En plein cœur de la crise sanitaire, et avec la dégradation des conditions météorologiques, la préfecture s’est livrée cette semaine à une série d’expulsions sordides, avec visiblement aucune réflexion de fond sur le contexte et les situations de précarité des personnes.

Mercredi [7 octobre 2020], c’est le campement de Saint-Barthélémy qui s’est vu obligé de se déplacer. Une expulsion aux allures de coup de « comm’ », puisque les occupant-e-s du terrain, sans réelle solution proposée, n’ont eu d’autre choix que de s’installer à quelques centaines de mètres de l’endroit où les personnes ont été délogées. Pure opération de comm’ sécuritaire, donc, où l’on n’hésite pas à traiter les personnes comme des meubles, pour les déplacer plutôt que d’organiser une réponse sociale construite et à la hauteur de la situation. Pour rappel, cela fait des années que les camps expulsés se reconstituent au fil des déplacements violents de population orchestrés par les préfectures successives – les personnes ne cherchant simplement qu’à exister quelque part.

Aujourd’hui [vendredi 9 octobre], à partir de 6h du matin, une série d’expulsions a eu lieu. C’est d’abord une petite dizaine d’hommes qui ont été sortis d’un bâtiment appartenant à la mairie d’Angers du quartier de la place Ney. Vide depuis une dizaine d’années, appartenant à la mairie sur une zone qu’elle préempte depuis un certain temps, aucune médiation n’a été entamée par la municipalité, laquelle connaît plus que bien la situation de crise de l’accès au logement. Non-contente de travailler à des solutions positives pour prendre à bras le corps cette question du logement de plus en plus significative sur Angers, elle se permet, en réclamant cette expulsion, de grossir le contingent des personnes privées de logement. Pire, aucune urgence n’a pu être soulevée par la municipalité : la zone, certes l’objet d’un projet, ne connaîtra pas de travaux dans l’immédiat, puisqu’aucun permis de construire ou démolir n’a pour le moment été affiché sur les bâtiments…

L’opération de police s’est ensuite poursuivie dans le quartier de la Madeleine. Là-bas, c’est une dizaine de femmes et d’enfants qui ont été mis dehors. L’immeuble appartient à un bailleur social – Soclova – lequel ne propose pas de relogement aux personnes sur leur parc social. Les enfants, pour la majorité scolarisés, se retrouvent encore dans une situation d’hyper-précarité…

Le climat sur Angers est aujourd’hui délétère. Cette série d’expulsions a lieu, nous le rappelons, alors que les indicateurs de la COVID-19 dans le Maine-et-Loire sont, comme partout en France, en train de passer au rouge ; elle a lieu alors que les intempéries augmentent, et que le froid arrive. Avec une mairie au discours sécuritaire, poursuivant à ignorer soigneusement la situation de l’accès au logement catastrophique sur l’agglomération – et on ne parle même pas dans ce communiqué de la question du logement étudiant, avec un directeur de l’UA qui tire à son tour le signal d’alarme –, malgré une opposition qui commence à entamer un certain rapport de force ; avec la nomination d’un nouveau préfet qui, comme ses actes l’attestent, a décidé de mener une véritable guerre contre les précaires dans un contexte sanitaire et météorologique tendu ; avec des identitaires qui ne rêvent que de faire régner un climat digne des années 1930 dans notre ville : l’ambiance a de quoi inquiéter.

Et pourtant, au-delà des présupposés xénophobes et parfois diffamatoires des autorités qui emboîtent le pas des identitaires nauséabonds, toutes les personnes qui ont été expulsées aujourd’hui et jusqu’à maintenant – d’autres expulsions seraient en cours à l’heure ou nous écrivons ces lignes –, toutes les personnes, aux aveux de la police elle-même, étaient en situation régulière, et avec un droit au logement ouvert. Quelques demandeur-euse-s d’asile privé-e-s de place en CADA, des Français-es écarté des logements sociaux depuis trop longtemps, et même, un certain nombre de réfugiés qui, après avoir vécu l’instabilité politique et l’hyper-violence dans leur pays d’origine, après avoir affronté les passeurs et la Méditerrannée, après s’être battu pour leurs papiers, le plus souvent en vivant à la rue, se voient maintenant expulsés, avec leur droit bafoué, et re-confronter à une nouvelle bataille : celle de pouvoir, un jour, disposer d’un logement décent…

Quid des expulsé-e-s du jour ? Pour le moment, c’est une semaine d’hébergement en hotel qui leur a royalement été proposé. En règle générale renouvelée une ou deux fois, les personnes sont remises sans autre forme de procès à la rue. C’est contre cela que nous devons agir. Chacun-e des expulsé-e-s possédant des droits au relogement, nous exigeons qu’à la suite de leur période d’hébergement à l’hotel leur soit proposé des solutions stables : logement social ou CADA selon les profils. Nous l’exigeons doublement car les mois d’hiver sont proches, et que la COVID-19 circule a présent massivement. Si les autorités font le choix de faire vivre la vie dure aux plus fragiles d’entre nous, il est nécessaire au moins qu’elle ne les exposent pas à des enjeux de vie ou de mort. Des actions et mobilisations vont être organisées, on vous tient au courant.

UN TOIT C’EST UN DROIT

[Publié sur Indymedia-Nantes le vendredi 9 octobre 2020 par La Grande Ourse.]


Article publié le 11 Oct 2020 sur Fr.squat.net