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dimanche 7 juin 2020


Pour ce deuxiĂšme numĂ©ro des Feuilles Antarctiques, nous avons compilĂ© quelques textes, qui ne sont Ă©videmment pas exhaustifs, autour de l’anti-psychiatrie. Nous avons entamĂ© (et comptons approfondir) une rĂ©flexion autour du sujet Ă  l’occasion d’un groupe de lecture et de certaines projections du cinĂ©-club.

La crise du Covid et sa gestion, en rendant toutes les formes d’enfermement encore plus carcĂ©rales, en exacerbant les pratiques de tri des vies selon leur valeur sociale, en coupant tout un chacun de l’enchevĂȘtrement de liens qui sont tissĂ©s quotidiennement entre les ĂȘtres, en imposant des mesures sanitaires dans l’urgence et, souvent, de façon diffĂ©renciĂ©e selon les populations, ont Ă©videmment affectĂ© la façon dont fonctionne la psychiatrie. C’est ce dont rend compte CĂ©cile Andrzejewski dans « Psychiatrie : Avec le confinement, on revient Ă  quelque chose d’asilaire Â», un article paru sur Mediapart pendant le confinement. En mĂȘme temps, l’anti-psychiatrie, qui dĂ©signe un ensemble de pratiques et de thĂ©ories refusant d’isoler le soin d’une critique en profondeur de l’institution psychiatrique depuis le dĂ©but du XXe siĂšcle, est de mĂȘme aux prises avec la crise sanitaire – ce sur quoi revient Mathieu Bellahsen dans l’article « Psychiatrie confinĂ©e et nouvelle anti-psychiatrie covidienne (2020) Â».

En effet, les pratiques psychiatriques ont Ă©tĂ© bouleversĂ©es par les diffĂ©rentes crises historiques, notamment au XXĂšme siĂšcle oĂč la mise en crise des institutions et pratiques psychiatriques forme le terrain du courant appelĂ© « anti-psychiatrie Â» : l’histoire de ce courant n’est pas distincte des moments oĂč les pratiques de soin se retrouvent acculĂ©es Ă  la nĂ©cessitĂ© de se rĂ©inventer quand les logiques gestionnaires et institutionnelles se durcissent, parfois au point d’amener des milliers de « fous Â» Ă  une mort certaine, tel que cela fut le cas en Europe durant le Seconde Guerre Mondiale (nous partageons dans ce numĂ©ro un texte paru dans ChimĂšres en 1996, qui revient sur cette « extermination douce Â» qui a eu lieu en France sous Vichy). C’est justement durant cette pĂ©riode, sous Vichy, et aprĂšs la guerre, que se constituent des expĂ©riences de « psychothĂ©rapie institutionnelle Â», autour de Lucien BonnafĂ©, Francesc Tosquelles et Jean Oury, notamment, et qui donneront lieu Ă  la crĂ©ation de la clinique de La Borde. La « psychothĂ©rapie institutionnelle Â» considĂšre que ce sont l’institution et les relations de groupe en son sein qui sont Ă  soigner – notamment la relation figĂ©e entre le mĂ©decin et le patient. Le soin veut y ĂȘtre expĂ©rimentĂ© collectivement, comme un champ de recherches refusant la standardisation mĂ©dicale des patients et des remĂšdes : il n’existe jamais de rĂ©ponse gĂ©nĂ©rique Ă  la souffrance individuelle – ce que nous retrouvons exprimĂ© dans la Lettre Ă  Monsieur le lĂ©gislateur de la loi sur les stupĂ©fiants d’Antonin Artaud (1925). Nous joignons Ă©galement Ă  cette feuille un chapitre du livre La Borde ou le droit Ă  la folie que nous avions lu lors d’un groupe de lecture et qui revient sur cette tentative refusant d’isoler la critique Ă©mise par l’anti-psychiatrie d’une critique de l’ensemble des mĂ©canismes sociaux.

Cependant, la critique du regard gĂ©nĂ©rique de la psychiatrie sur la souffrance s’accompagne Ă©galement d’un refus de ce qui serait une absence de soin par Ă©gard pour une « libre souffrance de l’individu Â». C’est au contraire la question d’un soin recherchĂ© en permanence par Ă©coute, tentatives, essais, qui est mise en place Ă  La Borde. Il s’agit en quelque sorte d’inventer un regard et des modalitĂ©s de relations – mallĂ©ables – entre soignants et soignĂ©s qui soient toujours ouverts, jamais dĂ©finitifs, Ă  la situation particuliĂšre. De la recherche d’un tel regard ont pu Ă©merger, Ă  La Borde, un ensemble de façons de parler et de penser qui ont influencĂ©, entre autres, Deleuze et Guattari dans leurs Ă©crits communs. Nous joignons Ă  cette feuille un chapitre de Mille Plateaux critiquant la psychanalyse freudienne et sa tendance Ă  imposer Ă  tous le mĂȘme schĂ©ma Ɠdipien, « Un seul ou plusieurs loups ? Â»

Nous vous proposons Ă©galement une compilation de textes de prĂ©sentation de film du cinĂ©-club des derniĂšres annĂ©es, centrĂ©s sur la question de la folie, de la singularitĂ© et de l’institution psychiatrique : L’ArmĂ©e des douze singes de Terry Gilliam, Morse de Tomas Alfredson, Le Cabinet du Dr. Caligari de Robert Wiene, Rouge comme le ciel de Cristiano Bortone, Bug de William Friedkin, CrĂ©atures CĂ©lestes de Peter Jackson, La Colline a des yeux de Wes Craven, Carrie de Brian de Palma, Massacre Ă  la tronçonneuse de Tobe Hopper et The Machinist de Brad Anderson.



Article publié le 07 Juin 2020 sur Non-fides.fr