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Rejet du vaccin ou des institutions ?

Quelque peu délaissée par la métropole, la population antillaise subit une aggravation des conditions sociales, économiques et sanitaires pire qu’en France. 25 % de la population est au chômage et 30 % vit sous le seuil de pauvreté. On note aussi un taux de comorbidités (diabète, obésité, etc.) supérieure à celui de la métropole. Autant d’éléments qui ont favorisé la propagation du Covid-19.

Plus de 90 % des médecins sont vaccinés à l’hôpital, mais seulement 45 % des autres soignants. S’il y a bien une défiance vis-à-vis du vaccin, il y en a tout autant vis-à-vis de l’État français. C’est la parole officielle – préfet, ARS (Agence régionale de santé) – qui est là remise en cause. En effet, la population tant de fois flouée n’attend plus grand-chose du gouvernement et de ses institutions. Aux dernières régionales, 70 % de la population n’a pas voté : « Ça ne sert à rien. » Tous et toutes ont le souvenir du scandale du chlordécone, ce puissant et nocif herbicide interdit en métropole, mais autorisé aux Antilles durant de nombreuses années à la grande satisfaction des patrons de bananeraies.

Une catastrophe annoncée

Certes, l’État français est venu en aide aux équipes de soins locales : transport de quelques patients par avion vers l’hexagone, envoi de doses de vaccin et d’équipes soignantes détachées en renfort. Le tout bien médiatisé pour masquer la catastrophe sanitaire dans ces départements d’outre-mer. Une situation dénoncée là-bas aussi depuis des années par les soignant-es, qui prédisaient la catastrophe à venir. « C’est difficile au quotidien : l’organisation, le manque de matériel. On est confrontés au manque de lits, de masques, de courant, un thermomètre pour tout un service de réa. Face à un hôpital débordé, le tri des patients Covid se fait à partir de 50 ans [1]. »

« En plus de trente ans de métier, je n’ai jamais connu ça dans un département français (…). J’ai encore des idées noires face aux afflux massifs de patients, aux gens restant pendant vingt-quatre heures sur des brancards dans une hygiène précaire, aux décès nombreux dans les services », déclarait sur France Bleu le Pr Bernard de Tours en août 2021.

Une situation pire qu’en France, mais due aux mêmes causes : les restrictions et économies budgétaires opérées sur le service de la santé et les hôpitaux.

Une contestation devant les tribunaux…

Les personnels restant plus que jamais mobilisés et déterminés dans leur refus de la vaccination, l’administration a déposé plainte. Elle a assigné les syndicalistes, principalement de l’UGTG [2], devant le tribunal pour entrave, agression et dégradations. Le tribunal lui ayant donné gain de cause, elle a sommé les grévistes de libérer la place.

L’UGTG a de son côté entamé des recours en dénonçant l’excès de pouvoir, l’entrave au droit syndical et au dialogue social. Dans le même temps, plus de 600 soignants ont exercé leur droit de retrait.


… et dans la rue…

Sceptique et réfractaire, depuis plusieurs mois [3], la population contestait l’obligation vaccinale et l’instauration du pass sanitaire par des manifestations – 1 000 personnes le 7 octobre à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, et environ 500 à Fort-de-France, en Martinique – et des meetings qui rassemblaient les Antillais, en particulier des jeunes. Deux nuits d’émeutes, saccages de pharmacies et autres bureaux de l’ARS, grève et blocages à l’hôpital… La politique sanitaire du gouvernement accentuait la colère contre ce qui était dénoncé de longue date sur le plan social. Cette contestation généralisée était appuyée par l’UTS-UGTG [4] et le LKP [5], mais aussi par de multiples partis, d’autres syndicats et diverses associations.

Le pass sanitaire est obligatoire depuis le 11 octobre pour les visiteurs et les salariés des CHU sur tout le territoire français, mais plus d’un soignant sur deux n’est pas vacciné au CHU de la Martinique. Dès le 11 octobre et les premières mesures de répression (suspension de travail et de salaire pour les non-vaccinés), les agents de ce CHU sont allés saccager quelque peu le bureau du DRH, bloquant les serrures et le parking. Le 15 octobre, les gendarmes mobiles ont pris position devant le CHUM pour en interdire l’accès aux non-titulaires d’un pass sanitaire. Après des échanges musclés où quatre policiers ont été blessés, trois salariés ont été conduits en garde à vue. La grève s’est poursuivie avec l’instauration de piquets de grève. Elle s’est étendue à la Guadeloupe et même la Guyane…

Face à une telle détermination, la direction de CHU de Martinique a reculé, et annoncé le 19 octobre dans une note : « A partir d’aujourd’hui, et suite à la demande d’agents hospitaliers, tous les personnels hospitaliers pourront entrer dans leur service quelle que soit leur situation au regard du pass sanitaire. »

MZ, 21/10/2021




Source: Oclibertaire.lautre.net