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L’affaire Tarnac, le grand fiasco de l’antiterrorisme français instrumentalisé à des fins politique, pourrait bien se reproduire avec l’inculpation de 7 personnes soupçonnées d’association en vue d’un attentat.

Le 8 décembre 2020, sept personnes sont arrêtées à Toulouse, Rennes, en Dordogne et dans le Val-de-Marne, soupçonnées de préparer des attaques. Aujourd’hui, cinq sont toujours détenues, officiellement pour «  association de malfaiteurs à caractère terroriste  », dans un dossier qui commence à rappeler les meilleurs ratés de l’antiterrorisme français. Dans la foulée des arrestations, de nombreux articles reprennent, sans s’embarrasser de détails, le vocabulaire de l’État qui parle de groupe d’«  ultragauche  ». Au fil des mois, le profil des inculpé·es s’affine, et la maigreur du dossier devient plus apparente. F., désigné comme «  leader  » par l’instruction, aurait comme principal tort d’être parti combattre Daech au sein des milices kurdes YPG.

Dans une tribune, le Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava (CCFR) lui apporte son soutien et s’étonne  : «  En rentrant chez nous, nous ne nous attendions pas à recevoir la Légion d’honneur […] mais nous ne pouvions pas imaginer que nous serions désignés comme des ennemis de l’intérieur et traités à l’égal des djihadistes que nous avions combattus.  » F. est vraisemblablement le seul point commun entre plusieurs autres inculpé·es, distant·es géographiquement, et ne se connaissant pas entre eux pour la plupart.

La seule base commune de leurs arrestations semble donc être leurs relations, leurs lectures et leurs idées politiques, plusieurs prévenu·es ayant été interrogé·es sur ce point lors de leurs gardes à vue. L’un d’eux, artificier à Eurodisney, se verra questionné sur l’évocation d’explosifs lors de conversations téléphoniques, autre signe de l’amateurisme de l’instruction, voire sa construction purement politique.

Qui terrorise qui ?

En effet, alors que le gouvernement agite le spectre du «  séparatisme  » tout en faisant les yeux doux à l’extrême droite, le manque d’incarnation d’une «  menace d’ultragauche  » commençait à se faire sentir. Toutes ces caractéristiques ne sont pas sans rappeler l’affaire Tarnac, qui s’est soldée par une relaxe générale après douze ans de procédure. Passé les premières gardes à vue, cinq personnes sont encore détenues en Île-de-France dans le cadre de cette enquête.

Traités sous le régime des détenus particulièrement signalés (DPS), à cause du caractère «  antiterroriste  » de l’instruction, ils ont d’abord connu trois à quatre semaines d’isolement total, sans courrier ni téléphone, et leur avocat comme seul contact avec l’extérieur. Ces derniers mois, des tribunes de soutien ont commencé à se multiplier.

Les proches des «  inculpé·es du 8 décembre  » ont créé des comités de soutien, notamment à Rennes, Toulouse et Paris. Ils cherchent à faire parler de l’affaire et à créer des solidarités, notamment via une cagnotte solidaire pour permettre aux prévenus de payer leurs frais d’avocat et de cantiner. Leur site s’ouvre sur cette question qui semble avoir toute sa pertinence devant la réalité de cette affaire  : qui terrorise qui  ?

N. Bartosek (UCL Haute-Savoie)




Source: Unioncommunistelibertaire.org