Mai 15, 2022
Par CNT-AIT
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Un appel Ă  un groupe de rĂ©flexion a Ă©tĂ© lancĂ© dans l’AIT (Association Internationale des Travailleurs) sur la question de l’approche anarchosyndicaliste vis-Ă -vis du problĂšme du changement climatique. Je vous propose ici l’état de ma rĂ©flexion personnelle, mais qui s’est nourris des Ă©changes, des dĂ©bats et des expĂ©riences de lutte que nous avons avec les compagnons de la CNT-AIT en France.

Depuis plus de 30 ans, nous avons Ă©tĂ© impliquĂ©s – comme de nombreuses sections de l’AIT – dans des luttes Ă©cologiques liĂ©s Ă  la crise climatique prĂ©sente et Ă  venir. Notre implication dans ces luttes s’est toujours faite selon une approche double : aborder le problĂšme environnemental dans son contexte global (capitalisme, Etat) mais aussi aborder une autre pratique organisationnelle, plus horizontale, Ă  travers des assemblĂ©es populaires


Nous avons participĂ© Ă  de nombreux mouvements (antinuclĂ©aire, contre les usines pĂ©trochimiques, 
) Ă  diffĂ©rentes « ZAD Â» (Zones Ă  dĂ©fendre, occupation d’espaces naturels contre chantiers : Vingrau, Somport, Sivens, 
), la plus rĂ©cente Ă©tait une lutte contre un barrage local. Cette lutte est assez similaire Ă  notre comprĂ©hension de la lutte que les compagnons de l’ASI de Serbie soutiennent contre les micro-centrales hydroĂ©lectriques.

Pour rĂ©pondre Ă  la question sur l’action anarchosyndicaliste Ă  la crise climatique, il me semble d’abord nĂ©cessaire de dĂ©velopper une meilleure comprĂ©hension de ce qu’est la crise climatique, d’oĂč vient-elle, quelles en sont les causes et les consĂ©quences. Ainsi, l’une des activitĂ©s auxquelles nous avons participĂ© a Ă©tĂ© d’introduire un dĂ©bat entre nos membres et amis sur la crise et sa signification. Dans ces Ă©changes, nous avons parlĂ© des technologies modernes et de la science. Dans l’opinion publique, il existe une opinion commune selon laquelle – pour rĂ©soudre la crise – il faut s’appuyer totalement sur les scientifiques et la technologie moderne – ce qui pourrait conduire Ă  la dictature des experts et des techniciens. D’autres – Ă©tiquetĂ©s comme « anti-industriels » – pensent au contraire qu’il faut brĂ»ler toute civilisation.

À ce stade de notre rĂ©flexion collective, nous sommes entre ces deux pĂŽles : pour un usage limitĂ© et sobre des technologies. Les assemblĂ©es territoriales devraient dĂ©cider quels sont leurs besoins et comment produire, cela signifie donc quelle technologie est acceptable ou non acceptable. Cette question technologique a aussi un impact sur le travail et l’organisation du travail (automatisation, intelligence artificielle, ubĂ©risation) alors en tant qu’anarchosydicalistes nous devrions Ă©changer lĂ -dessus, et nous cherchons Ă  avoir l’avis des autres sections de l’AIT sur ce sujet.

Ensuite, sur la façon d’agir concrĂštement contre la crise climatique, il me semble qu’il y a deux niveaux : Au niveau mondial, nous ne voyons pas d’autre issue que de faire la rĂ©volution, dĂ©truire le capitalisme et au lieu de cela dĂ©velopper un rĂ©seau auto-organisĂ© de fĂ©dĂ©rations. Mais c’est un objectif Ă  long terme certainement


Certaines manifestations et marches ont Ă©tĂ© organisĂ©es en France pour alerter sur la crise climatique et pour demander au gouvernement d’agir, sur la base de rapports scientifiques. Ces marches Ă©taient souvent organisĂ©es par des groupes tels que « extinction rĂ©bellion Â», pour nommer le plus mĂ©diatique. Nous sommes assez mĂ©fiants envers ce groupe, et assez mĂ©fiants envers sa mĂ©thodologie et ses formulations. Ils ne se plaignent pas du capitalisme (ils critiquent plutĂŽt le nĂ©olibĂ©ralisme). Ils demandent au gouvernement d’agir (alors que nous voulons dĂ©truire le gouvernement). À notre avis, leur appel Ă  une solution scientifique est souvent un appel au « capitalisme vert ».

Par exemple, l’un de nos membres travaille pour une entreprise dont une filiale dĂ©veloppe de la « viande vĂ©gan Â» (de culture). Cette entreprise soutient discrĂštement le mouvement vĂ©gan, car cela aide l’entreprise Ă  crĂ©er et Ă  Ă©tendre le marchĂ© de leur futur produit. Aussi, tout le discours scientifique actuel sur « l’agriculture de prĂ©cision pour faire face Ă  la crise climatique » est en fait officiellement soutenu par toutes les grandes entreprises et multinationales agroalimentaires
 Aussi, appeler Ă  remettre le pouvoir de dĂ©cision entre les mains des experts scientifiques et techniques, c’est prendre le pouvoir de dĂ©cision des mains de la population et le mettre entre les mains d’experts et in fine de grandes entreprises
 Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas Ă©couter la science ou les scientifiques. Mais la science n’est pas neutre, elle est toujours au service d’une politique dĂ©terminĂ©e. Donc la politique – l’idĂ©ologie si vous prĂ©fĂ©rez – vient toujours en premier. La science devrait donner des Ă©lĂ©ments d’apprĂ©ciations aux assemblĂ©es populaires locales, qui devraient avoir la capacitĂ© de dĂ©cision, et non au gouvernement ou Ă  l’État.

Pour le moment, nous n’avons pas dĂ©cidĂ© de rejoindre ces marches climatiques, car nous sommes occupĂ©s par d’autres sujets tels que le mouvement des gilets jaunes. Mais ce qui est intĂ©ressant, c’est que le mouvement des Gilets Jaunes a lui-mĂȘme fait la jonction avec la question de la crise climatique : Le mouvement des gilets jaunes a Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ© par la question de la taxe sur les carburants. Les gens qui ont du mal Ă  survivre jusqu’à la fin du mois avec leur bas salaire voulaient que le prix du carburant baisse.

Le gouvernement, les politiciens conservateurs MAIS AUSSI LES ÉCOLOGISTES (Parti Vert EELV) s’en sont pris aux mouvements des Gilets Jaunes, disant qu’ils Ă©taient Ă©goĂŻstes, qu’ils ne pensaient pas Ă  l’environnement, que les gilets jaunes voulaient seulement avoir le droit de polluer plus en utilisant leurs voitures
 La rĂ©action des gilets jaunes fut trĂšs intĂ©ressante : cette question a Ă©tĂ© dĂ©battue dans de nombreuses assemblĂ©es locales (les rond-points occupĂ©s). Une rĂ©ponse convergente a alors Ă©mergĂ©e de ces dĂ©bats, sans que ce soit forcĂ©ment coordonnĂ©. Cette rĂ©ponse a Ă©tĂ© dĂ©battue et finalement adoptĂ©e par la plupart des ronds-points et est devenue l’expression commune du mouvement : si les Gilets jaunes conduisent leur voiture pour aller au travail, Ă  l’école, au supermarchĂ©, ce n’est pas par libre choix, mais parce que l’organisation de la sociĂ©tĂ© les y a contraints. Ils prĂ©fĂ©reraient vivre dans des quartiers bourgeois riches, aller Ă  leur travail Ă  vĂ©lo ou rester chez eux pour travailler avec leur ordinateur, acheter et manger des produits bio
 Mais ils n’ont pas le choix Ă  cause de la division du travail et du systĂšme de classe. Alors les Gilets jaunes ont dit que les deux problĂšmes (comment survivre jusqu’à la fin du mois, comment survivre jusqu’à la fin du monde) sont liĂ©s. ProblĂšme social et problĂšmes Ă©cologiques sont liĂ©s. Nous devons donc changer notre sociĂ©tĂ© dans son ensemble.

Il est intĂ©ressant de voir que la rĂ©volte de 2019 Équateur a Ă©tĂ© similaire, dans son dĂ©clenchement et ses conclusions. D’aprĂšs les compagnons anarchistes Ă©quatoriens avec qui nous avons Ă©changĂ©. C’est Ă©galement la question du prix du carburant qui a mis le feu aux poudres. Les Ă©cologistes (urbains) ont Ă©galement reprochĂ© aux Ă©meutiers de demander le droit de dĂ©truire davantage MĂšre Nature
 Et les assemblĂ©es locales – aussi bien urbaines qu’indiennes – ont rĂ©pondu qu’au contraire elles veulent juste avoir la possibilitĂ© de vivre dignement, dans un environnement prĂ©servĂ©, et que c’est l’organisation de l’économie qui dĂ©truit Ă  la fois leur vie et leur environnement naturel.

Pendant le mouvement des Gilets jaunes (comme en Equateur) un rĂ©seau de solidaritĂ© a Ă©mergĂ©, pour fournir de la nourriture, partager des biens et des services. TrĂšs souvent, les gens ont pris en considĂ©ration la question climatique (partager les transports pour diminuer la pollution par exemple). Bien sĂ»r, cela a Ă©tĂ© Ă  petite Ă©chelle et dans un temps limitĂ©, mais cela montre que les gens ont la pleine capacitĂ© de comprendre le problĂšme et d’agir, ils n’ont pas besoin d’un expert pour leur dire quoi faire ou non.

Nous pensons que cet exemple nous montre que la mĂ©thodologie anarchosyndicaliste des assemblĂ©es populaires, est tout Ă  fait valable pour la prise de conscience comme pour l’action.

Un autre problĂšme que nous voyons avec des groupes comme Extinction Rebellion, mais aussi avec certains faux insurgĂ©s (comme le groupe « Tiqqun / Appel – the coming insurrection Â») qui sont trĂšs prĂ©sents dans ces marches climatiques ou ZAD, est la confusion qu’ils font sur le terme  Â» action directe Â». Ils confondent l’action directe rĂ©elle (qui est l’action sans reprĂ©sentant, par les premiers concernĂ©s) avec « l’action spectaculaire » (qu’elle soit violente ou qu’elle soit mĂ©diatique). En fait, tous les deux veulent diriger le mouvement dont ils s’érigeraient en reprĂ©sentants mĂ©diatiques. Ce ne sont que les deux faces d’une mĂȘme piĂšce. Et nous avons dĂ» les affronter dans le passĂ© dans certaines luttes.

CONCLUSION :

Je pense que les anarchosyndicalistes, et singuliĂšrement l’AIT Ă  travers ses sections, pourrait jouer un rĂŽle en Ă©tant un rĂ©seau d’échange d’informations, d’analyses et d’opinions thĂ©oriques, mais aussi sur les luttes locales auxquelles nous participons. Les sections devraient ĂȘtre encouragĂ©es si possible Ă  traduire davantage leurs documents et Ă  les partager directement avec les autres sections (ceci est valable, pas seulement sur cette question en fait
). Ces Ă©changes peuvent crĂ©er une Ă©mulation et une coordination entre les sections sur la question climatique comme sur les autres.

 Une compagne de la CNT-AIT (France)

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Source: Cnt-ait.info