĂ©sence de rats et de cafards, matelas au sol, etc.

Quant aux violences policiĂšres (qui ont toujours Ă©tĂ© importantes dans les quartiers habitĂ©s par des populations issues de l’immigration postcoloniale), elles sont monnaie courante, malgrĂ© le dĂ©ni gouvernemental et l’inaction de l’IGPN. De la rĂ©sistance Ă  Notre-Dame-des-Landes, en passant par le mouvement contre la loi travail en 2016, jusqu’au mouvement des Gilets jaunes ou celui des retraites, toute personne ayant manifestĂ© a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tĂ©moin de violences policiĂšres gratuites.
La police française reste l’une des seule d’Europe Ă  utiliser des armes comme les grenades de dĂ©sencerclement ou le LBD40, Ă  l’origine de nombreuses mutilations, dans des contextes de maintien de l’ordre.

Ne nous y trompons pas : cette fĂ©brilitĂ© rĂ©pressive est la consĂ©quence d’une peur de l’État face au rĂ©veil de la lutte des classes qui a eu lieu depuis le vaste mouvement des Gilets jaunes, conflictualitĂ© qui a continuĂ© Ă  s’exprimer durant le mouvement d’opposition Ă  la rĂ©forme des retraites, et depuis, lors de nombreuses manifestations de masse. Nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux Ă  refuser l’ordre capitaliste et son cortĂšge d’injustice.

Pour finir, depuis plusieurs annĂ©es, l’État utilise de nouvelles armes face Ă  notre classe : le racisme et l’islamophobie.
Nous constatons que les immigré·e·s noir·es et arabes, les musulman·es, sont constamment montré·es du doigt sur les chaĂźnes d’information continue aux mains de grands groupes capitalistes. Le gouvernement ne cesse d’alimenter ces fantasmes racistes en inventant ou en promouvant des concepts nĂ©buleux issus de l’extrĂȘme droite, comme le « sĂ©paratisme » et « l’islamo-gauchisme ».
Les monopoles capitalistes, comme le groupe BollorĂ©, ont procĂ©dĂ© Ă  un vaste remaniement des mĂ©dias pour promouvoir ces idĂ©es : licenciement de journalistes et d’humoristes hostiles Ă  cette ligne, promotion des thĂ©ories les plus radicales de l’extrĂȘme-droite comme l’illustre le cas de Zemmour, qui finit par devenir le candidat d’une extrĂȘme-droite qui n’hĂ©site plus Ă  rĂ©habiliter PĂ©tain et Ă  faire du nĂ©gationnisme sur le rĂŽle de l’État français durant la Shoah, ce qui Ă©tait impensable il y a quelques annĂ©es.

La rĂ©pression qui vise nos camarades antifascistes, et l’impunitĂ© dont bĂ©nĂ©ficient les groupes de nervis nĂ©o-fascistes dans notre ville, illustrent ce glissement de la sociĂ©tĂ© capitaliste française et de l’appareil d’État vers l’extrĂȘme-droite. Nous pensons qu’il est urgent de faire Ă©merger une mobilisation exemplaire contre cette dĂ©rive fascisante. Il s’agit de dĂ©fendre nos camarades, mais au-delĂ , l’ensemble de notre classe, contre le poison nĂ©o-fasciste. Il s’agit de dĂ©fendre toutes les minoritĂ©s qui sont menacĂ©es, insultĂ©es et diffamĂ©es.
L’antifascisme n’est pas un crime.
Le racisme, l’antisĂ©mitisme, l’homophobie, la transphobie, le sexisme sont des crimes, des crimes avec lesquels nous ne transigerons pas, ni aujourd’hui, ni demain.

Liberté pour nos camarades !
Relaxe pour les 7 inculpés !

Rendez-vous le 4 novembre au Tribunal Judiciaire de Lyon, Ă  partir de 14h !!
(67 Rue Servient, 69003 Lyon)




Source: Monde-libertaire.fr