DĂ©cembre 29, 2020
Par Attaque
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Indymedia Nantes / mardi 29 décembre 2020

Alors que l’anti-terrorisme semble faire son retour dans le milieu militant anti-autoritaire (https://nantes.indymedia.org/articles/54503 ), un point sur un fichier mis en place dans le contexte post attentats de 2015, le FIJAIT (Fichier judiciaire national automatisĂ© des auteurs d’infractions terroristes).

La juridiction antiterroriste est avant tout un instrument politique utilisĂ© selon les prioritĂ©s du moment. DerriĂšre ce terme repoussoir de « terrorisme » se trouvent des profils trĂšs variĂ©s tels que des djihadistes, des indĂ©pendantistes basques, corses, kurdes ou des « anarcho-autonomes », pour reprendre la terminologie de l’État. On se souvient de « l’affaire de Tarnac » dans laquelle plusieurs camarades, initialement poursuivis pour terrorisme, ont finalement obtenu une relaxe. Une autre affaire sous juridiction anti-terroriste concernant la dite « mouvance anarcho-autonome » s’est soldĂ©e par cinq condamnations en 2012, pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme », «fabrication d’engins incendiaires ou explosifs » et « refus de se prĂȘter aux prises d’empreintes digitales et aux photographies ». Les faits reprochĂ©s concernaient la dĂ©couverte d’un engin incendiaire sous une dĂ©panneuse de la police nationale Ă  Paris, la dĂ©tention de fumigĂšnes aux abords d’une manifestation et la participation Ă  un sabotage d’une armoire Ă©lectrique proche de voies ferrĂ©es, tout cela dans le contexte des luttes contre le CPE en 2006, de l’arrivĂ©e au pouvoir de Sarkozy en 2007 et des rĂ©voltes dans les centres de rĂ©tention en 2008 (pour un rappel plus dĂ©taillĂ© de ces affaires, voir : https://infokiosques.net/mauvaises_intentions)

Au-delĂ  des condamnations, le pouvoir cherche en permanence Ă  accroĂźtre le fichage de toutes celles et ceux qu’il juge menaçant. Dans le contexte Ă©motionnel des attentats de 2015, il Ă©tait aisĂ© de crĂ©er un nouveau fichier comprenant des obligations et des interdictions s’appliquant pendant des annĂ©es aprĂšs la fin des condamnations. Une personne peut aussi ĂȘtre inscrite au FIJAIT lors de sa mise en examen au cours d’une instruction anti-terroriste, donc avant mĂȘme son Ă©ventuelle condamnation. Ce fichier, initialement prĂ©sentĂ© pour lutter contre les djihadistes, englobe tous les individus condamnĂ©s pour terrorisme et a donc immĂ©diatement concernĂ© des militants politiques basques, corses et kurdes ainsi qu’au moins un des camarades de la dite « mouvance anarcho-autonome » condamnĂ©s en 2012, et donc de maniĂšre rĂ©troactive. Ce camarade a entamĂ© des recours afin de sortir de ce fichier, pour l’instant sans succĂšs. Des luttes existent Ă©galement en Corse et au Pays Basque contre l’inscription dans ce fichier.

ConcrĂštement, l’inscription au FIJAIT dure 20 ans aprĂšs la condamnation, il empĂȘche l’exercice d’un certain nombre d’emplois. De plus, pendant 10 ans, toute personne au FIJAIT doit pointer tous les trois mois au commissariat, justifier de son domicile et prĂ©venir au moins 15 jours par avance tous ses dĂ©placements Ă  l’étranger. Le non-respect peut entrainer une peine jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Autant dire qu’il s’agit d’une forme de contrĂŽle judiciaire qui se rajoute Ă  la peine initiale et qui dure dix ans. Comme on le sait, ce genre de fichage et d’obligations prĂ©sentĂ©s comme « exceptionnels », rappelons-nous du fichage ADN, s’étend et s’applique bien souvent par la suite Ă  de nouveaux types de condamnations. D’ailleurs la rĂ©cente loi sur le sĂ©paratisme prĂ©voit d’élargir l’inscription au FIJAIT au dĂ©lit d’ « apologie du terrorisme » et nul doute que ce n’est que le dĂ©but de l’offensive du pouvoir pour Ă©largir l’application de ce fichier et les obligations qui vont avec. Restons vigilants et solidaires contre tous les fichages de l’État !




Source: Attaque.noblogs.org