Septembre 5, 2017
Par Zone À Défendre
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Bonjour à toutes et à tous,

Je suis Robin, la personne qui a été gravement blessée au pied par une
des nombreuses grenades que les gendarmes ont tiré à la manifestation
contre la poubelle nucléaire CIGÉO à Bure, mardi 15 août 2017.
Je suis à l’hôpital de Nancy. Mon pied a été creusé de 2cm jusqu’à 3cm
de profondeur sur une surface de 10cm sur 13cm. Les os fracturés ou
pulvérisés ont été réparé avec des prothèses, des broches et du ciment.
La douleur est constante, les nuits difficiles et le risque d’infection
et donc d’amputation des orteils resteront possible pendant un mois.
Selon la chirurgienne, j’aurai des séquelles à vie.

La manifestation a été bloquée et gazée dès le départ de Bure par les
gendarmes mobiles (GM). Après avoir fait demi-tour, nous sommes repartis
à travers champs vers le site de l’Andra¹ et nous avons de nouveau été
bloqués à la sortie du village de Saudron. Un arsenal militaire avec
canon à eau s’est déployé rapidement et les GM nous ont repoussé et
suivi à travers champs avant de nous disperser avec des lacrymogènes,
des tirs de flashball et surtout, à la fin, une grosse salve de grenades
dites à effet assourdissant, GLIF4².
C’est une opération sémantique inouïe de donner le complément d’ « assourdissant » à ces grenades. Cela suffit à montrer à quel point
l’Etat veut cacher à la population la dangerosité et la létalité des
armes dont il dote la police contre ses opposants. En effet, quelle
différence, y-a-t-il entre une police qui tire à balles réelles sur la
foule, et une qui envoie des grenades dont la déflagration d’environ
90cm de diamètre tue à coup sûr si elle arrive à la tête ? Parmi la
quinzaine de grenades que ces salopards de GM nous ont envoyé en
l’espace d’une minute, j’ai vu la 2ème exploser à hauteur de tête. Si
quelqu’un avait été à cet endroit précis, il serait certainement mort à
l’heure qu’il est.
Pour ma part, comprenant le danger de la situation je me met à courir
dans la direction opposée aux GM. Là, j’entends crier :
« Attention grenade ! » Je lève la tête pour chercher dans le ciel… Je
ne vois rien. C’est à ce moment que la grenade explose à coté de mon
pied. Plus choqué par le bruit et les nerfs ayant été coupés sur le
coup, je ne comprends ce qui m’arrive qu’en regardant, sans y croire,
mon pied que la chaussure explosée et fondue laisse apparaître ouvert
sur toute la partie supérieure, os et tendons à l’air. Cette vision
d’horreur associée à la douleur brutale qui commence à monter me font
crier : « oh non ! oh non ! Oh NOOOOOOOON ! » Je m’écroule mais
rapidement l’équipe médic³ dont je salue le courage et l’efficacité, me
mettent sur un brancard et se lancent dans une grande course pour me
sortir du champ. Les grenades continuent à exploser et l’une d’elle
tombe très proche de nous alors que nous sommes déjà loin.
A ce moment là l’intention des GM est très claire : lancer des grenades
sur nous pour nous blesser, voire nous tuer. Ceci dans le but évident de
terroriser l’ensemble de la population : que ceux qui se battent déjà
arrêtent, que ceux qui ne se battent pas encore se disent « je ne vais
pas risquer ma vie » malgré toutes les raisons qui poussent à se battre
aujourd’hui. Il ne tient qu’à nous d’inverser cet effet.
La surveillance policière, les procès, les gardes à vues et la prison ne
suffisent plus à empêcher quelque chose d’évidemment nécessaire
d’émerger, alors pour continuer à construire leur monde de merde, ils
frappent, tirent au flashball et envoient leurs grenades meurtrières.
Rémi Fraisse, tué en Octobre 2014 à la ZAD de Sivens a eu moins de
chance que moi. La grenade est arrivée dans son dos et l’a tué sur le
coup. L’enquête ouverte à l’encontre des gendarmes a conclu à un non
lieu en 2017.
Mon cas est bien loin d’être isolé. De très nombreuses personnes ont été
blessées par la police (à l’oeil, à la tête, aux pieds, aux mains…) et
je partage maintenant leur histoire, les souffrances et la répression
gravées dans la chair à jamais.

Bien entendu la peur n’est pas le seul dispositif qui maintient la
population dans un état de paralysie incroyable. Il existe plein de
manières de soutenir un combat : filer de la thune, faire des chantiers
dans les ZADs et autres espaces de libération, venir aux manifs, parler,
écouter, diffuser les informations et les pensées… Pour mon histoire
par exemple vous pouvez choisir de n’en parler qu’à ceux qui partagent
vos opinions mais cela aura moins d’effet que si vous en parlez à toutes
vos connaissances, voire à toutes les personnes que vous croisez.

Je pense à mes enfants, au petit que je portais encore beaucoup en
journée. Au grand, avec qui j’aimais tant jouer, courir et sauter
partout. Aux deux que je portais si souvent ensemble, un sur chaque
bras. Mes blessures m’empêcheront pour un temps de m’occuper d’eux comme
avant. C’est ce genre de choses aussi que l’état nous vole quand il nous
blesse ou nous enferme dans sa frénésie à protéger ces grands projets
destructeurs (aéroport, nucléaire, autoroute, barrage, ligne haute
vitesse …)

Je pense à ceux que j’aime, mes amis, ma famille et tous ceux qui se
battent et restent debout.

Je pense aux très nombreuses victimes de crimes policiers. A leurs
proches et leurs familles, leurs combats pour la justice et la vérité. A
la douleur de la perte d’un être cher à laquelle s’ajoute celle de voir
son nom et son histoire salis par les mensonges dans les médias. Adama
Traoré, Vital Michalon, Wissam-el-Yamni, Laramy et Mushin, Ali Ziri et
toutes ces personnes passées à tabac, asphyxiées ou abattues menottées
dont la police a pris la vie dans la plus totale impunité.

J’appelle toutes les personnes que mon histoire touche à me rejoindre
dès ma sortie de l’hôpital de Nancy pour se rassembler symboliquement
devant la gendarmerie de Bar-le-Duc (55) pour demander l’interdiction
des grenades assourdissantes et lutter contre les violences policières.
Le rassemblement aura lieu dimanche 10 septembre à 14h. Plus
d’information sur le site des opposants à CIGÉO : vmc.camp. J’en appelle
à toutes les personnes qui me connaissent, tous les mutilés et tous les
proches de ceux qui sont partis trop tôt. Venez avec des pancartes,
écrivez-y ce qui vous tient à cœur. Venez avec vos amis, vos collègues,
vos voisins, vos parents, vos frères et sœurs.

A bientôt, courage !
Robin

¹ : Agence nationale pour la gestion des déchets nucléaires
² : Les GLIF4 contiennent 25g de TNT chacune
³ : groupe de manifestants équipés pour les premiers secours au vu de la
militarisation des forces de l’ordre ces dernières années




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