DĂ©cembre 2, 2019
Par Le Monde Libertaire
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Petite route de la France rurale comme on en voit sur les cartes postales, Stanislas fonce.
Stanislas a toujours foncé. Stanislas est un fonceur. Le malus écologique de son monstre sur gommes ? Vite compensé par le sentiment de supériorité que lui confÚre la possession de 300 bourrins suralimentés. Petite glissade vite rattrapée, ABS pour éviter un couple de gallinacées imprudentes
 Stanislas ralentit toujours pour les poules, pas envie de retrouver des plumes dans un étrier de frein

Stanislas revient d’un sĂ©minaire pour jeunes requins aux dents longues. Stanislas est vĂ©nĂšre : Jean-Ba, de l’antenne de Grenoble, qui s’est cru obligĂ© de dĂ©barquer au volant d’une allemande de la pointure d’en dessus. Frimeur !…
Devant, une voiture de « sans dents » qui doit jouer Ă  cache-cache avec les contrĂŽles techniques. Vite doublĂ©e, vite oubliĂ©e
 Stanislas fonce. Stanislas est un gagnant, Stanislas est un battant, Stanislas a choisi Macron

Au séminaire, on a beaucoup parlé investissements à faire sur tel ou tel candidat.

Faire attention, petite descente au revĂȘtement suspect.

Les Ponts et ChaussĂ©es, un corps mis en place au temps de Louis XV. Devaient s’occuper des ponts et des routes, normal.
Au 19e siĂšcle, le 21 mai 1836 plus prĂ©cisĂ©ment, une loi organique leur enlĂšve un peu de leur monopole en donnant aux communes l’entretien des chemins vicinaux grĂące Ă  des recettes fiscales et aux dĂ©partements les chemins vicinaux de grande communication, reliant plusieurs communes (ancĂȘtres des dĂ©partementales).
Il faudra attendre 1937 et le gouvernement de LĂ©on Blum pour voir naĂźtre une Direction des routes.
Ensuite ? Les DDE sont crĂ©Ă©es en 1967 et remplacent les Ponts et ChaussĂ©es. Et aprĂšs, la dĂ©centralisation de 1982 avec le passage des DDE sous la tutelle des Conseils GĂ©nĂ©raux (bien que les DDE et leur personnel restent sous statut d’État) qui devront – avec les communes concernĂ©es – financer les travaux.
Ensuite ? Petit Ă  petit, l’État va retirer ses pions pour les 375 000 km de routes nationales d’intĂ©rĂȘt local (RNIL) qui sont refilĂ©es aux dĂ©partements alors que les Nationales importantes sont confiĂ©es Ă  des Directions InterdĂ©partementales des routes.
Ensuite ? EN 2011, la France « cocoriconne » en tĂȘte devant 139 autres pays pour la qualitĂ© de ses routes. En 2015, en six ans, elle Ă©tait tombĂ©e Ă  la 7e place malgrĂ© le lobbying des transporteurs routiers qui ne sont pas prĂȘts Ă  se mettre au ferroutage


Stanislas l’aime pourtant bien, cette France profonde avec ses
 il les appelait comment dĂ©jĂ , Nicolas ?…

DĂ©jeuner avec la rĂ©daction de l’Agence France-Presse, le mardi 18 octobre : “Mon Ă©lectorat est populaire, ce sont des ploucs.

Stanislas est un urbain gavĂ© aux particules fines, il ne supporte pas l’odeur du fumier malgrĂ© le milieu qu’il frĂ©quente. Vite, fenĂȘtres fermĂ©es. Dans son bolide, Stanislas est Ă  l’abri de tout ou presque


Sur le siĂšge passager, une liasse d’enveloppes au logo de sa firme, de sa frime. On ne se fait pas de pactole sans casser des emplois : convocations individuelles en vue d’un licenciement Ă©conomique.
Sur ce coup, Stanislas a battu Jean-Ba : 77 Ă  43
 Stanislas fĂȘterait bien cela d’une rasade de whisky mais il y a encore trop de gendarmes.
Par contre, pour ses enveloppes à poster, pas le moindre bureau à l’enseigne jaune dans le secteur


« Ça eut postĂ©, mais ça poste plus ! » dirait un dĂ©cideur de la Poste Ă  la Fernand Raynaud
Le volume du courrier a diminuĂ© de 31 % depuis 2008. La Poste rĂ©flĂ©chit Ă  supprimer plusieurs milliers de ses implantations dans des villes moyennes, d’ici Ă  2020 : 7 000 des 17 000 points de contact actuels pourraient fermer.
C’est en 1830 que dĂ©bute la distribution du courrier dans toute la France par les facteurs ruraux. Dans un premier temps, tous les deux jours, elle devient quotidienne dĂšs 1832.
En 1848, le mĂȘme tarif est appliquĂ© sur toute la mĂ©tropole
 Service public !…
1879, crĂ©ation du MinistĂšre des Postes rĂ©unissant les Postes et les TĂ©lĂ©graphes
 En associant ainsi – au sein d’une mĂȘme structure – le courrier papier Ă  acheminement physique coĂ»teux au courrier tĂ©lĂ©graphiĂ© moins onĂ©reux puis au tĂ©lĂ©phone encore plus rentable ; le service public « PTT » s’en sortait sans trop de soucis.
AprÚs la deuxiÚme boucherie, les PTT traßnent les pieds face à une modernisation semble-t-il nécessaire.
DĂ©but des annĂ©es 70, c’est le dĂ©but de l’automatisation du tri du courrier. La poste a besoin de fric
 De son cĂŽtĂ©, le tĂ©lĂ©phone a besoin de sortir du « 22 Ă  AsniĂšres » avec ses standardistes. LĂ  aussi, modernisation est synonyme de gros besoins financiers
Le service public lorgne vers les fonds privĂ©s

1990, 2e cohabitation, les PTT se scindent en deux entreprises distinctes donc concurrentes : La Poste et France TĂ©lĂ©com. Le courrier papier va commencer Ă  souffrir sachant que l’acheminement d’une lettre revient effectivement Ă  4 fois le prix du timbre

1991 La Poste devient un exploitant autonome de droit public.
Fin 2004, l’État retire une partie de ses pions de France TĂ©lĂ©com, histoire de passer en dessous des 50%. France TĂ©lĂ©com devient alors une entreprise privĂ©e. Adieu le service public


La route étire ses méandres au milieu des prés et des fermes. Stanislas fonce. Stanislas a toujours foncé. Stanislas est un fonceur


Sur le tableau de bord de son monstre, un voyant indique une chute de pression du pneu arriÚre gauche. Stanislas jure. Changer un pneu sur une route nappée de bouses et de lisier. Maudits paysans !
Justement, un ga’s du coin est lĂ , sur le talus. La vue du jeune en costard qui fait des pointes pour Ă©viter de trop salir ses escarpins de luxe le fait sourire.
« Ça crĂšve aussi ces pompes Ă  fric ? »
Stanislas ne répond pas et continue à danser sur la route.
« Bon, manifestement vous ĂȘtes dans la merde
 »
Toujours savoureux de voir un jeune loup dans la panade

« Allez, arrĂȘtez de stresser, on va s’occuper de votre carrosse
 Servispublix ! »

Ni une ni deux et surtout pas trois, arrive un petit cochon en couinant joyeusement.
« Servispublix. Va t’occuper de la voiture du seigneur! »

Le goret dévale le talus en tressautant. Pas simple de courir avec une jambe de bois à la place de la patte arriÚre


Stanislas n’a rien d’autre Ă  faire que de
 Pas de rĂ©seau. Zone blanche


Servispublix desserre les boulons avec les dents, file chercher le cric, joue de la manivelle, enlÚve la roue souffreteuse vite remplacée par sa collÚgue de secours

« Tu vas la laver dans l’abreuvoir avant de la remettre en place
 »

Le petit porcin file en claudiquant, fait faire trempette Ă  la roue, se dĂ©brouille pour la porter sur sa tronche puis revient « tap, tap, tap toc ! » jusqu’au coffre, y range la roue, file laver le cric, le range Ă  son tour et tout ça en poussant des petits couinements joyeux.

« Tap, tap, tap, toc, crouic, crouic ! »
Stanislas regarde la petite queue en tire-bouchon qui s’éloigne.

Un cochon avec une jambe de bois


« Il est fabuleux votre cochon, super bien dressé  La jambe de bois, un accident ? »
Le ga’s descend enfin de son talus histoire de voir le monstre mĂ©canique de plus prĂšs

« Ben
 Il est tellement utile ce pauvre Servispublix
 On va pas le manger en une fois
 »

(NDLA) Le cochon est un animal trùs sympathique. Il n’est absolument pas question, dans cet article, de me moquer des services publics, bien au contraire.




Source: Monde-libertaire.fr