Septembre 30, 2021
Par Collectif Antifasciste Besancon
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Apparition d’une section locale de la Cocarde Etudiante

Début de matinée mouvementé pour quelques camarades ce jeudi 9 septembre… en partant au boulot, ils remarquent que durant la nuit des dizaines d’affiches et des centaines de stickers aux couleurs Bleu-Blanc-Rouge signés « La Cocarde Étudiante » ont recouvert les murs du centre ville. Ils seront donc en retard à leur travail, ils prennent soin de nettoyer leur rue, leur quartier. Évidement tout ne sera pas nettoyer en une seule matinée, plus tard dans l’après-midi d’autres camarades se chargeront de débusquer les stickers oubliés.

Des stickers de très bonne qualité qui ne se déchirent pas en plusieurs morceaux quand on les décolle… un vrai plaisir.

Mais au moment où les militants cocardiens postent sur twitter (jeudi soir) les photos de leur collage nocturne, le centre ville de Besak a déjà tout oublié de leur passage.

Une émanation locale du Rassemblement National ?

Créée à l’origine par des étudiants issus de la Droite Populaire (courant proche de l’UMP, puis du Front National) la Cocarde veut rassembler les différents courants souverainistes au sein de l’université tout en refusant l’étiquette d’extrême droite.

Mais les conférences qu’elle organise en invitant des personnages tel que Jordan Bardella, Marion Maréchal, Jean-Frédéric Poisson, Alain de Benoist et Jean-Yves Le Gallou, démontre son orientation affirmée vers une extrême droite plus radicale. De plus la Cocarde ne cache pas ses liens avec l’Action Française ou Génération Identitaire, puisque certains membres y sont/étaient également militants.

La Cocarde étudiante se positionne contre les blocages de facultés en allant jusqu’à la confrontation physique avec les militants adverses (UNEF, Solidaires Etudiant-e-s) , milite pour la sélection à l’entrée à l’université, et met en opposition étrangers et « nationaux ». Elle souhaite en finir avec le « gauchisme culturel » dans les facultés, le « péril migratoire » et au « changement de peuple », termes pouvant renvoyer à la théorie du grand remplacement très en vogue à l’extrême droite

Créée en mai de cette année, à partir d’un noyau d’étudiants basés sur Belfort, la Cocarde Franche Comté, comprend depuis septembre sa section bisontine. À la manœuvre, on retrouve deux membres notoires du Rassemblement National local, et de Génération Nation (la nouvelle formule des FNJ) : T. Giacone et J.B. Batifoulier. Tous deux étaient présents sur les listes lors des derniers scrutins municipaux, départementaux, et régionaux. De plus le tandem semble bien implanté au sein de la section locale du parti.

Manœuvre électoraliste ?

Plus de 80% des jeunes (18-30 ans) ne se sont pas rendus aux urnes lors des dernières élections de 2020 et 2021 (ifop : abstention aux-régionales, manifestation spectaculaire de la crise de foi républicaine). Alors que les présidentielles approchent, la mise en place d’une section bisontine de la Cocarde par des étudiants encartés au Rassemblement National ne laisse aucun doute sur la volonté du parti lepeniste à essayer de séduire les primo-électeurs que sont les étudiant-e-s. Et pour cela la cocarde en tant qu’organisation étudiante est certainement un moyen plus efficace pour approcher l’électorat jeune que ne l’est et ne le sera Génération Nation dont les militant-e-s ne sont là que pour coller et distribuer des tracts à la veille des élections et qui en dehors de ces périodes n’existe pas.

Afin d’exister, la petite organisation a misé sur la communication basique d’un groupe dont les militants sont issus du RN : un compte Twitter et une page Facebook (déjà existante et liée à l’origine à la section de Belfort) qui seront alimentés par l’actualité du parti à défaut d’actions locales régulières, et un collage de masse (qui ne tiendra pas une journée).

Même si les « questions » identitaires vont pourrir la campagne des présidentielles, les étudiant-e-s vont ils se montrer séduit-e-s par cette organisation de jeunesse qui se veut « non-conformiste » mais qui ressasse des théories politique tellement désuètes, et pour qui la lutte contre les « islamo-gauchistes qui polluent les facs » ou l’anniversaire de la mort de Napoléon apparaissent plus importantes que l’urgence climatique ou la précarité étudiante ?

Collage à Belfort contre l’ « islamo-gauchisme »
la section belfortaine de la Cocarde célébrant le bicentenaire de la mort de Napoléon

La Cocarde Bourgogne Franche-Comté c’est Besançon, Belfort et … Dijon

Localement (Besançon) le tapage ne semble pas porter ses fruits, malgré le soutien de Jacques Ricciardetti (le leader bisontin du RN et conseiller régional Franc-Comtois au côté de Julien Odoul). Les rares autres bras engagés sont, pour l’instant, tous issus du mouvement Lepeniste, et disséminés sur la région. Seule la section de Dijon, plus ancienne, est arrivée à faire modestement ses preuves, en étant ancrée depuis janvier 2020.

Mais dans la capitale des Ducs, la Cocarde entretient avec d’autres groupes radicaux des liaisons dangereuses pas si étonnantes que cela :

– Le 10 octobre 2020 lors d’une manifestation anti-PMA-GPA organisée par la Manif-Pour-Tous, on retrouve les militants de la Cocarde Dijon auprès des groupuscules néonazis Vandals Besak et Bourgogne Nationaliste. Plus tard dans la journée ils poseront ensemble pour une photo qui sera publiée sur la page Telegram de Ouest Casual.

10 octobre 2020 – Dijon : Les militants de la Cocarde Dijon avec un membre de Bourgogne Nationaliste à gauche
10 octobre 2020 – Dijon : Les militants de la Cocarde Dijon reconnaissables grâce aux stickers, et aux vêtements qu’ils portaient sur la photo précédente avec les membres de Bourgogne Nationaliste et des néonazis Bisontins Vandals Besak (VDL BSK)

– le 31 janvier 2021, également pour une manifestation anti-PMA-GPA, on retrouve Alexandre Hinger, le responsable de la Cocarde Dijonnaise, auprès de Benjamin Lematte, ancien du Front National, puis du PDF et désormais leader du groupuscule néonazi Bourgogne Nationaliste. Peu avant cette photo, Benjamin Lematte et ses sbires de Bourgogne Nationaliste aidés par les Vandal Besak ont agressé les militantes féministes du collectif 25 Novembre ( voir article du CAB à ce sujet).

31 janvier 2021 – Dijon – Les militants de la Cocarde posent avec Benjamin Lematte (en veste Lonsdale)

Mais cette relation entre Cocarde Étudiante et groupuscules néonazis violents est elle surprenante ?… Pas vraiment quand on regarde ce qui c’est déjà produit dans d’autres régions.

En effet, il se trouve que la Cocarde Étudiante est également connue à l’échelle nationale pour ses actions coups de poings en connivence avec des ultranationalistes, néonazis, identitaires, ou royalistes :

  • Mai 2018, Université de paris, Les sites de Malesherbes et Clignancourt ont été attaqués hier par un groupe « d’antibloqueurs » (voir article sur le site de La Horde)
  • Décembre 2019 : Strasbourg, attaque fasciste sur le campus ( voir article sur le site de La Horde)
  • Janvier 2020 : Un syndicat d’extrême droite s’en prend violemment à des étudiants mobilisés (voir article sur Streetpress)
  • janvier 2020, Deux organisations d’extrême-droite attaquent les étudiant-es mobilisé-es contre la réforme des retraites (voir article sur le site de la rotative).

Il reste à savoir si de tels liens existent également localement entre la Cocarde Besançon et des groupes radicaux violents, ou si l’organisation étudiante n’est qu’un outil de propagande du RN visant les étudiant-e-s en périodes électorales et que la création d’une section bisontine ne relève pas davantage du marche-pied électoraliste et médiatique que d’une véritable volonté d’implantation.

Mais à quelques mois des élections présidentielles, entre tags racistes et homophobes, stickers de groupuscules d’extrême-droite violents, tentatives néonazies d’infiltrations dans les rassemblements contre le passe-sanitaire, les différents mouvements d’extrême-droite se font de plus en plus visibles à Besançon (voir article de France 3 région Bourgogne Franche-Comté).

Les loups sortent du bois, et la Cocarde Étudiante est un groupe parmi d’autres. A nous de rester vigilant-e-s.




Source: Cabesancon.wordpress.com