Mars 21, 2018
Par Paris Luttes
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Appel à actions contre la récupération culturelle de Mai 68 et pour une université autogérée.

Médias et institutions ont décidé de « fêter en grande pompe » Mai 68 : expositions, livres luxueux, colloques, etc. Cette récupération culturelle ne semble pas pour l’instant avoir rencontré une résistance significative. Pourtant, nous sommes un certain nombre de militant.e.s anarchistes à trouver cette démarche insupportable.

Depuis le Printemps 2016, médias et institutions travaillent plus que jamais à stigmatiser, délégitimer, les luttes s’articulant autour de valeurs anti-autoritaires et de pratiques offensives. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à des « pratiques insurrectionnelles gauchistes » est désigné comme l’expression d’un terrorisme larvé.

Les présidences universitaires n’ont pas manqué de solliciter la flicaille pour une répression physique des contestataires et un « nettoyage des campus »

Ces dernières semaines, les présidences universitaires n’ont pas manqué de solliciter la flicaille pour une répression physique des contestataires et un « nettoyage des campus ». Les cibles des présidences échaudées : migrant.e.s et soutiens, étudiant.e.s et personnel.le.s opposé.e.s à la libéralisation des universités (réforme dite « ParcourSup »).

Pour cet hiver 2018 seulement, sur les campus, nous pouvons noter (entre autres) :

  • l’expulsion violente d’un amphi à Bordeaux ;
  • la très récente répression policière sur l’un des campus de Dijon ;
  • l’intrusion violente de la police sur un campus de Nantes en amont d’une manif’ ;
  • l’expulsion par la flicaille, à deux reprises, de salles occupées sur le campus de Jussieu à Paris par des étudiant.e.s, des migrant.e.s et leurs soutiens ;
  • sans parler des menaces très récentes sur l’université du Mirail à Toulouse, avec une mise sous tutelle par le ministère.

Ces décisions sont prises par les présidences dans le silence assourdissant de la communauté des enseignant.e.s-chercheurs.euses. Une communauté sans grève, sans manifestation, qui une fois de plus se caractérise par une inertie stupéfiante dans un contexte de sévère régression : coupes budgétaires qui asphyxient la recherche, dégradation accélérée des conditions d’enseignement et d’étude, et maintenant mise en place d’une infâme sélection des étudiant.e.s au nom d’un plus grande « efficacité » dans l’organisation des « parcours de formation ». Bref, on nous fout la gueule dans un certain modèle anglo-saxon consistant à réserver les facs aux gosses de bonnes familles, et en parallèle on veille bien à installer toujours plus de vigiles pour surveiller les futur.e.s exploité.e.s.

Quel saisissant contraste entre les pratiques profondément inégalitaristes et autoritaires mises en oeuvre par les autorités universitaires, et leur prétention à commémorer un épisode insurrectionnel porté par des valeurs égalitaristes et anti-autoritaires. On en rit ou on en rage ? Et quand on pense au contraste entre l’exigence portée en 68 d’un accès sans entraves pour tout.e.s à la connaissance et l’actuelle réforme intégrée avec tant d’empressement par la communauté universitaire… C’est à en invoquer Molotov.

Mais cela n’a pas arrêté l’université de Nanterre, ni celle de la Sorbonne…

Sans vergogne, elles revendiquent l’héritage de Mai 68 : les présidences de Nanterre et de la Sorbonne

Le 22 mars, l’université de Nanterre organise une journée intitulée non sans ridicule « Prop’osons : Printemps des utopies et des libertés. » Cette journée viserait notamment, selon Jean-François Balaudé (président de Nanterre), à « s’appuyer sur la force évocatrice du mythe », à « s’inspirer du passé et créer du nouveau », à « assumer un héritage », blablabla… De quoi perpétuer l’idée (le « mythe ») d’une université « collégiale » animée par des valeurs « progressistes »…

Le 22 mars, première journée de grève nationale pour cette année 2018, Jean-François « assume Mai 68 » : il ne fera pas grève, il n’ira pas manifester, et il mobilisera une partie de son personnel pour une longue journée de travail. Le programme de cette journée est consultable ici.

On sera sympa, on se contentera de dire que l’ensemble, très bourgeois, est d’une médiocrité saisissante : ptit dej’ d’ouverture avec la présidence (9h30), pseudo-débat avec des universitaires qui ne feront pas grève et qui n’iront pas manifester pour mieux parler des grèves et des manifestations en 68, présence d’artistes récupérés. Si t’as pas la possibilité de te rendre sur place, t’inquiète, y’a la radio culturelle et militante RTL qui assurera un direct…

Le soir-même (18h), Georges Haddad (président de l’université Panthéon-Sorbonne) et Jean-François Balaudé « débattront » à la Sorbonne : vont-ils nous en apprendre plus sur la sélection des étudiant.e.s ? Et sur la présence croissante de « forces de sécurité » sur les campus ? Ou alors vont-ils nous justifier la forte dissymétrie qui existe entre leur salaire (avec primes annuelles) et les conditions dégueulasses des étudiant.e.s obligé.e.s de travailler en plus de leurs études, et à qui on a retiré 5 euros d’APL par mois ? Et comment vont se positionner ces universitaires face à la destruction de l’université ? Autant de questions qui ne pourront rester sans réponse : il va falloir y aller et secouer ce petit monde !

Changeons le programme !

Pour transformer leur programme bien loin de notre Mai 68 — celui, entre autres, des barricades et des occupations — nous proposons de nous réunir, comme le font d’autres camarades ici, ce jeudi 22 mars à Nanterre dès 9h (il y a un ptit dej’ « ouvert à tous », Hall du batiment B). Puis, nous irons au « 11h – Nation » (annoncé ici), de manière à retrouver des pratiques dignes de Mai 68 et à soutenir les lycéen.ne.s dont le gouvernement s’échine à pourrir l’avenir en les privant d’un accès légitime à la connaissance et à ses possibles émancipateurs. Nous rejoindrons ensuite les cortèges révolutionnaires de la journée (cheminot.e.s, interpro, tout est ). Et nous nous retrouverons après les manifestations place de la Sorbonne pour rencontrer ces chefs récupérateurs (pour 19h30, Amphithéâtre Lefebvre) afin de perturber le calme policé de ces amphis.

Pour une université autogérée dédiée à la libre diffusion de savoirs émancipateurs ! À bas la récupération culturelle ! Flics hors de nos facs ! Hors de nos vies !




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