A Toulouse, toujours pas de justice pour les MIE !

Nous sommes des MIE, des Mineur.e.s IsolĂ©.e.s Etranger.e.s, arrivĂ©.e.s seul.e.s sur le territoire français. A ce titre, et selon la convention internationale des droits de l’enfant, nous devons bĂ©nĂ©ficier de la protection de l’ASE (Aide Sociale Ă  l’Enfance).

Mais pour ne pas respecter ce droit, l’Etat a une astuce ! Nous passons par des centres d’évaluation de la minoritĂ©. A Toulouse, c’est le DDAEOMI (ANRAS), qui effectue ce petit boulot pour le compte du Conseil DĂ©partemental.

AprÚs de longs interrogatoires, nous nous retrouvons le plus souvent déclaré.e.s majeur.e.s et mis.e.s à la rue


Ces centres constituent notre premiĂšre confrontation avec le racisme d’Etat français (si l’on oublie les tabassages policiers aux frontiĂšres !).

Malheureusement, cela ne sera pas le dernier.

La loi nous permet un recours, et nous pensons qu’enfin la justice reconnaitra nos droits. Nous avons confiance, car qui d’autre peut nous aider Ă  ĂȘtre protĂ©gĂ©.e.s ? LĂ  encore, c’est la dĂ©ception


A Toulouse (et sĂ»rement ailleurs), les juges refusent de reconnaitre la vĂ©racitĂ© de nos documents d’identitĂ©, ce mĂȘme quand la PAF (Police Aux FrontiĂšres) les a dĂ©clarĂ©s valides. Pour certains pays, c’est carrĂ©ment l’escalade aux documents : les juges nous en demandent toujours plus, et ce pour les contester toujours plus


Mais il y a pire : les tests osseux. En France, d’aprĂšs l’article 388 du Code civil, les tests osseux peuvent ĂȘtre demandĂ©s uniquement « en l’absence de documents d’identitĂ© valables et lorsque l’ñge allĂ©guĂ© n’est pas vraisemblable Â». A Toulouse, les juges semblent avoir oubliĂ© cette condition, et les tests deviennent courants. Il y a trois mĂ©thodes pour dĂ©terminer notre Ăąge : tests du poignet, des dents, de la clavicule.

Le test du poignet est le plus utilisĂ©. Il est pourtant dĂ©criĂ© depuis longtemps pour son manque de fiabilitĂ©. Il se fonde en effet sur l’atlas de “Greulich et Pyle”, qui se base sur des poignets d’enfants nord-amĂ©ricains des annĂ©es 30, venant de milieux sociaux privilĂ©giĂ©s
 Cherchez l’erreur ! L’AcadĂ©mie française de mĂ©decine, le DĂ©fenseur des droits, le Haut Conseil de la santĂ© publique ou encore le ComitĂ© des droits de l’enfant des Nations Unies en ont demandĂ©, sans succĂšs, l’arrĂȘt.

Qu’à cela ne tienne, on a aussi les dents ! Le test se rĂ©fĂšre Ă  une analyse du dĂ©veloppement des dents. LĂ  encore, on comprend facilement que le test ne peut ĂȘtre fiable, ce dĂ©veloppement dĂ©pendant fortement de notre parcours de vie.

Pas grave, il reste alors le test de la clavicule, frĂ©quemment effectuĂ© en complĂ©ment du test poignet. Actuellement, peu de recul sur la mĂ©thode, et son efficacitĂ© n’est pas vraiment dĂ©montrĂ©e
 En revanche, ce qui est sĂ»r, c’est qu’elle nous expose Ă  une dose importante d’ondes !

Merci la justice


Et tout ça pour quel rĂ©sultat ? L’AcadĂ©mie de MĂ©decine explique que « ces mĂ©thodes ne permettent pas de distinction nette entre seize et dix-huit ans”, alors que c’est l’ñge de la plupart d’entre nous. La marge d’erreur est en moyenne de deux ans
 A Toulouse, nous avons pu constater jusqu’à 10 ans d’écart entre un test de poignet et un test de clavicule ! Ces tests n’ont aucun sens, Ă  part celui qui est de nous refuser la protection Ă  l’enfance


Il nous semblait qu’un juge pour enfant avait pour mission de protĂ©ger les enfants. Nous nous sommes trompĂ©.e.s ? Pourquoi sommes-nous traitĂ©.e.s avant tout comme des menteur.se.s ? Pourquoi les juges toulousains font-ils des diffĂ©rences de traitement selon nos origines ? Pourquoi continuent-ils Ă  se fier Ă  des tests osseux, alors qu’il est largement dĂ©montrĂ© que ceux-ci ne sont pas fiables ?

Difficile de ne pas penser qu’il y a une volontĂ© Ă  renier nos droits
 Dur de ne pas croire au racisme d’Etat !

Rassemblement devant le Palais de Justice de Toulouse – MĂ©tro Ligne B – Station Palais de justice – Le mercredi 23 septembre 15H00

AutonoMIE

Un jeune est un jeune, quelle que soit sa nationalité

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Article publié le 18 Sep 2020 sur Iaata.info