Août 9, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Du vendredi 25 juin au lundi 20 septembre 2021, le Musée des beaux-arts de Dijon consacre une exposition au peintre André Claudot. Né à Dijon, il a peint sa Bourgogne natale mais ses œuvres représentent aussi Paris, la Provence, la Vendée et même la Chine où il a séjourné quatre ans.
L’exposition de Dijon a pour sous-titre : « la couleur et le siècle ». En effet, des couleurs éclatantes donnent vie à ses toiles dans lesquelles il a représenté, entre autres, les grands événements du XXe siècle. Anarchiste jusqu’au milieu des années 1920, son parcours politique passe ensuite par la SFIO au temps du Front populaire puis par le Parti communiste pendant et après la 2de Guerre mondiale. Cependant il était avant tout pacifiste et à la fin de sa vie il se considérait encore comme « progressiste anarchisant ».

André Claudot naît à Dijon en 1892 dans une famille de luthiers. Il suit des cours à l’École des beaux-arts de Dijon de 1905 à 1909 puis obtient une bourse pour l’École des arts décoratifs de Paris mais n’y reste que trois mois car l’enseignement dispensé ne lui convient pas du tout. Ses toiles (paysages bourguignons, scènes des Halles et de la Zone à Paris) sont exposées dans plusieurs lieux de Dijon. Il fréquente des anarchistes à Dijon (François Monod) puis à Paris (André Vallet, Rirette Maîtrejean, Pierre Martin, Léo Poldès).

Le Libertaire, 30 septembre 1911, p. 1. Collection de la BNF. ©BNF ©RetroNews

Il publie son premier dessin dans Le Libertaire en 1911, puis collaborera à ce journal jusqu’en 1923 avec plus de 50 cinquante dessins titrés et légendés. Ayant des opinions antimilitaristes, il est inscrit au Carnet B de la préfecture. Il fait quelques mois de service militaire en 1913 avant d’être temporairement réformé mais il est de nouveau incorporé en octobre 1914. Il va connaître le front d’Artois, la bataille de Verdun et celle de la Somme puis le front des Balkans. Pendant la guerre, il a réalisé des centaines de dessins aujourd’hui disparus. Une partie aurait été donnée à un groupe anarchiste de Saint-Étienne. Son dossier militaire ne mentionne aucune citation, ni aucune blessure, il a donc dû faire tout son possible pour ne pas s’exposer.

Après la guerre, outre Le Libertaire, il collabore à Clarté, aux Crucifiés, aux Hommes du jour, à La Jeunesse anarchiste, au Raffut, à La Revue anarchiste… Les thèmes de ses dessins sont l’antimilitarisme, l’anticléricalisme, l’anticapitalisme, l’anticolonialisme…

En 1926, Claudot part pour la Chine avec son épouse Suzanne. C’est le peintre Lin Fengmian, proche des libertaires, qui lui a trouvé un poste d’enseignant de peinture et de dessin à Pékin puis à Hangzhou. Dans un contexte difficile (guerre civile, chasse aux communistes), il soutient ses étudiants qui veulent dénoncer les injustices sociales. Il peint de nombreuses toiles sur la vie quotidienne. Il revient de Chine en 1930 et se réinstalle dans son atelier de La Ruche à Paris, sorte de phalanstère d’artistes.

Avant, pendant et après son séjour en Chine, il expose dans divers salons et galeries : Salon d’automne, Salon de la société L’Essor (Dijon), Salon des Indépendants, Salon des Tuileries… Parmi ses proches, se trouvent des peintres et graveurs libertaires : Jean Lébédeff, Paul-Émile Pissarro, Maximilien Luce, Louis Moreau, Germain Delatousche.

À partir de 1935, André Claudot est de retour à Dijon où il obtient un poste de professeur de peinture et de dessin. Antifasciste, il soutient l’Espagne républicaine en peignant le Portrait de la fillette Carmita, portrait d’une petite réfugiée. Il donne aussi une aquarelle pour soutenir les orphelins de la colonie anarchiste de Llançà en Catalogne. Il est révoqué de son poste en 1941 en tant que franc-maçon mais aussi sous l’accusation d’« insuffisance professionnelle ». Pour survivre, il donne des cours particuliers. Sa participation à la Résistance n’est pas négligeable. Il dessine et imprime des tracts. Il ne retrouve pas son poste de professeur à la Libération, sans doute à cause de sa proximité avec les communistes. De même, il est expulsé de la société artistique L’Essor.

Adhérent au Parti communiste, il est aussi membre de ses organisations satellites : France-URSS, mouvement de la Paix, Secours populaire… Ses toiles dénoncent le franquisme, la torture en Algérie, la guerre au Vietnam.

Hors du département de la Côte-d’Or, le PC n’a pas fait grand-chose pour mettre son œuvre en valeur. Il faut dire qu’André Claudot n’appréciait ni Pablo Picasso, ni Louis Aragon. Sa rencontre avec le réalisateur Bernard Baissat va un peu le faire sortir de l’oubli. En 1978, sort le film documentaire Écoutez Claudot, dans lequel est présent l’historien de l’anarchisme Jean Maitron. Le film est refusé par la télévision française mais est présenté dans des festivals et dans diverses salles de cinéma.

André Claudot décède en juin 1982 chez des amis qui l’avaient hébergé dans un village de Haute-Saône. Quelques mois auparavant, le Musée de Dijon lui avait rendu hommage en exposant soixante de ses œuvres de 1914 à 1980.

Felip Équy

À voir :
Jusqu’au lundi 20.09.2021, l’exposition Claudot est présentée au Musée des beaux-arts, rue Vaillant, 21000 Dijon, tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h30.

À lire :
André Claudot, 1892-1982 : la couleur et le siècle : catalogue d’exposition, Musée des beaux-arts, Dijon, du 25.06 au 2009.2021. In fine : Musée des beaux-arts de Dijon, 2021. 224 pages. 35 euros.

À voir :
Écoutez Claudot réalisé par Bernard Baissat. 1978. 52 mn.

André Claudot réalisé par Bernard Baissat. 1979. 60 mn.




Source: Monde-libertaire.fr