Mai 6, 2021
Par Indymedia Lille
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Le 30 avril 2021 a Ă©tĂ© publiĂ© sur le site Marseille Info Autonome (MIA) un communiquĂ© de victoire autoritaire (1). Le « collectif de modĂ©ration actuel Â» y explique comment le site a Ă©tĂ© rĂ©cemment expurgĂ© de cinq articles publiĂ©s par plusieurs autres collectifs de modĂ©ration de MIA au cours des derniĂšres annĂ©es. Il motive son choix car « il semble Ă©vident que les positions antiracialisatrices ne sont pas compatibles avec la charte du site Â». C’est pourtant Ă  l’appui de la mĂȘme charte qu’ils avaient Ă©tĂ© publiĂ©s. Dans la foulĂ©e, un autre communiquĂ© qui reprĂ©sente on ne sait qui cette fois, adoptant le mĂȘme ton, est publiĂ© sur Indymedia Nantes (2), puis validĂ© sans attente et sans possibilitĂ© de le commenter, pour « fĂ©liciter Â» MIA de cette purge « courageuse Â» et « pour avoir osĂ© revendiquer le mot de censure Â» mais, aussi, pour dĂ©plorer son manque de radicalitĂ©. MalgrĂ© leurs efforts, les nouveaux propriĂ©taires de MIA se retrouvent donc soupçonnĂ©s, malgrĂ© tout, de racisme, de sexisme et d’homophobie, leur purge Ă©tant considĂ©rĂ©e comme insuffisante par les « rĂ©volutionnaires attentifs Â».

Au delĂ  de cette divergence, les deux textes semblent trouver Ă©vident, non seulement que ne pas penser comme eux, c’est ĂȘtre raciste, mais aussi, et surtout, que lutter contre le racisme c’est seulement s’opposer aux critiques de la thĂ©orie des races. Pour la nouvelle Ă©quipe de MIA « lutter Â» contre le racisme, c’est donc « lutter Â» contre les « anti-racialisateurs Â» et non pas contre les racistes ni les « racialisateurs Â» qui pourtant pullulent actuellement avec des relais aussi divers et variĂ©s que Valeurs Actuelles, Alain de Benoist, Eric Zemmour, Freeze Corleone, Alain Soral, DieudonnĂ© M’Bala M’Bala, le RN et l’État. « Lutter Â» Ă©tant lĂ  un bien grand mot puisqu’il s’agit de faire appuyer sur le bouton « delete Â» (voir le logo sur MIA) Ă  des modĂ©rateurs de sites et de revendiquer une censure sur laquelle les deux textes semblent tomber d’accord ; les deuxiĂšmes vont plus loin, dĂ©plorant de « ne pas disposer des moyens de pression Ă©tatiques [on parle bien de la Police et de la Justice] qui permettraient le dĂ©rĂ©fĂ©rencement sur les moteurs de recherche les plus courants Â», ils affirment : « nous sommes dĂ©sarmĂ©s Â». À une Ă©poque oĂč la « cancel culture Â» est un sujet de polĂ©mique tĂ©lĂ©visuelle en vogue et Ă  toutes les sauces, il est tout de mĂȘme incroyable que l’on trouve sur ces deux sites une telle caricature de dĂ©fense de la censure : « Il faut tout de mĂȘme fĂ©liciter le collectif MIA pour ce travail mais aussi pour avoir osĂ© revendiquer le mot de censure Â».

Mais dans quel monde est-il si « courageux Â» d’user et d’abuser ainsi de son pouvoir (obtenu Dieu sait comment) ?

Jusqu’oĂč peut on aller lorsque l’on affirme avec tant d’opportunisme (celui de la bourgeoisie) que « tous les outils disponibles doivent ĂȘtre utilisĂ©s Â» ? Quelle est la limite Ă  cette quasi-citation de LĂ©nine ? Fallait-il bien Ă©craser la rĂ©volte des marins de Krondstadt pour le « bien de la rĂ©volution Â» (en fait, du Parti) ?

Pour bien comprendre la situation, il faut rappeler qu’à Marseille a eu lieu en octobre 2016 une attaque du local Mille BĂąbord et des personnes qui s’y trouvaient rĂ©unies lors d’une discussion organisĂ©e au sujet de la lecture politique en terme de races plus ou moins sociales selon les propositions, une lecture politique, qui, Ă  cette Ă©poque, commençait tout juste Ă  investir le champ des luttes contre les politiques migratoires, les frontiĂšres et le racisme. Il se savait dĂ©jĂ , alors, que des modĂ©rateurs et modĂ©ratrices de MIA avaient reçu des pressions et des menaces trĂšs directes et trĂšs insistantes quant Ă  la publication de textes relatant cette agression physique. La modĂ©ration de MIA serait-elle donc dĂ©sormais sous la tutelle de cette mĂȘme petite Ă©quipe de « rĂ©volutionnaires Â» attentifs ensembles qui va maintenant jusqu’à promettre de leur fournir une liste noire de textes Ă  purger pour se racheter sans doute de ne pas avoir Ă©tĂ© assez immĂ©diatement obĂ©issants ? Plusieurs aspects du communiquĂ© publiĂ© sur Indymedia Nantes posent d’ailleurs question : si MIA a vraiment publiĂ©, comme il l’en accuse, en plus des cinq textes incriminĂ©s par l’accusation, « une douzaine d’articles racistes, sexistes et transphobes Â», pourquoi donc vouloir imposer un autre discours Ă  des personnes qui se retrouvent considĂ©rĂ©es comme racistes, sexistes et transphobes ? Est-ce donc cela leur antiracisme : rĂ©-Ă©duquer les racistes ? Et ceux dans le collectif de modĂ©ration de MIA en prioritĂ© ?

Serait-ce cette mĂȘme Ă©quipe de « rĂ©volutionnaires attentifs Â» qui adore faire des listes (une tradition bien française) qui, toujours sur Indymedia Nantes il y a quelques annĂ©es, se mettait en scĂšne sur des photos avec des couteaux dans leur squat de Marseille menaçant d’égorger (oui) tout anarchiste ou communiste qui refuserait d’adopter sur le champ la ligne politique qu’ils venaient d’adopter eux mĂȘmes (puisqu’elle venait d’ĂȘtre lancĂ©e sur le marchĂ© de la subversion). Aujourd’hui, il n’y a plus grand monde pour faire respecter sous la menace et Ă  coup de fouet la ligne du PIR aux militants anti-autoritaires. Qui sont donc ces « rĂ©volutionnaires attentifs Â» qui espĂšrent continuer ainsi Ă  semer la terreur idĂ©ologique ?

Nous appelons toutes les personnes qui ne veulent pas se laisser mener en bateau par des racialistes Ă  la verve systĂ©matiquement menaçante et ultra-radicale (et pas si dĂ©sarmĂ©e que ça), Ă  ĂȘtre lucides sur la situation et Ă  refuser ces nouvelles formes d’autoritarisme qui semblent, pour beaucoup, difficiles Ă  identifier comme telles, alors mĂȘme qu’elle affichent ouvertement leurs mĂ©thodes, osant mĂȘme revendiquer d’imposer la censure sur listes.

Peut ĂȘtre qu’aprĂšs le mĂ©nage effectuĂ© par ces personnes il ne restera « sur nos sites Â» que des communiquĂ©s de soutien Ă  l’UNEF, la dĂ©fense par l’UCL du SO de la CGT (dont les membres ne sont assurĂ©ment ni racistes, ni sexistes, ni transphobes, on imagine…), des quartiers sans relous (QSR) de MarlĂšne Schiappa, des communiquĂ©s de la mairie de Paris qui s’attaquent aux jeunes immigrĂ©s sous couvert d’anti-sexisme ou des textes issus d’une gauche qui appelle Ă  la tolĂ©rance des violences conjugales lorsqu’elles se dĂ©roulent au sein d’une communautĂ© opprimĂ©e.

Vous n’ĂȘtes pas antiracistes, vous ĂȘtes des politiciens.

De toute Ă©poque, de toute tendance, contre le triomphe et ses triomphateurs.

Contre toute autoritĂ©, vive la vie et mort aux pouvoirs !

Le 2 mai 2021,

Des révolutionnaires inquiets.

Note

(1) https://mars-infos.org/pourquoi-nous-avons-depublie-les-5589

(2) https://nantes.indymedia.org/articles/55605





Source: Lille.indymedia.org