Novembre 16, 2020
Par Tumult
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« Tirer le premier, le plus vite, est une vertu du Far West qui peut ĂȘtre utile Ă  certains moments, mais il faut savoir utiliser sa tĂȘte avant, et utiliser sa tĂȘte signifie avoir un projet. L’anarchiste ne peut pas se contenter d’ĂȘtre un rebelle, il est un rebelle muni d’un projet. Il Va Donc devoir unir le cƓur et le courage Ă  la connaissance et l’ingĂ©niositĂ© de l’action. Ses dĂ©cisions seront Ă©clairĂ©es par le feu de la destruction, et alimentĂ©es dans le foyer permanent de l’analyse critique. Â»

Certains mythes qui continuent Ă  hanter les rĂ©volutionnaires, doivent ĂȘtre dĂ©molis de toute urgence si nous ne voulons pas nous contenter de simplement chĂ©rir l’idĂ©e de la libertĂ©. Ne craindre ni les ruines, ni le bouleversement total de l’existant, ne pas nous leurrer dans l’attente d’une prise de conscience gĂ©nĂ©ralisĂ©e ou d’une participation Ă  des luttes enfermĂ©es dans la logique du pouvoir. C’est lĂ  que surgit la question de l’insurrection.

[RĂ©Ă©dition de « Qui a peur de l’insurrection?« , ed. Tumult, 2012, Ă©puisĂ©]

mars 2020
176 pages – 4 euros

Voici l’avant-propos de l’éditeur

AVANT-PROPOS

Certes, la force subversive des dĂ©sirs et des rĂȘves ne peut pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©e. Personne ne peut souhaiter le bouleversement total de ce monde d’exploitation et de domination, simplement parce qu’il a faim. L’ĂȘtre humain et la libertĂ© sont des choses bien plus complexes, qui ne peuvent se rĂ©duire Ă  des questions d’estomac. Mais certains de ces mythes soutenus et nourris par l’histoire rĂ©volutionnaire, doivent ĂȘtre dĂ©molis de toute urgence si nous ne voulons pas nous contenter de chĂ©rir ces dĂ©sirs, si nous voulons vraiment dĂ©truire l’existant. Ne craindre ni les ruines, ni la rĂ©volution sociale, ne pas nous leurrer dans l’attente d’une prise de conscience gĂ©nĂ©ralisĂ©e ou la participation Ă  des luttes enfermĂ©es dans la logique du pouvoir. C’est lĂ  que surgit la question de l’insurrection : ces tentatives d’attaque contre le pouvoir, qui ne correspondent pas, pour autant, aux caractĂ©ristiques d’une vĂ©ritable rĂ©volution sociale. Car attendre le « Grand Soir », attendre l’organisation des masses exploitĂ©es, attendre que la classe entiĂšre prenne conscience d’elle-mĂȘme, nous Ă©loigne plus que jamais de vĂ©ritables perspectives pour lutter et attaquer.
Il n’est pas question ici, de prĂ©tendre qu’un certain nombre d’insurrections suffiraient Ă  provoquer la grande subversion des rapports sociaux qu’est la rĂ©volution sociale ; l’histoire ne fonctionne pas avec des schĂ©mas additifs et une progression linĂ©aire. Par contre, sans ruptures violentes, sans interruptions brutales de la reproduction des rĂŽles sociaux de la domination, aucune transformation sociale n’est envisageable. Il s’agit alors de chercher, de comprendre et d’agir sur les terrains et dans les contextes qui nous permettent d’entrevoir la possibilitĂ© de telles ruptures. Il faut plus que de la bonne volontĂ© ou de l’enthousiasme pour se prĂ©parer Ă  l’insurrection, pour prĂ©parer l’insurrection. La question est complexe, sans cesse renouvelĂ©e, jamais rĂ©solue. Il s’agit d’apprĂ©hender un ensemble d’idĂ©es Ă  approfondir, d’analyses Ă  Ă©tendre, de mĂ©thodes Ă  affiner ; bref, c’est une question de projectualitĂ©.
L’image idyllique et romantique de l’insurrection avec ses barricades, son peuple en armes, ses drapeaux et son ciel sans nuages relĂšve bien sĂ»r de ces mythes qu’il nous faut dĂ©molir. Les choses ne sont pas comme ça et ne le seront sans doute jamais plus. La conflictualitĂ© sociale est aujourd’hui confuse, mais parfois furieuse ; dĂ©sespĂ©rĂ©e, mais parfois trĂšs destructrice ; diffuse, mais rattrapĂ©e en permanence par l’aliĂ©nation. Mais, c’est dans ce contexte, dans cet environnement toujours plus empoisonnĂ©, contrĂŽlĂ© et structurĂ© par la domination et ses technologies, c’est avec cette population toujours plus aliĂ©nĂ©e et mutilĂ©e, toujours plus dĂ©munie de moyens d’expressions et de dialogue, qu’il nous faut Ă©laborer ces projectualitĂ©s insurrectionnelles. Et cela, sans aucune garantie de succĂšs.
Mais chaque tentative a des consĂ©quences qui vont bien au-delĂ  du visible et palpable. Il ne s’agit pas d’entretenir un nouveau mythe, mais de promouvoir les expĂ©riences d’auto-organisation et d’attaque des individus qui s’insurgent contre le pouvoir, au-delĂ  du temps et de l’espace de la domination — dans le cƓur, le corps et le cerveau des gens. Seules ces expĂ©riences-lĂ  nous permettent d’espĂ©rer — ou mieux, de rendre possible — la pratique de la libertĂ©.
Le projet insurrectionnel nous invite Ă  nous dĂ©barrasser de l’un de ces grands mythes, qui rĂ©duirait la transformation sociale Ă  une question quantitative. Le nombre suffirait Ă  changer les choses et Ă  transformer les rapports sociaux, la subversion serait une simple question de statistiques d’adhĂ©rents ou de dĂ©gĂąts occasionnĂ©s. Non, les choses ne sont pas comme cela, et elles ne l’ont jamais Ă©tĂ©. L’action rĂ©volutionnaire se situe dans un autre champ, celui de la qualitĂ© ; il s’agit de tendre vers des ruptures insurrectionnelles, qui feront surgir et pĂ©nĂ©trer cette qualitĂ© dans la rĂ©alitĂ© de la domination. La critique explicite de la logique quantitative ne revient pas Ă  prĂ©tendre que l’insurrection ne saurait ĂȘtre l’Ɠuvre que de quelques poignĂ©es de rĂ©volutionnaires illuminĂ©s ; mais l’insurrection ne peut pas ĂȘtre envisagĂ©e comme un jeu de comptables, l’action minoritaire y joue un rĂŽle dĂ©terminant. C’est pour cela aussi qu’aujourd’hui, les quelques poignĂ©es de rĂ©volutionnaires que nous sommes peuvent y rĂ©flĂ©chir, s’y prĂ©parer et y contribuer.

* * *

ThĂ©orie et pratique ne peuvent pas ĂȘtre sĂ©parĂ©es, elles se confondent, s’influencent et se nourrissent rĂ©ciproquement. Car la thĂ©orie ne peut pas avoir comme seul but de dĂ©crire la rĂ©alitĂ©, elle doit aussi ĂȘtre capable d’en tirer des perspectives, mĂȘme provisoires et toujours incomplĂštes. Une perspective rĂ©volutionnaire ne peut jamais se rĂ©sumer au simple rĂ©sultat d’une somme de suppositions et de constats thĂ©oriques, elle rassemble toujours l’idĂ©e et l’action dans un ensemble plus ou moins cohĂ©rent. Les textes rĂ©unis dans ce livre sont nĂ©s justement de cette interaction. Il ne s’agit ni de modĂšles pour le futur, ni de recettes applicables Ă  n’importe quelle situation, mais surtout de suggestions mĂ©thodologiques pour des compagnons qui veulent intervenir et contribuer Ă  des ruptures insurrectionnelles. Le terme souvent vilipendĂ© d’ « insurrectionalisme » renvoie donc tout simplement vers l’arsenal mĂ©thodologique dont disposent les anarchistes aujourd’hui pour contribuer Ă  la crĂ©ation de conditions qui rendent l’insurrection possible. Les textes proposĂ©s ici constituent ainsi les fragments d’une recherche incessante s’efforçant d’analyser, de proposer, de critiquer cet arsenal. Cette recherche ne saurait se contenter ni de ce qui est, ni de rĂ©flexions thĂ©oriques dĂ©jĂ  formulĂ©es, ni mĂȘme d’expĂ©riences rĂ©alisĂ©es, elle doit continuer.
Les rĂ©flexions sur les mĂ©thodologies insurrectionnelles ne peuvent pas ĂȘtre sĂ©parĂ©es de l’élaboration d’un projet. Par projet, nous entendons l’ensemble toujours provisoire d’idĂ©es, d’analyses et de mĂ©thodes qui ciblent, qui sont projetĂ©s vers l’avenir. On ne peut certes pas prĂ©tendre que tous les anarchistes ont nĂ©cessairement un projet. Au contraire, les compagnons qui cherchent Ă  Ă©laborer un projet sont souvent une trĂšs petite minoritĂ©. Mais selon nous, c’est justement dans le projet que le faire peut devenir agir. L’élaboration et le dĂ©veloppement d’un projet de lutte permet d’aller bien plus loin que la simple proclamation de notre anarchisme et les ondulations sur les vagues de la conflictualitĂ© sociale. Dire et expliquer que nous sommes anarchistes, que nous pensons ceci et cela sur tout et n’importe quoi ; se rĂ©unir dans un quelconque local, publier notre journal et assouvir notre indignation et notre colĂšre de temps Ă  autres sur une quelconque cible choisie au hasard, est trĂšs beau et peut-ĂȘtre parfois mĂȘme agrĂ©able. Mais le dĂ©veloppement de perspectives rĂ©volutionnaires et insurrectionnelles exige bien d’autres choses. Ces perspectives, aujourd’hui indispensables, ne peuvent naĂźtre que de projets de lutte, d’initiatives, si modestes qu’elles soient, qui cherchent Ă  agir de façon cohĂ©rente sur la rĂ©alitĂ© de la domination.
On peut comprendre les rĂ©ticences rĂ©currentes face Ă  de telles questions. De fait, nombre d’entre nous aimeraient que notre existence mĂȘme, notre anarchisme, suffise, par la voie de l’exemple et de la prise de conscience, Ă  subvertir les rapports de la domination. Lorsque les exploitĂ©s ne nous « suivent » pas, nous voilĂ  déçus Ă  en devenir cyniques ; et si une partie d’entre eux s’enflamme, il nous est difficile de nous reconnaĂźtre dans leurs motivations supposĂ©es et nous nous sentons dĂ©munis face aux possibilitĂ©s. Les rĂ©flexions proposĂ©es dans ce livre pourraient offrir quelques pistes pour sortir de ces impasses. Trouver des bases plus solides pour affronter la domination, mettre sur pied un projet de lutte, prendre l’initiative, mĂȘme si les conditions sont loin d’ĂȘtre idĂ©ales, penser la rĂ©volte et l’insurrection dans des termes moins habituels
 autant de suggestions pour trouver des angles d’attaque sur nos parcours. Car si l’on convient que tout ne peut pas dĂ©pendre de la bonne volontĂ©, des bonnes intentions, de la spontanĂ©itĂ© et des conditions historiques, certaines pistes de rĂ©flexion peuvent nous aider Ă  construire quelques repĂšres dans la mĂȘlĂ©e. Et nous espĂ©rons alors que ceux qui, sur leurs parcours de dĂ©veloppement d’idĂ©es et de rĂ©volte, ressentent le besoin et le dĂ©sir de plus d’approfondissement, d’une comprĂ©hension plus prĂ©cise des mĂ©thodes anarchistes pour engager la lutte, trouveront un intĂ©rĂȘt Ă  ces considĂ©rations.

* * *

A la fin des annĂ©es 70, il devient clair, du moins en Italie mais aussi dans d’autres pays, que le soi-disant « deuxiĂšme assaut prolĂ©taire au ciel » touche Ă  sa fin. Tandis que l’Etat invite et incite de nombreux rĂ©volutionnaires Ă  dĂ©poser les armes, avec des milliers de prisonniers comme monnaie d’échange, les restructurations au sein de la domination endiguent toujours plus la conflictualitĂ© sociale diffuse. Dans ces temps de reflux, certains compagnons anarchistes tentent d’élaborer de nouvelles perspectives combatives qui ne suivent pas le compromis dĂ©mocratique, la « fin dĂ©clarĂ©e de la guerre contre l’Etat », la fin supposĂ©e « de la possibilitĂ© de lutte radicale ». Mais cette possibilitĂ© de nouvelles perspectives exige aussi un retour critique sur les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Tandis que de nombreuses personnes tentent de se servir de la « dĂ©faite » des fractions armĂ©es pour enterrer toute possibilitĂ© de lutte radicale, d’autres essayent, dans une revue comme Anarchismo et ensuite, dans un journal comme Provocazione, de formuler une critique de la logique du parti armĂ© sans balayer la nĂ©cessitĂ© de l’attaque destructrice. Des expĂ©riences sont faites avec des luttes « Ă  la pĂ©riphĂ©rie Â» : des luttes contre un aspect concret de la domination, sans perdre de vue la totalitĂ© des idĂ©es rĂ©volutionnaires, sans sombrer dans la politique, des luttes Ă  caractĂšre insurrectionnel. Dans certaines de ces luttes2, on expĂ©rimente le dĂ©veloppement de propositions organisationnelles avec tous ceux qui veulent lutter sur une base d’auto-organisation, d’attaque et de conflictualitĂ© permanente ; dans d’autres cas, l’accent est mis davantage sur la possibilitĂ© d’attaques modestes et facilement reproductibles contre les structures diffuses et pĂ©riphĂ©riques de la domination.
Le projet insurrectionnel partait donc, dans son dĂ©veloppement permanent aussi bien sur un plan plus thĂ©orique que plus pratique, d’une critique des expĂ©riences passĂ©es et d’analyses des nouvelles formes de la domination. Au lieu de penser la lutte comme un affrontement symĂ©trique, oĂč deux blocs bien dĂ©limitĂ©s s’opposent et oĂč la logique quantitative domine, on approfondissait le concept de structures informelles n’ayant pas pour but de reprĂ©senter toujours plus d’exploitĂ©s ni de rĂ©unir un maximum d’anarchistes et de rĂ©volutionnaires autour d’un programme, mais mettant l’accent sur la qualitĂ© de l’affrontement avec la domination, sur des ruptures, fussent-elles temporaires et limitĂ©es, avec l’espace/temps de la domination. Face aux « organisations anarchistes de synthĂšse », comme des fĂ©dĂ©rations, qui fonctionnent autour d’une dĂ©claration de principes et de congrĂšs pĂ©riodiques, on proposait d’ancrer les aspects organisationnels directement dans la lutte en cours. Au lieu de grandes structures, on proposait de s’organiser sur une base affinitaire, en petits groupes agiles, avec un parcours autonome en pensĂ©es et en actes, qui pouvaient donner lieu, autour d’un projet spĂ©cifique de lutte, Ă  une coordination ou une organisation informelle.
Mais la question ne concerne pas seulement « l’intĂ©rieur » du mouvement anarchiste, mais aussi la façon dont les anarchistes peuvent dĂ©velopper des luttes avec d’autres exploitĂ©s. En ce sens, des expĂ©riences ont Ă©tĂ© faites, d’une qualitĂ© autre que celle des modĂšles prĂ©cĂ©dents, comme l’anarchosyndicalisme ou les fĂ©dĂ©rations : la formation et la construction de structures de base insurrectionnelles, vouĂ©es Ă  la destruction d’un aspect concret de la domination. Structures dont on n’attend pas qu’elles se perpĂ©tuent dans le temps, qui ne sont pas orientĂ©es vers la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts d’un certain groupe social ou d’une classe, mais qui sont des propositions organisationnelles pour passer Ă  l’attaque. Quoique ces structures aient Ă©videmment un aspect quantitatif, elles sont dans un certain sens peut-ĂȘtre plus des points de rĂ©fĂ©rence pour une certaine lutte, des points de rĂ©fĂ©rence pour une certaine façon de concevoir la lutte.

* * *

Appelons un chat un chat. MalgrĂ© de nombreuses annĂ©es de dĂ©veloppement et d’approfondissement du projet insurrectionnel, bien des compagnons en ont fait une caricature pour plus facilement prendre leurs distances. D’autres sont entrĂ©s en contact avec certaines idĂ©es et pratiques et ont dĂ©cidĂ© que « l’insurrectionnalisme » Ă©tait la voie Ă  suivre parce que ses formes sont radicales et qu’on y refuse le compromis et la remise de l’attaque. Sans vouloir prĂ©tendre qu’il n’existerait qu’une interprĂ©tation Ă  respecter, de nombreuses incohĂ©rences et approximations nous sautent aux yeux. L’affinitĂ© est considĂ©rĂ©e comme identitĂ©, c’est-Ă -dire, la fusion complĂšte entre l’un et l’autre, produisant inĂ©vitablement de l’idĂ©ologie, ou sinon comme autre mot pour sympathique, gĂ©nĂ©rant plutĂŽt un milieu libertaire avec ses Ă©cueils que des groupes affinitaires anarchistes. Le refus de l’attente est confondu avec un refus de rĂ©flĂ©chir sur les perspectives et l’élaboration de projets. L’organisation informelle est confondue avec des simulacres des organisations combattantes du passĂ© avec leur sĂ©rie de sigles et de communiquĂ©s. Mais il ne sert Ă  rien de crier pour des sourds.
Face Ă  la confusion consciente ou inconsciente, un livre ne peut pas faire grand-chose, Ă  part proposer d’autres pistes, d’autres angles de rĂ©flexions. Peu d’individus sont en effet capables de se regarder eux-mĂȘmes droit dans les yeux et de soumettre leurs propres suppositions et pratiques Ă  une analyse critique, et encore moins leurs a priori tellement confortables. Quelle meilleure justification pour l’éternelle rĂ©pĂ©tition de la mĂȘme chanson ? Publier un livre comme celui-ci n’a pas d’autre intention que de contribuer Ă  ouvrir des espaces de dĂ©bat et de discussion.
Certains compagnons ont exprimĂ© leur prĂ©occupation que ce livre puisse ĂȘtre pris comme une sorte de manuel, un livre de recettes pour dĂ©passer leurs propres limites et insatisfactions. S’il est vrai que ces textes sont des fragments d’un parcours de recherche et se retrouvent rĂ©unis aujourd’hui dans un seul livre, nous comptons davantage sur l’esprit critique de ceux qui y chercheront des pistes pour approfondir leurs idĂ©es et en dĂ©couvrir d’autres ; pour dĂ©molir les lieux-communs qui tendent Ă  remplacer l’effort de rĂ©flexion individuelle. Il est aisĂ© d’imaginer que le langage utilisĂ© dans certains textes, plus ou moins courant Ă  une Ă©poque, ne facilite pas forcĂ©ment la comprĂ©hension, voire risque de provoquer un rejet prĂ©alable. Nous ne pouvons qu’espĂ©rer que chacun sache franchir ces Ă©ventuels obstacles pour creuser le fond. Les mots ne suffiront jamais Ă  exprimer la vie et les pensĂ©es. Il faut chercher au-delĂ , et pour cela, un effort est indispensable.
Dans la recherche des façons d’intervenir dans la rĂ©alitĂ© de la conflictualitĂ©, nous ne pouvons nous contenter ni de modĂšles ou de recettes, ni des idĂ©aux hĂ©ritĂ©s des classiques de la subversion. Au-delĂ  de la nĂ©cessitĂ© « d’étude permanente » sur tous les aspects de l’ĂȘtre et de la vie humaine, des capacitĂ©s techniques et des instruments analytiques ; au-delĂ  des approfondissements de nos idĂ©es et des visions de l’anarchie, l’approfondissement de l’anarchisme est nĂ©cessaire. L’anarchisme, compris comme la recherche thĂ©orique et pratique de mĂ©thodes, de perspectives et de maniĂšres pour avancer vers l’anarchie. Dans cette recherche, le projet et les mĂ©thodes insurrectionnels nous semblent ouvrir quelques chemins qui pourraient bien se rĂ©vĂ©ler beaucoup plus adĂ©quats Ă  la rĂ©alitĂ© actuelle que d’autres mĂ©thodes. Cette intuition nous a poussĂ©s Ă  publier ce recueil de textes. Cette mĂȘme intuition qui nous pousse incessamment Ă  explorer ces chemins, Ă  les analyser et Ă  les approfondir.




Source: Tumult.noblogs.org