Après 6 mois de mouvement Gilets jaunes, voici un point sur l’activité de la Caisse de Solidarité en lien avec la « Commission Justice Gilets Jaunes »

La Caisse de Solidarité est une structure active au sein des mouvements sociaux et des luttes émancipatrices dans la région lyonnaise depuis une dizaine d’années. Depuis 6 mois, face aux gilets jaunes, la répression a été systématique et sans pitié (des milliers d’arrestations, mutilations, condamnations, peines de prison, des ronds-points évacués, des manifs interdites,etc.). Que ce soient les flics, les juges ou une bonne partie des médias, tous ont œuvré de concert à effrayer les personnes pour dépeupler le plus possible les cortèges (avec un certain succès) et affaiblir la contestation : peur de la fouille, de l’arrestation, de l’amende, des gaz, de la blessure, d’une mutilation permanente… De plus, des enquêtes et instructions sont toujours ouvertes, notamment pour des attaques de véhicules de police à Lyon (un fourgon de police sur l’A7 pendant l’acte XIV le 16 février et une voiture de la police aux frontières pendant l’acte XV le 23 février), et des perquisitions peuvent facilement avoir lieu.

Face à la répression, on s’organise

Au niveau local, voici ce que nous avons mis en place : diffusions de tracts « Conseils en manif », conseils d’urgence via notre ligne téléphonique ouverte 24/7, orientation des personnes dans les méandres du système judiciaire, accompagnement des proches des interpellé.es, orientation vers des avocat.e.s compétent.e.s, solidarité financière pour les frais de justice, et soutien aux prisonnier.e.s. Au cours de ces six mois, la Caisse de Solidarité a reçu plus de 70 appels pendant et après les manifs. De plus nous avons rencontré de nombreuses personnes interpellées ou condamnées notamment pendant la permanence du premier jeudi du mois à 19h.

[Appel à dons] La Caisse de Solidarité face à la répression du mouvement Gilets Jaunes

Nous mettons en œuvre la solidarité financière grâce des dons de particuliers, des soirées de soutien et d’autres initiatives. Depuis le début du mouvement une quinzaines de personnes ont bénéficié de cette solidarité pour un total de 6000 € environ qui se sont répartis en frais de justice (y compris honoraires d’avocat.e.s) et mandats en prison. Cela représente une activité largement supérieure à la normale, et ne prend pas en compte les affaires courantes hors de ce mouvement (violence policière de la vie de tous les jours et manifestations autres).

Bien sûr, cela ne concerne pas l’ensemble des personnes condamnées : certaines personnes n’avaient pas besoin de soutien financier, et de nombreuses autres n’ont pas contacté la Caisse de Solidarité. Évidemment, ce n’est pas trop tard, et celles-ci peuvent encore nous contacter par mail : caissedesolidarite(at)riseup.net ou bien appeler au 06 43 08 50 32, même pour des affaires ayant eu lieu il y a plusieurs mois.

La Caisse de Solidarité ainsi que la Commission Justice Gilets Jaunes s’efforcent d’être présentes aux comparutions immédiates.

Un aperçu des peines prononcées en comparution immédiate :

[Appel à dons] La Caisse de Solidarité face à la répression du mouvement Gilets Jaunes « Groupement en vue de commettre des violences et des dégradations » (en fait la simple présence à une manifestation non déclarée ; c’est le délit le plus fréquemment reproché aux gilets jaunes, parfois même hors manifestation) : 6 mois d’emprisonnement avec sursis + 6 mois d’interdiction de manifester à Lyon (Acte IX du 12 janvier 2019, audience du 14 janvier, 2e affaire).

[Appel à dons] La Caisse de Solidarité face à la répression du mouvement Gilets Jaunes Violences sur 4 policiers sans ITT + rébellion : 6 mois ferme (sans mandat de dépôt, donc aménageables) + 6 mois d’interdiction de manifester à Lyon + 2400 euros de dommages-intérêts (même acte, même audience, 4e affaire).

[Appel à dons] La Caisse de Solidarité face à la répression du mouvement Gilets Jaunes Dissimulation de visage (depuis la loi anti-casseurs) + outrage : 6 mois de sursis + 6 mois d’interdiction de manifester (Acte XXIV du 27 avril 2019, audience du 29 avril, 1re affaire).

[Appel à dons] La Caisse de Solidarité face à la répression du mouvement Gilets Jaunes Dégradations de panneaux de publicité : 3 mois d’emprisonnement avec sursis + 6 mois d’interdiction de manifester à Lyon + 1200 euros de dommages et intérêts à JCDecaux (1er mai 2019, audience du 3 mai, 4e affaire).

[Appel à dons] La Caisse de Solidarité face à la répression du mouvement Gilets Jaunes

Les dossiers sont légers, mais les peines sont lourdes

Au-delà des exemples individuels, dans une affaire sur 6, une peine de prison ferme est prononcée (le plus souvent aménageable). Dans une affaire sur 3, une peine de prison avec sursis est prononcée. On a eu connaissance d’au moins sept gilets jaunes incarcérés à Corbas (ou Villefranche) au cours du mouvement (mais les chiffres réels sont sans doute bien supérieurs). Il y a eu relativement peu de peines d’amendes, toutes comprises entre 150 et 1000 euros. Chaque condamnation de gilets jaunes (nous n’avons assisté qu’à deux relaxes en comparution immédiate) donne lieu à des frais de justice de 127 euros pour la personne condamnée qui viennent s’ajouter automatiquement aux autres condamnations pécuniaires (amendes et dommages et intérêts). Au tribunal, on n’a pas eu connaissance d’agents des forces de l’ordre ayant obtenu des ITT pour les « violences » qu’ils auraient subies, ce qui n’empêche en rien des condamnations systématiques à des dommages et intérêts en leur faveur : de 150 euros à 1500 euros, souvent autour de 400 euros – ce sont souvent des agents de la BAC qui réclament. Tout cela montre que les dossiers sont légers, mais que les peines sont lourdes.

[Appel à dons] La Caisse de Solidarité face à la répression du mouvement Gilets Jaunes

FACE À LAPRESSION, LA SOLIDARITÉ EST UNE ARME !


Article publié le 24 Mai 2019 sur Rebellyon.info