Août 18, 2022
Par Lundi matin
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La première partie de ce texte est accessible ici.

Premier épisode – Première époque

Penser, déconstruire, subvertir l’économie-monde (du) capitalisme
et ses travestissements “scientifiques” éco-Nomiques

La dualité Réel/Réal (réalité) détermine le plan de cette déconstruction ; divisée en deux parties (qui seront présentées en deux époques) :

1- Depuis le Réel de l’Agir Pauvre (de) sécession (ou Hérétique).

Dans cette partie, les concepts fondamentaux de la pensée en immanence radicale seront présentés.

Soit, liste limitée : immanence radicale, Penser-Agir en immanence, dualité non dualiste, dualité Réel/Réal (Réal =réalité effective efficace), Agir En-Réel, Agir Pauvre, agir (de) révolte, rébellion, sécession, Agir Hérétique (par séparation), En-Humain ou En-Femme (In-Fâme), pensée négative, dialectique négative, éthique politique, etc.

2- Depuis la réalité ; ce qui ressemble le plus à la “science orthodoxe” (qui, elle, est anti hérétique, positiviste, conservatrice) pour laquelle « la réalité » est « objective » (naturelle, posée et imposée, indiscutable, etc.).

L’idée fondamentale d’éco-Nomie (la “science économique” est nomothétique) sera ici développée, comme support de l’analyse politique de l’économie.

Cette analyse politique critique se déployant par les concepts : abstraction, comme processus de colonisation, aliénation, comme constitution des cyborgs de guerre, accumulation primitive permanente, GUERRE, des riches contre les pauvres, des pouvoirs contre les opprimés, tentative de la mécanisation humaine (en cyborgs), civilisation comme procès de disciplinarisation, le champ (chant) de la valeur, imposition éco-Nomique, etc.

L’analyse tournera autour de la question (ironique) :

pourquoi (faut-il) SORTIR de l’économie ?

Et non pas seulement “passer de” (= ISSUE) « l’économie capitaliste » à « l’économie socialiste/communiste » ?

Un des (nombreux) objets de cette critique étant de montrer qu’il n’existe pas « d’économie socialiste/communiste », CAR, sous-thème capital : économie = capitalisme ; il n’existe point d’économie non capitaliste ; « l’économie non capitaliste » étant la non-économie, le « dépérissement » de l’éco-Nomie.

La SORTIE ou le dépérissement de l’éco-Nomie, exige (nécessaire, mais non suffisant) la liquéfaction, déconstruction, destruktion de la mythologie, de l’imaginaire, de la magie éco-Nomiques.

La “science économique” étant une pièce clé de cette mythologie, constituante ou eidétique, comme “science nomothétique”, quasi juridique et violemment offensive, fera l’objet d’une attention particulière.

Notons tout de suite : cette science nomothétique, normative, performative, n’ayant pas pour objet « la description du capitalisme réalité », mais plutôt sa “rationalisation” techno-scientifique, ne nous fournira aucun élément de compréhension de la réalité économique, son objet étant de dénier (forclore) le chaos économique (du) capitalisme ; d’où son insistance sur les thèmes : efficience, optimalité, maximum de satisfaction, équilibre, et, surtout, égalité.

Mais comme la réalité économique, au chaos, est justement “effacée” (refoulée) par cette praxistique technocratique, au profit d’un décor imaginaire ou d’une image constituante de la conscience commune, il est nécessaire de l’affronter, sous peine de partager les illusions communes éco-Nomiques, comme la croyance au marché, nécessairement efficace, à la concurrence, favorable à tous, etc. et autres mythèmes techno-libéraux (déjà chantés par les Physiocrates de la secte des économistes, juste avant le Révolution française).

Pour débuter simplement, on peut noter que cette critique de la mythologie éco-Nomique fait l’objet de présentations restreintes, sous le nom de : critique de l’imaginaire économiste [1].

La SORTIE de l’économie est nécessaire pour en arriver à la maîtrise humaine de l’histoire (la destitution recommencée), pour SORTIR de la préhistoire des régimes de domination.

Il conviendrait de généraliser le thème “productiviste” (marxiste ou coopérativiste) des « producteurs associés » en « destituants fédérés » ou en « exterminateurs (de formes de vie) partisans ». Soit, pour résumer, SORTIE = saut, coupure de l’hétéronomie (préhistoire) à l’autonomie (histoire) [2].

L’économie autoritaire du despotisme “éclairé”, avec son hyperarchisme métaphysique ou son naturalisme foncier, avec, donc, son Texte éco-Nomique, tout cela doit être abandonné (hérésie, sécession) au profit de formes radicalement an-archiques (destituantes), formes de vie pouvant se stabiliser localement en constitutions anarchiques ou en institutions optionnelles faibles. La question d’un « droit anarchique » peut être soulevée (une autre « semaine » !) [3].

Le thème de la SORTIE peut se “limiter” à celui de l’organisation (association, institution, collectivité, voire parti) et, peut-être, mener à penser « l’organisation imaginaire », où le terme “imaginaire” prend le sens mathématique de ce qui permet de résoudre un problème “complexe” ; l’organisation imaginaire serait l’institution optionnelle faible (non essentialiste) toujours en voie de reconstitution, toute institution devant être sans cesse reconstituée, “révolution permanente” contre la réification hypostasiante, ce qui se nomme parfois démocratie radicale ; où l’Agir En-Humain et l’Humain priment tout état institutionnel ou toute tradition.

La SORTIE hérétique menant aux Communes Destituantes [4].

Le thème traditionnel “critique de l’économie”, que nous avons pris comme point de départ, devient un Avant Programme de liquéfaction de l’économie (erratique) stabilisée par son ordre symbolique (religieux) éco-Nomique.

Avant Programme de Sortie du despotisme “éclairé” pour constituer la démocratie radicale an-archique.

Comme nous l’avons dit dès le début, cet Avant Programme peut se déployer de deux manières réciproques (duales) mais non équivalentes :

1- Depuis l’Agir Pauvre In-Fâme En-Réel, depuis l’éthique des Communes Combattantes et Destituantes ;

2- Comme déconstruction de la réalité économique et de sa mythologie éco-Nomique, comme Refus argumenté de la Richesse Mortelle.

Plus en détail :

1- Penser Agir En-Réel.

1a- Question de l’immanence, absolue ou radicale ; Deleuze Negri vs Badiou Zizek + Holloway ; pensée positive vs pensée négative.

Modèle énergétique comme généralisation de la philosophie du travail à la Hegel Marx.

1b- Forme, formalisation, aliénation, réification.

Comment généraliser Clastres ; question de l’agir non praxistique.

Quelques questions de méthode : Réel = Futur (indéterminé), de la nécessité sans suffisance, la forme « non », généralisation de… (géométrie non euclidienne), etc.

1c- Le durcissement des formes : le procès de civilisation.

Comment est possible une science sociale mathématique ? Du droit romain, romano-canonique, à l’arithmétique politique et à la statistique ; science économique comme psychologie géométrique ou théorie normative formalisée (cybernétique) des comportements.

2- Liquéfier la réalité économique [5].

2a- La réalité économique (du) capitalisme est politique : le despotisme “éclairé” techno-scientiste, justifié par la science économique nomothétique.

Cette pseudoscience développe un discours de (re)fondation du capitalisme (au chaos) comme « économie de marché » (rationnelle, efficiente, harmonieuse, bienheureuse, etc.) ; il s’agit à la fois d’une idéologie et d’une intervention politique offensive (normative), d’une rationalisation du capitalisme sous la houlette des techno-scientistes (ingénieurs, experts économistes, etc.).

L’éco-Nomique se présente comme le discours de la gestion rationnelle de l’économie (économie qui serait, sans l’économique, erratique – comparer au vieux projet « socialiste » de la rationalisation de l’économie).

2b- Anti-économique, économie générale du post-keynésianisme généralisé.

1er niveau critique : l’économie (du) capitalisme n’est pas une économie de marché, mais un despotisme (diffusant de l’économie à l’ensemble social : la marchandisation).

Noyau critique de cette analyse politique de l’économie : toute l’économie est un système de répartition inégalitaire.

Introduction du Grand Théorème Keynésien (GTK) : l’inégalité explique causalement l’erratisme de l’économie (que le capitalisme est en crise permanente, un chaos évolutif).

Le nœud anti-économique : despotisme = inégalité = crise permanente.

Notons que ce résultat (GTK, développé par Keynes dès 1930, in Treatise on Money) a conduit les économistes à inventer l’idée merveilleuse « d’économie de marché », économie imaginaire reposant sur l’égalité (!) des actants (et valable dans le “socialisme” à la fin des luttes de classes !).

2c- Économie générale non-marxiste.

Théorie de la valeur (valeur, monnaie, répartition) comme analyse politique du despotisme éco-Nomique : valeur, évaluation, mesure, abstraction, aliénation, réduction (géométrique).

Où il peut être montré que l’économie est la métaphysique incarnée (économie = métaphysique, capitalisme = économie = Europe Métaphysique).

2d Boucler la boucle (et retour au point de départ 1a) : Non-éco-Nomie = An-Archie.

Penser le monde non-éco-Nomique.

Mesure, valeur, comptabilité, monnaie, concurrence, finance ; sortir, exode, sécession, insurrection permanente (contre l’accumulation primitive permanente).

Agir En-Réel, agir destituant.

1-Penser en immanence, En-Réel : du Réel anté-catégorique à la réalité Réale hypercatégorique (métaphysique, éco-Nomique).

Comment s’est “perdu” (chute, perdition) l’indéterminisme humain commun ; et comment cette “perdition” est devenue éco-Nomique ?

Histoire sociale politique de la chute (de l’esclavage antédiluvien).

1a- Le Réel, la question de l’immanence, absolue ou radicale ; pensée positive vs pensée négative.

Deleuze et version Negri, vs Badiou et version Zizek, Holloway.

Commencer inévitablement par :

Gilles Deleuze, Félix Guattari, Capitalisme et Schizophrénie, 2, Mille Plateaux, éd. de Minuit, 1980.

Une version dense et (trop) résumée du concept deleuzien « d’immanence absolue » se trouve dans le petit texte de Deleuze, in revue Philosophie, n° 47, 1995, l’immanence, une vie…

Étudier la Réponse à Deleuze, de François Laruelle, pp.49-78 in Non-Philosophie, Le Collectif, La Non Philosophie des contemporains, KIMÉ, 1995, où François Laruelle établit ce qu’il faut entendre par immanence radicale.

Notons les équivalences : immanence absolue = pensée positive (sans dialectique), immanence radicale = pensée négative (avec une dynamique de la dualité, dynamique négative de destruction non dialectique).

Comme le terme dialectique fait l’objet d’un débat (réinterprétation active de Hegel par Zizek par ex.) il conviendrait de le définir (ou de préciser les termes du débat).

Ces quelques phrases autour du « nouveau matérialisme » sont sans doute secondaires… mais sont tellement chargées… parce qu’elles résument un immense débat autour de la question politique de « la rupture politique » (événement, acte, etc.) et de « la subjectivité politique ».

Est « sujet » ce (celui) qui « rompt » l’ordre des choses.

Quel ordre des choses ? Toujours celui de l’économie (à définir comme espace religieux).

L’opposition matérialisme historique vs matérialisme dialectique, formalise philosophiquement l’opposition politique entre adaptation teintée de réformisme (le socialisme de la IIe internationale de « l’humanisation du capitalisme ») et le réformisme radical devenant révolutionnaire (anti-capitaliste et donc anti-économiste).

Mais l’histoire de cette opposition est vraiment torturée.

Matérialisme historique et matérialisme dialectique signalent deux façon de penser le politique (deux modes qui peuvent s’exprimer autrement : parlementarisme bridé vs démocratie radicale, etc.), deux manières antagonistes (opposition : PS vs gauche radicale !).

Mais s’il faut trancher dans le vif de la matière historique (acte éthique (de la) dialectique matérialiste !) alors il faut prendre ces termes (historique vs dialectique) au sens actuel qu’ils ont dans le « post-marxisme », précisément celui d’Alain Badiou, Logiques des Mondes, lire le début de l’ouvrage, définitions préalables.

Ce sens “actuel” à la Badiou, que l’on peut retenir pour débuter (et n’oublions jamais qu’en philosophie chaque auteur est maître de ses définitions), dérive de débats (auxquels j’ai participé) tenus vers 1966-1973, autour de 68 ! autour d’Althusser ; ce sens répond à une logique politique précise.

Je résume cette logique politique implicite : y a-t-il quelque chose à garder (peut-être à célébrer) de l’histoire de l’Occident (ou de l’Europe) ? du point de vue anti-colonial (= anti-capitaliste) du Tiers monde par exemple (lire de Ziegler, La Haine de l’Occident) ? Précisément : l’économico-technique a-t-il un statut téléologique de chemin obligatoire pour tous ? L’Europe a-t-elle inventé (ou découvert) un chemin historique universel (l’économie technique) convertissable en méthode de « développement » ?

Arrivons aux termes en débat :

Matérialisme : il existe un Réel déterminant et non déterminé ; ce Réel est l’Humain (ni sujet, ni individu, etc.) ; ou encore : en politique seul l’Humain (In-Fâme) est Réel.

Une définition plus précise de cet Humain se trouve dans la psychanalyse (Humain = pulsion à vide). Si l’Humain est seul Réel, la « nature » est de l’ordre de la réalité (construite par retournement de la puissance humaine) ou de l’effectivité politique ; le matérialisme n’est pas un naturalisme, ni un physicalisme, ni un biologisme, etc.

Matérialisme historique (ou démocratique dans le langage de Badiou) : l’Humain, le sans essence ekstatique devient « objet historique » (et non pas « sujet historique ») en acceptant de participer au « mouvement de l’histoire » ou en posant que l’on pourrait participer au « rôle progressiste du capitalisme » ; il y aurait donc « un mouvement de l’histoire » (une téléologie) et quelque chose à récupérer du capitalisme.

Avantage de la thèse : l’illusion que ma position historique (aujourd’hui en Europe) a une signification historique. Inconvénient de la thèse : la subjectivité (ici illusoire) est bornée par les limites indépassables de la libéral-démocratie du parlementarisme oligarchique (ce pourquoi Badiou parle de matérialisme démocratique, avec « démocratie » au sens de parlementarisme bridé) et reste une subjectivité capitaliste captive, un conformisme.

On peut, après analyse, écrire : matérialisme historique = téléologie progressiste. Bien sûr, leçon historique, cette téléologie occidentalo-centrée réduit la subjectivité politique au réformisme et à l’acceptation des « bienfaits de l’occident ». La subjectivité est définie par le fonctionnalisme.

Matérialisme dialectique : la subjectivité politique est en rupture avec toute position historique ou situation économique ou mouvement téléologique. La politique n’a rien à voir avec l’économie (du) capitalisme technique. La politique est éthique (destruction de mondes anciens, invention de mondes flottants impermanents) et non pas accommodement (ou gestion). La subjectivité est en Humain ou en Vide (et, ainsi, liberté radicale) et non pas en nature ou en histoire.

L’opposition se trouve présentée de manière simple (mais d’un certain point de vue) comme opposition entre « sociologie » et « philosophie » dans le livre de Charlotte Nordmann, Bourdieu/Rancière, la politique entre sociologie et philosophie, éd. Amsterdam, 2006 [6].

L’Agir Penser En-Réel (pensée négative) peut être présenté en déployant « l’agir désirant » deleuzien (les anciennes recherches du groupe Recherches), mais en distinguant bien Réel & Réal, immanence & actualisation, etc.

Ce qui peut amener au “modèle énergétique” (pulsion, jouissance, contrôle de la jouissance, désir comme forme réalisée, etc.). Et s’il est important de développer ce “modèle énergétique” comme une généralisation non philosophique de la philosophie du Travail à la Hegel Marx, c’est parce qu’il soutient la reformulation de la théorie de la valeur [7].

La valeur n’est plus renvoyée au Travail, mais à l’Agir En-Réel et aux processus de sa canalisation ; la valeur comme mesure comptable monétaire est un terme qui dénote l’emprise, la morale moralisante, etc. Le terme premier de la théorie de la valeur n’est plus le Travail (suspect de fascisme, cf. Jünger) mais la Poussée En-Humain et l’Appareillage de la jouissance et la transformation de la jouissance en désir (ou plaisir ou demande ; dispositif religieux de réduction dont dérive le Travail) ; la valeur est l’expression de la manipulation possible (et réalisée) de l’Amour, sa réduction jivaro.

Plus exactement, la théorie de la valeur est une théorie de la réalisation du despotisme (éclairé, évidemment) éco-Nomique.

Une introduction à cette énergétique (comme celle que nous avons développée dans le premier épisode) doit permettre de penser l’emprise sociale politique en termes de « piège d’Amour » et donc doit permettre de reformuler la théorie de la valeur comme mesure ou processus d’abstraction réifiante – la théorie de la valeur est une théorie du monde réalisé et de sa réalisation par abstraction (le travail abstrait est abstrait avant que d’être ainsi travail – pas de travail non abstrait) et non pas une théorie de l’agir éthique politique [8]

1b– Forme, formalisation, aliénation, réification.

Nous passons donc du Réel anté-catégorique, in-forme, aux formes, historiques, sociales. Ce passage est celui de l’histoire du pouvoir, de l’oppression, de l’esclavage (l’éther dans lequel nous baignons).

La thèse (pensée négative) que nous soutenons s’oppose totalement à la thèse positive, “productiviste” à la Negri, de la production “autonome” des multitudes ; nous l’avons indiqué et cela pourrait être développé, débattu, nous rejetons la thèse directe positive du matérialisme historique relooké.

Affirmons-le : toute forme informe et déforme, et implique aliénation, une aliénation primaire indépassable ; tel peut être un sens de l’idée de « la productivité du pouvoir » à la Foucault (cette idée devrait être complètement déployée). Les formes (constitutions, institutions, législations, etc.) ne sont pas l’expression directe, sans négativité, émanation néo-platonicienne ou Spinoza-Deleuze, de la puissance En-Réel (monisme deleuzien dénoncé par Badiou) ; il y a un retournement, une capture, une prise, une emprise, bref une négativité (non hégélienne, mais plutôt lacano-hégélienne à la Zizek). Certes la nouvelle pensée de cette négativité doit imposer de reformuler Hegel (à la manière de Zizek), de tenir compte des plus anciennes critiques de la dialectique régulatrice ; mais la pensée négative est indépassable.

Nous pensons que les thèses de P. Clastres s’inscrivent dans cet espace de réinterprétation de la dialectique négative ; ces thèses (nous l’avons dit) peuvent être généralisées sous les termes : l’Agir En-Réel tombe, chute (dans le temps) en se réalisant ; toute réalisation est aliénation ; il y a donc une aliénation primaire indépassable (insursumable : la société minimale) ; tout le problème est alors celui de la minimisation de cette aliénation : non pas « l’État minimal » des libertariens, mais « l’institution optionnelle », hors de toute contrainte de tradition à respecter voire vénérer.

Le thème de la Sortie, de l’organisation sans organisation, etc., se développe dans la question de l’Agir non praxistique, non éco-Nomique, bien sûr “anti-utilitariste” (cf. le MAUSS) mais surtout “anti-institutionnel” (question de l’an-archie des Communes Destituantes qui ne sont que des Communes Combattantes). La critique de l’économie est insuffisante (nécessaire mais insuffisante) si elle ne se prolonge pas en une critique des institutions (et de la constitution active), en une réflexion sur la constitution et le pouvoir constituant (à la Negri, pouvoir constituant auquel nous opposons la puissance destituante).

Comme les quelques mots précédents le montrent, cette question de la Sortie, sécession, hérésie, parti imaginaire, constitution d’institutions révocables ou optionnelles, etc. peut se formuler de manière très générale (à un méta-niveau) comme « logique de la nécessité sans suffisance » (qui est une logique non standard, sans réciprocité ou non commutative). Bien entendu cette logique est l’expression de la dualité sans dualisme Réel/Réal ou du matérialisme de la détermination réelle en dernière instance [9].

La Gnose : « le salut par la pensée ».

Qu’est-ce que ce salut ?

Soit un axiome fondamental de cette Gnose : nous sommes les prisonniers d’un monde infernal.

Glose de cet axiome : ce monde infernal est le Capitalisme comme système de domination (et non pas comme « mode de production ») — renvoi à l’explicitation de cet axiome par la théorie de la mesure-valeur ; mais toute analyse critique post-marxiste vaut aussi bien, de la sociologie critique de Francfort (Benjamin, Adorno, Horkheimer, Marcuse, etc.) au lacano-marxisme (Zizek) ou à la Pensée-Foucault (Agamben : Homo Sacer – et l’ouvrage de Pièces et Main d’Œuvre, collectif anarchiste technophobe de Grenoble, “Terreur et Possession, enquête sur la police des populations à l’ère technologique”, collection Négatif, édition L’Échappée, mai 2008) etc. etc.

Nous ne pouvons échapper à l’Enfer-Monde (du) Capitalisme techno-policier puisque, en tant que « sujets sociaux », conformés (adaptés), nommés « citoyens libres », nous sommes modelés (comme consommateurs festifs, par exemple) par ce monde [10] : le sujet policé (« civil ») n’est que l’union des contraintes sociales, contraintes orthopédiques qui tiennent le « vivant » en survivant.

Cet Enfer-Monde peut de nommer : ère (aire) de l’administration totale, ère du gouvernement (à la) police (à la contre-révolution permanente ou au simulacre de révolution, méthodes de la contre-insurrection ou gestion sécuritaire), oligarchie terroriste, etc.

Totalisant, totalitaire, mais « pas-tout ».

Si les actions, comportements, écrits, rapports, etc. si tout ce qui est “objectif” peut être surveillé, contrôlé, censuré, manipulé, si, par exemple, « nos étudiants » ou « nos collègues chercheurs mercenaires » s’adaptent si bien à la nouvelle canalisation des désirs, par arrivisme, par carriérisme ;

si le “subjectif” lui-même, « au plus profond » (justement les désirs et mais pas seulement les désirs, presque jusqu’à la jouissance : arriver, gagner), peut être intégré, discipliné, par la fabrique industrielle du rêve, réussite, passer à la télé, connaître Carla B., gagner le gros lot, ou simplement être comme tout le monde (Trintignant conformiste), être du troupeau, faire la fête selon les ordres festifs ;

si le « sujet radical hérétique », « anarcho-autonome », pour parler la langue de la police, est de mesure nulle (discret) relativement à l’aire des « bons citoyens » ;

que reste-t-il ?

Où se trouve le réfractaire, le sauvageon, le rebelle ? — à supposer encore que la résistance à l’oppression (quoi ! quelle oppression ? nous sommes en démocratie !) reste « un must » !

Où se cache l’Humain du refus, nécessairement en lutte ?

Dans la résistance opiniâtre du « penser par soi-même », sachant que cela est impossible, mais nécessaire !

Dans l’errance de la hargne hérétique.

Tenir son poste de combat dans la Guerre.

Il s’agit donc, pour le gnostique anti-système, an-archiste, “contestataire”, “subversif”, “terroriste” [11] de minimiser l’emprise de ce monde, sachant qu’on ne peut lui échapper.

Comment faire ?

Devenir exilé, étranger, passant, indigène.

En refusant toute « intégration », toute chaleur communautaire traditionaliste, toute identité de bloc, tout enracinement, tout « faire corps » (voilà le point central : la haine gnostique pour les corps, les corporations et les incorporations), tout corporatisme, tout esprit de village ou d’équipe, etc. etc.

Errance, l’échec assuré.

Justement : ne jamais réussir (lire les dernières pièces de Beckett).

Regarder « de travers » tout ce qui relève de l’emprise-monde : quotidienneté, shopping, cuisine, vaisselle, famille, femme, enfants, propriété privée, bricolage, vacances, sea sex and sun, etc., la liste illimitée des noms du diable.

Soit alors « la nécessité » : nous trouvons là un théorème gnostique : tout est nécessaire, ainsi la rébellion, le négatif, rien n’est suffisant ; le déploiement de cette logique asymétrique (du nécessaire sans suffisance) ou unilatérale conduit à des contradictions enthousiasmantes, contradictions qui exigent, pour être résolues, de repenser le temps, la temporalité, « l’Histoire », à la manière de la physique quantique… les causes succèdent à leurs effets !

L’emprise-monde nécessaire (la nécessité) doit être traitée comme obligation, contrainte irréfragable, survie en tant que mort-vivant, office du zombie, service sans dévouement, faire semblant de participer sans adhérer, subir sans accepter, obéir sans conformisme, aller le plus loin possible dans l’insoumission, mais tout est ambivalent (l’ambivalence étant un autre théorème gnostique). Repenser Pyrrhon, le philosophe sous le despotisme.

Être dur avec soi-même, compassion bouddhiste pour les autres, loin des facilités familialistes (du « être chez soi »).

Le seul paysage que j’aime est la Provence intérieure (Drôme provençale, Baronnies et nord Vaucluse, autour du Mont Ventoux) ; sa dureté et sa sauvagerie s’accordent à ma passion (selon les canons romantiques) ; je me suis donc installé dans le Jura, un pays qui m’est étranger — et je vis exilé de ma patrie provençale.

La Guerre, éternelle, dans laquelle il faut tenir son poste de combat, par la guérilla inlassable et jamais victorieuse — principe axiologique : être toujours du côté de celui qui perd, de l’opprimé — sans céder (sur ses défaites certaines), « je maintiendrai ».

Contre la colonisation extensive (« la mondialisation ») et intensive (l’ordre pétainiste du travail) défendre un territoire ouvert.

Reste un (seul ?) territoire libéré, secret, caché : celui de la pensée, qu’il faut maximiser.

Tenir l’espoir sans espérance, voilà le credo du gnostique agnostique.

Le gnostique est celui qui sépare radicalement le corps (toute incorporation) et l’esprit (en réfractaire) : dualisme extrémiste, hérétique ; que l’on peut dénommer : schizophrénie (Deleuze le vieux maître).

Rébellion radicale, en évitant (jusqu’à quand ?) le suicide, parce qu’il le faut (encore la nécessité non suffisante).

Le devoir, la fidélité (à son axiologie – penser par soi-même), j’espère avoir tenu mon poste contre les troupes d’occupation, les riches, les dominants, et leurs milices terroristes, les cadres zélés, les majorités silencieuses et conformistes, les normaux, les fêtards, les sportifs et leurs supporters soulards, etc. etc. La pensée contre l’anti-intellectualisme « populaire ».

Et maintenant, ouf ! bientôt fini… pour le lâche accablé d’ans.

Remarques complémentaires sur la Théorie Critique.

Le socle de la théorie critique (dialectique négative à la Adorno) a tellement été intégré, au plus profond de moi, que je ne le distingue plus explicitement comme tel, mais que je m’en sers « abusivement » pour mon ambition de synthèse critique (qui tente de joindre Adorno et Heidegger, par exemple, contre toute attente — je suis un hérétique pour tous !). Ma vision néo-gnostique du monde-comme-mal vient d’Adorno et Horkheimer et Benjamin, même si elle s’est enrichie de diverses strates de pensée critique (Heidegger, Derrida — cf. son « prix Adorno » —, Foucault, Laruelle, etc. — tout est bon pour la synthèse critique, sans accommodement de juxtaposition éclectique). En relisant mon texte, pour l’ultime vérification toujours incomplète, cette dernière vérification tellement impossible, car on aimerait alors écrire un autre texte ! je me suis aperçu de cette dette immense : ce que je nomme « communauté de justice » contient, bien évidemment, la « communauté de pensée critique » ; et comme je chante la gloire de ces communautés imbriquées, j’espère qu’il me sera pardonné de ne pas citer plus explicitement ce qui tient invisiblement mes recherches… Mais Benjamin est partout, et parfois sous le nom de Foucault ! et “réconcilié” avec Adorno !! La référence centrale de tous mes textes : « tout document de culture est également un document de barbarie » se trouve et chez Adorno-Horkheimer, Dialectique de la raison (p.24) et chez Benjamin, Sur le concept d’histoire, Œuvres, t. III (p.433). Par ailleurs, et plus généralement, c’est la pensée (théologico-politique négative) de l’histoire de Benjamin qui informe ma critique de la téléologie philosophico-historique, etc. Tout cela étant fondu dans ma tentative de synthèse critique (qui ne cède pas devant l’impératif d’unification et donc du reforgement).

Un point central est mon refus de « l’humanisme » et ainsi refus de la voie à la Habermas (mais aussi bien des conclusions de Frédéric Vandenberghe, in Une histoire critique de la sociologie allemande, La Découverte/MAUSS, 1998). Je reste plus proche d’Adorno ou de Marcuse, et met au centre de mes recherches les concepts (repensés) d’aliénation, de réification ou de fétichisme, etc. comme des modes d’analyse de la réalisation.

J’aimerais proposer des idées fusantes d’ouvrages de critique, de critique de l’économie gestionnante ou, aussi bien, de critique de la politique (ici : Polizei = police) de gestion, ou, encore, du réalisme réformiste (social-démocrate à la Habermas) :

critique de la politique habillée en police de l’ordre écoNomique,

qu’est-ce que la politique (= démocratie) à l’âge de l’administration éco-Nomique totale,

ou qu’est-ce que la politique à l’âge de l’anti-humanisme,

de l’éthique-politique comme politique de la raison critique,

de la politique de la raison critique comme théologie politique négative,

logique utopique (de la communauté de justice) contre logique réaliste (des associés du crime),

de Benjamin à Derrida et au-delà ; de Adorno à Foucault ; portrait de Badiou en théoricien critique ; logique post-heideggérienne de l’anti-humanisme (révolutionnaire) ;

un livre radicalement pro-Benjamin de « théologie politique négative » du messianisme faible (de la voie pauvre, sans salut, mais radicalement éthique),

livre qui manifesterait l’oxygène invisible et omniprésent qui fait vivre ma pensée et me permet de résister.

Livre posant centralement le problème : quelle politique, qui ne serait pas police éco-Nomique ou réformisme kollaborateur, est compatible avec la doctrine de « l’administration totale » ? comment passer de Adorno à Benjamin ? qu’est-ce que l’éthique-politique ?

En partant de la thèse de « l’administration totale », qu’en tant qu’économiste critique je puis valider (voire “démontrer”), comment est-il possible de rejeter les thèses philosophiques (humanistes-subjectivistes) de Habermas (ou Vandenberghe, etc. : “la troisième voie” de Giddens) ? comment est-il possible d’opérer une critique du réformisme parlementariste (supposé être la réalisation mondaine et biaisée, aliénée, mais unique, de la communicabilité libre [12]), réformisme qui n’est qu’un adaptationnisme, et, philosophiquement, un positivisme (typique du socialisme socio-Nomique ou institutionnaliste autoritaire), donc une doctrine métaphysique, reposant, par exemple, sur le concept de volonté libre ou de conscience pleine ?

Il faudra, bien sûr, affronter la critique que donne Sloterdijk du pessimisme, engendrant le cynisme, de la thèse de l’administration totale : la raison cynique se tiendrait tapie dans toute analyse structurale ou anti-humaniste ! Mais pourquoi faudrait-il espérer et, plus encore, croire de croyance dure, à la capacité rationnelle de l’Humain entreprenant, pourquoi la thèse quasi-individualiste économiste (libérale) de « l’acteur » (agent, agency, voire “humanisation” de la notion de réification, ou “démocratisation” de l’économie, etc.) s’impose-t-elle comme contre-critique de la thèse de l’administration totale ?

La « solution réformiste » (de Vandenberghe, par exemple [13]) est obligée, pour commencer, de remettre en cause la thèse de l’administration totale (non, ce n’est pas vrai, le monde n’est PAS SI mal !) et de revenir au philosophique (humaniste).

Or cette remise en cause fait instantanément verser dans l’économisme (et implique la réduction de la politique, de la démocratie, à la gestion, respectant le procédural institutionnalisé, respectant le monde inégal, formulant une doctrine de la « justice » étriquée, à la Rawls) ; et donc est passible de la critique de l’économisme (que je travaille depuis 50 années).

Il faudra ainsi déployer une critique de cette sorte de synthèse “centriste” entre l’individualisme (économiste, entreprenant, de l’acteur) & le « structurisme ». Cette synthèse, n’est-ce pas de la sociologie académique ? à la Touraine ?

Et pour déployer cette critique (de la contre-critique) affirmer que la thèse de la réification, ou de la machine sociale (avec ses apparatchiks), n’est pas une métaphore, mais bien une thèse démontrable (scientifiquement).

Thèse démontrable qui énonce : le capitalisme est la société du crime, le parlementarisme est la confrérie du crime, le socialisme libéral de deuxième droite (à la Habermas) est le club des nouveaux amis du crime, etc.

Pourrais-je reformuler le thème proposé ?

Nommons « problème d’Adorno » (ce que je nomme ailleurs « problème de Foucault ») dans la formulation Sloterdijk (en termes de « critique de la raison cynique ») le problème suivant :

posons le monde sous le régime de l’administration totale (ou du Spectacle intégré), ce régime dénommé « démocratie (écoNomiste) de-marché » (le populisme de marché),

où donc l’Humain jeté-au-monde est assujetti, aliéné, sujet-assujetti, conformé au monde, consommateur touriste (achetant des croisières MSC à prix cassés), etc.

maintenons fermement la position de Adorno (pessimisme) face à la contre-critique de troisième voie (Habermas, Vandenberghe, etc., le socioNomisme kollaborateur nécessairement optimiste – cf. aussi l’espérance de Negri et de toute militance « constructive ») — étant entendu que l’analyse critique de l’économie permet de justifier cette position (énoncé de la LOI de la valeur).

Il peut alors sembler que cette sup-position, encore une fois hypothèse, mais “démontrable” en termes d’anti-économique généralisée [14] (voir la seconde époque de cet épisode), conduit au « cynisme » de la dé-Termination totalitaire, à l’impuissance, à la résignation, à la kollaboration, etc. (ce qui implique, à l’envers, en retournant ce discours ecclésial des plus anciens, qu’il faut apporter de l’espérance, de la croyance, de la religiosité, du ritualisé, de l’habitus, etc. pour soutenir une pratique « subjective » — on retrouve, même déplacé, le thème du capitalisme comme religion).

L’idée selon laquelle une réalité posée comme « nécessité » (mais que veut dire ce terme ?) induirait le cynisme kollaborateur est un problème éthique : pourquoi la « nécessité » du maître devrait-elle induire la résignation ? pourquoi faudrait-il espérer pour entreprendre ? pourquoi l’obéissance religieuse au pseudo-naturel « divin » réalisé devrait-elle s’imposer ? Bien entendu ce problème très ancien est celui dit du « manichéen viveur » : puisque le monde est chaos, autant en profiter ; il faut bien vivre ! Et cette formulation est celle-là même que les « chasseurs d’hérésie » (Irénée, pour commencer) ont mis au point (vers le IVe siècle PC — voilà pourquoi je parle de la philosophie réactive de Habermas) pour interdire la critique du monde ; et d’abord sa description critique comme Enfer-sur-Terre — mais non, ce n’est pas vrai, il y a du bon et du mauvais, il suffit de séparer ; par exemple, il suffit de retrouver la « bonne économie » (de production pour les besoins sociaux) sous son aliénation « financière » ; il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau sale, etc. etc.

Néanmoins, sur la base de cette idée (structure imposée → résignation) on peut reconstruire (pour la déconstruire) la solution humaniste philosophique : cette solution humaniste (habermassienne) consiste alors à rejeter l’hypothèse de l’administration totale ; écho tardif des thèses des chasseurs d’hérétiques, anti-gnostiques, premiers chasseurs du christianisme politique naissant devenant « force impériale » : il n’est plus temps de critiquer le monde, il est temps d’y participer, maintenant que « nous » sommes au pouvoir — avec un Empereur opportuniste « chrétien » ; il convient de rejeter toute « mystique », toute idée de désertion (au désert), et de se retrousser les manches : les « bonnes pratiques mondaines » seront désormais récompensées !!

Quelle est la forme contemporaine (habermassienne) de la vulgate des Pères Fondateurs anti-gnostiques (de l’Église politique) : non, ce n’est pas vrai, le monde n’est pas entièrement mauvais, il n’est pas empris sous le régime de l’administration totale, et donc l’Humain-du-monde (et non pas jeté-au-monde : thèse heideggérienne horrible) est sujet actif, volontaire, responsable, etc. Il existerait des stratégies d’agent — non pas des stratégies-sans-stratège, etc. Et le monde serait la résultante intentionnelle de ces stratégies rationnelles (ou calculées) : résultat volontaire des actes volontaires (du Boudon sous-vitaminé, en quelque sorte). Certes le monde n’est pas parfait, la technique est, par exemple, ambivalente, mais ce n’est pas non plus le « mal incarné » : il est toujours possible de « réformer » ce monde « double » sans trop de peine. En oubliant, vite fait, jusqu’à l’ambivalence concédée chichement !

Appelons cette solution : solution normande (ni oui ni non : ni-ni).

Je propose de la déconstruire (détruire) systématiquement ; et pour cela d’utiliser toutes les ressources de l’analyse critique.

En opposition au réformisme (des nouveaux chasseurs d’hérétiques) :

(1) il faut tenir fermement et par tous les moyens, empiriques ou analytiques, techniques ou poétiques, littéraires ou sociologiques, etc. la thèse de l’administration totale ; l’objet du déploiement anti-économique → économique générale → non économique étant de “démontrer” cette thèse ;

(2) cette thèse, la thèse « structuraliste » de Foucault I ou la thèse Adorno-Horkheimer, même tenue fermement, sous forme de la thèse néo-manichéenne du monde-mal, ne conduit pas, ni nécessairement, ni implicitement, au cynisme ; la position éthique de résistance-rébellion-révolte-révolution est transversale (refus de la téléologie ou de l’éthique comme morale pratique : refus de la « nécessité » de participer au monde comme il est) ;

(3) cette transversalité éthique/structure implique un déploiement analytique : elle implique, comme hypothèse sous-entendue, mais à expliciter, que le monde n’est pas TOUT, même si ce monde est despotique ou totalitaire (en tant que monde : le « totalitarisme » étant posé comme définition du monde éco-Nomique capitaliste) ;

le problème d’Adorno ET la conjugaison éthique de la résistance-rébellion, qui « casse » la « loi » du monde (social-symbolique), « la loi de la valeur » (ou de la mesure), impliquent le HORS-MONDE, mais un « dehors » qui n’est ni « méta » ni « épekeina » (au-delà) — du reste le méta-physique est l’extension indue, physicaliste ou naturaliste, du physique au social (le physique ayant préalablement été rendu politique, “politically correct”) ;

l’éthique n’est plus alors un « choix » ou une « décision », mais un élément de la science sociale généralisée (dite non-économique) ; car le « hors-monde » devient une hypothèse scientifique argumentable ; qui fait du « socialisme utopique » la clé du « socialisme scientifique » (thèse Rubel-Janover) ; il est possible de construire une science éthique qui maintient la thèse de l’administration totale ; éthique signifiant En-Réel, DESTITUANT.

(4) cette conception du « hors-monde » (le Réel) est en plus indispensable pour “démontrer” la thèse d’Adorno ; et en même temps résoudre le problème d’Adorno sans verser dans le cynisme à la Sloterdijk ; elle est ce que commence à penser Benjamin, ce que pense Heidegger (malgré l’incompréhension d’Adorno) et ce que déploie l’anti-philosophie post-heideggérienne ; il est alors possible de lire Derrida comme un héritier de « la théorie critique » ou de présenter Badiou comme le nouveau penseur de la « théologie politique négative » à la Benjamin ;

(5) inversement les thèses de Derrida ou de Badiou peuvent servir à manifester la puissance de la communauté critique.

Le réformisme de style Habermas étant une impasse (une Issue sans Sortie), qui, pour se présenter comme Voie selon l’Histoire (la nécessité du capitalisme), est obligée de nier le caractère criminel ou d’administration totale dudit capitalisme. Ce réformisme constitue une régression par rapport à « la théorie critique ».

1c- Le durcissement des formes : aliénation secondaire puis réification congélation (en despotisme éco-Nomique) – de la tradition au conformisme, le grand conformisme.

L’économie (et l’éco-Nomie) correspond(ent) à une étape de l’histoire du despotisme se perfectionnant (« le progrès »), une étape de l’histoire de l’abstraction.

Pour bien analyser cette abstraction il faut partir de son résultat : la société numérisée, comptable, mesurable, monétaire, etc. incarnation de mathématique appliquée.

Posons la question : comment est possible une société soumise à la comptabilité, société qui rend possible la “science sociale” mathématique (et d’abord l’économique) ; ou, comment se déploie le mouvement qui mène du droit (romain) à l’arithmétique politique, à la statistique, à la comptabilité nationale et aux modèles de gestion macroéconomiques (dits “keynésiens” par ex.) ? Comment devient possible la constitution économique (hayékienne) de style Maastricht et ses suites européennes techno-économiques (l’austérité infinie comme enfermement comptable) ?

Plusieurs généalogies entremêlées sont indispensables à étudier :

  • La généalogie des organisations “rationnelles” modernes ou des « bureaucraties rationnelles » (d’entre-prise) [15].
  • La généalogie de la comptabilité, comptabilité qui prend son envol dans la république mercantie de Venise.

    À l’exosquelette militaire des sombres châteaux forts moyenâgeux (un château fort étant une carapace idéologique projetant des individus cuirassés – exoprojection de la cuirasse caractérielle de W. Reich) succède l’exosquelette numérique comptable monétaire, beaucoup plus abstrait et “rationnel”, de la république mercantie avec ses palais « ouverts ». Certes la comptabilité exige le sombre château (de Kafka) ; Venise a besoin d’une armée, même mercenaire et peut faire la fortune de condottieri casqués (Bartolomeo Colleoni) ; mais le saut d’abstraction (de « rationalisation ») dans la norme numérique comptable monétaire ne peut se penser qu’au moyen de la généalogie de la lignée juridique autoritaire.

Explicitons cela (trop) rapidement :

Posons : CommonWealth = Reich = Empire, Richesse = Puissance, Wealth = Reich (richard, riche) ; le processus de civilisation est un processus de durcissement, processus qui permet l’accumulation ; du point de vue royal (du Réal), on passe des dolmens aux pyramides (progrès architectural) ; et la richesse (des tombeaux !) est bien l’expression immédiate de la domination (ici de l’esclavage – quand a débuté l’esclavage ? dès la construction des grands tombeaux, 50 000 avant JC ?). Le château fort carapace des quasi-insectes sociaux manifeste l’enfermement « vital » dans la forteresse (aussi bien Kafka que Dick, La vérité avant dernière). L’accroissement de la richesse (des riches) dénote le renforcement des procès de contrôle (intensifs et extensifs), jusqu’à la création de la réalité virtuelle numérique comptable monétaire (le château comptable monétaire déguisé en palais renaissance est notre monde).

On peut alors se reporter à Jean Baudrillard, en résumé à L’échange symbolique et la mort, Gallimard, 1976.

On doit se référer aux travaux de Baudrillard pour la pensée des simulacres (cf. encore Philip Dick), des abstractions réalisées ou incarnées en institutions (en châteaux ou blockhaus exosquelettiques).

Toute réalité est un processus de colonisation qui TEND à établir un système ou une méga-structure, au moyen d’une structuration (le processus de congélation) ; des opérations politiques de structuration tentent d’établir et de maintenir de telles systématiques (qu’il faut sans cesse enforcer).

Ces systématiques fragiles sont hypostasiées en lois, ordres, « nature sociale » (communauté impérative ou identitaire), même, et surtout, lorsque systèmes, lois, ordres sont incomplets (ils ne peuvent être qu’incomplets) et que la structuration colonisation interne n’arrive pas (jamais) à la structuration “parfaite” (pour utiliser un terme d’économiste).

La structuration vise à la complétude, la fermeture (identitaire), l’absorption complète (du Réel). En tendance, la structure se clôt en système qui se substitue au Réel (cherche à se substituer au Réel) et tend à former un néo-réel, une réalité virtuelle.

Ce néo-réel réalité virtuelle est symbolique (imaginaire au sens de Castoriadis, constituant du social).

Il est donc important de distinguer des niveaux d’analyse :

1- La structuration, la Guerre, la conflictualité et la tentative sans cesse reprise de la colonisation (question : pourquoi la colonisation échoue-t-elle et doit-elle être sans cesse reprise ; réponse : parce que le Réel désubstructurant est déterminant en dernière instance) ;

2- La structure structurée, la néo-réalité incomplète, toujours formalisée en système de droit ;

3- La structure théorisée (par le structuralisme ou par l’éco-Nomie) qui est la tentative de bouclage discursif idéologique de cette néo-réalité ; c’est à ce niveau tertiaire que se situent les “sciences de police” (économie, gestion, sociologie, etc.).

En simplifiant si le Réel est propulseur de Chaos, le symbolique est un semblant, un simulacre, lui-même brisé par le chaos. Toute société (du) simulacre, comme tout agent socialisé (assujetti), sont clivés, cassés, divisés, etc.

On peut, sur cette base simpliste, établir une généalogie (elle-même simpliste) de la réalité éco-Nomique abstraite (du progrès de la rationalisation) :

— Soit d’abord le règne de la loi, symbolique 1 ou simulation de 1er ordre ; le symbolique est hyperréalisé comme contrainte irréfragable déclarée « naturelle » ; s’opère la constitution d’un état du monde naturel ou à la loi naturelle ; correspondant à cette constitution se déploie une société disciplinaire, inquisitoriale pré-moderne.

— Sur la base nécessaire de cette réalité virtuelle 1 (posée naturelle ou comme nature) peut apparaître la science comme symbolisation du symbolique ou simulation de 2e ordre ; on peut parler d’herméneutique de 1er ordre ; la néo-réalité régularisée à la loi naturelle et rendue irréfragable par les procédés disciplinaires devient l’objet (« naturel ») de la réflexion de second ordre ; d’où la double fonction permanente de la science : assurer le symbolique 1 (naturalisé), renforcer ce symbolique 1 par un symbolique 2 encore plus incontestable (puisque « scientifique ») ; débute alors la société de contrôle moderne et ses nouvelles mythologies (science & technique pour l’essentiel).

Nous trouvons là des éléments critiques pour analyser la science (économique, par ex.) : la science à la fois assure le symbolique dit naturel en énonçant « sa réalité », l’objet de la science est d’affirmer péremptoirement qu’il y a de la réalité naturelle, de la loi naturelle, de l’inné, du biologique naturel, etc., et cette science également renforce ce naturel sup-posé ou im-posé, énonce doctrinalement la réalité symbolique de niveau 1 par une discursivité de niveau 2 qui ne passe pas pour une discursivité mais pour une certitude, l’irréfragable de la loi naturelle étant renforcé par l’absolue certitude de la « démonstration scientifique ».

Cette réalité virtuelle de 2e ordre, moderne, rationnelle, a un point d’ancrage fort dans les sciences qui sont bien policières.

— Un troisième déploiement se met en place, le Spectacle, symbolique 3, simulation de 3e ordre ou déploiement complet de la réalité virtuelle comme propagande.

Il est assez simple de placer dans cette esquisse de généalogie de l’abstraction, la mesure, la comptabilité, la numéricisation, la monnaie, l’ordre éco-Nomique qui correspond à ce symbolique 3. L’aboutissement actuel du mouvement de l’abstraction est la science économique nomothétique, analysée comme psychologie normative géométrique ou science normative du comportement tendant à être rendu complètement prévisible.

[1Serge Latouche, Décoloniser l’imaginaire, la pensée créative contre l’économie absurde, Parangon, 2003 ;

Paul Ariès, La décroissance, un nouveau projet politique, Golias, 2009.

Peut-être une analyse critique spécifique de ce courant démultiplié de la décroissance est-elle utile comme point de départ ?

Stéphane Lavignotte, La décroissance est-elle souhaitable ? Textuel, 2009.

[2Sur cette question il est possible de relire Cornélius Castoriadis ou de se contenter de l’introduction par Philippe Caumières, Castoriadis : critique sociale et émancipation, Textuel, 2011.

[3La question de “l’organisation sans organisation”, des institutions ou communautés non essentialistes ou faibles, etc. trouve peut-être son origine dans la thèse du grand sociologue Georges Gurvitch, l’idée du droit social, réimpression de l’édition de 1932 (Sirey), Scientia Verlag Aalen, 1972, Darmstadt.

Et à l’envers, pour le droit autoritaire des organisations hiérarchiques :

Michael Stolleis, Histoire du droit public en Allemagne, droit public impérial et science de la police, 1600-1800, PUF, fondements de la politique, 1998.

Ce qui nous amène à Michel Foucault :

Dits et Écrits, utiliser systématiquement l’index des notions (par ex. “institution”) ;

Cours au Collège de France, 1976, Il faut défendre la société, Gallimard, 1997, cours du 21 janvier 1976, la guerre comme analyseur des rapports de pouvoir.

[4Peut-être commencer par Jean-Léon Beauvois, Les illusions libérales, individualisme et pouvoir social, petit traité des grandes illusions, Presses Universitaires de Grenoble, 2005.

Le chapitre 5 de cet ouvrage peut se lire comme une pseudo-histoire de l’organisation, déployant les intuitions de Pierre Clastres, La société contre l’État, 1974.

JL Beauvois insiste sur le caractère “remplaçable” des individus (la “substitution” éco-Nomique) mis au fondement de la “rationalité organisationnelle” (la calculabilité éco-Nomique). La réduction de l’Humain à l’agent malléable, adaptable, abstrait, la gestion délibérée de cette “remplaçabilité”, seul le nombre/masse compte, est au fondement de l’organisation hiérarchique (d’origine militaire). Le modèle de l’organisation est donc militaire à hiérarchie fonctionnelle.

Se greffant sur ce thème de l’abstraction, on peut prendre connaissance de la vision psychanalytique de Eugène Enriquez :

L’organisation en analyse, PUF, sociologie d’aujourd’hui, 2000 ;

Clinique du pouvoir, les figures du maître, érès, sociologie clinique, 2006.

[5Cette idée de “liquéfaction” dérive des recherches de Zygmunt Bauman, et de son concept de « modernité liquide »

De Zygmunt Bauman, La vie en miettes, expérience postmoderne et moralité, Le Rouergue/Chambon, 2003.

Cet ouvrage peut servir à compléter celui de JL Beauvois : l’idée de “remplaçabilité” (de “substitution”) est développée de manière à accéder à la morale éco-Nomique de “l’indifférence” : prendre l’Humain comme remplaçable, substituable implique une indifférence complète à son égard (réification).

Mais le plus grand livre de Bauman, Modernité et holocauste, La fabrique éd., 2002, établit la généalogie éco-Nomique de l’holocauste ; sa source efficiente se trouvant dans « l’esprit d’entreprise ».

Comme introduction générale, Keith Tester, The Social Thought of Zygmunt Bauman, Palgrave, 2004.

[6Sur le sujet de “la politique deleuzienne” :

Manola Antonioli, Pierre Antoine Chardel, Hervé Regnaud, Gilles Deleuze, Félix Guattari et le politique, éd. du Sandre, L’Harmattan, 2006 ;

Yoshiyuki Sato, Pouvoir et Résistance, Foucault, Deleuze, Derrida, Althusser, L’Harmattan, 2007.

Pour la version à la Negri, il convient de commencer par l’ouvrage remarquable :

Dimitri Papadopoulos, Niamh Stephenson, Vassilis Tsianos, Escape Routes, Control and Subversion in the 21st century, Pluto Press, 2008.

Et au lieu de lire (ou relire) Hardt Negri, Empire, Multitudes, Commonwealth, il est possible d’étudier l’ouvrage qui anticipe Empire,

Nick Dyer-Witheford, Cyber-Marx, cycles and circuits of struggle in high-tech capitalism, University of Illinois Press, 1999 ; en particulier : chap.8, Alternatives.

S’opposant à la propagande 1990-2000, alors régnante, pour la société de l’information, pour la nouvelle économie, Dyer-Witheford fait le pari d’un « marxisme autonomiste » réinventé, s’appuyant sur les ressources de “la révolution informationnelle” et, de manière très matérialiste historique, par la traversée de cette révolution technologique, permettant la transformation communiste de la société. Ce livre, anticipant Hardt Negri, est intéressant comme mélange de thèses datées, obsolètes, et d’inventions “autonomistes” à méditer.

La critique des thèses négristes est maintenant bien connue. Il est possible de se référer à des ouvrages simples :

Pierre Dardot, Christian Laval, El Mouhoub Mouhoud, Sauver Marx ? Empire, multitude, travail immatériel, armillaire, La Découverte, 2007.

Cet ouvrage dénonce trois illusions du néo-opéraïsme (autonomisme) :

  • La première illusion du marxisme métaphysique : l’élection messianique d’un sujet social défini par son absolu dépouillement, la pauvreté comme puissance faible ou force négative ; ce n’est pas la participation à la production qui élève l’objet pauvreté à la dignité de sujet de l’émancipation ; c’est la non-participation à la domination qui fait de l’objet pauvreté (objet de cette domination) une force faible négative, qui pourrait éventuellement devenir sujet politique de l’émancipation ; mais ce sujet politique, singularité universelle ou négativité destructrice, est une construction, une construction sans constructeur (ici apparaît le parti imaginaire) — nous retrouverons toujours sur notre chemin le problème de l’histoire transformée en technologie politique (thèse du matérialisme historique à laquelle nous nous opposons le plus radicalement : le futur n’existe pas, le futur est radicalement indéterminé, il est En-Réel, etc.).
  • La seconde illusion : confusion du matérialisme et de l’économisme (souvent justifié par « les conditions matérielles de survie », le matérialisme est écrasé en naturalisme métaphysique) ; écrasement du Réel en Réal ; cette confusion conduit à l’identification de l’émancipation humaine à l’illimitation du développement des forces productives et au soutien sans faille au productivisme (ou à des formes délirantes de technoscience cybernétique). L’illusion tient en la croyance (dure comme fer) de la possibilité de dépasser l’économie en obtenant son plein développement (par la richesse automatisée) : tout notre texte a été construit contre cette illusion.

Techniquement, il s’agit de l’erreur (naturaliste) qui consiste à poser un lien métaphysique entre valeur d’échange et valeur d’usage (définie à la mode néoclassique, comme objectivité naturelle) ; cette erreur mène à croire que la maximisation de la valeur d’échange est également maximisation de la valeur d’usage (le capitalisme est la voie du socialisme). Il faut dire, au contraire, la valeur d’échange constitue la valeur d’usage (qui n’a aucune naturalité) ; le capitalisme détermine les “besoins” ou les “biens” ; la richesse capitaliste n’est pas une richesse du tout, et n’ouvre à aucun avenir.

  • Troisième illusion : maturation des conditions du passage au communisme qui s’accomplirait à l’intérieur de la société bourgeoise ; illusion permettant le réalisme de la collaboration au procès du développement capitaliste (stalinisme), la pratique facile du suivisme ou de l’entrisme, et l’espérance concrète quotidienne (peut-être ce thème de « la désespérance » est-il le plus crucial : la fidélité à la Badiou est un lourd office – et Negri est un crypto-catholique (italien !) du « chant de l’espoir » !).

C’est parce que le développement des forces productives doit être à lui-même sa propre fin que le sujet qui est appelé à être l’agent de ce mouvement absolu est également le sujet de l’émancipation (dont la figure rhétorique est l’ingénieur triomphant à la Jules Verne et la caricature, Brejnev, directeur de centrale électrique). C’est finalement pour cette même raison que tout pas en avant fait par le capitalisme sur la voie du développement techno-économique est réputé constituer en lui-même « un progrès » (dont la source serait “la multitude” positive) qui mérite comme tel d’être inconditionnellement encouragé (idolâtrie technophile).

Ces remarques (trop rapides !) peuvent être complétées par la lecture de deux ouvrages :

El Mouhoub Mouhoud, Dominique Plihon, Le savoir & la finance, liaisons dangereuses au cœur du capitalisme contemporain, La Découverte, 2009 ;

Olivier Weinstein, pouvoir, finance et connaissance, les transformations de l’entreprise capitaliste entre 20ème et 21ème siècle, La Découverte, 2010.

Arrivons au débat avec Badiou.

Alain Badiou, Deleuze, La Clameur de l’Être, Hachette, 1997 ; petit panthéon portatif, Gilles Deleuze, pp.106-111, La fabrique éd., 2008 ; L’aventure de la philosophie française, 1er texte sur Deleuze, La fabrique éd., 2012.

Une critique spécifique de Negri (par Badiou) se trouve dans le texte de Badiou, 1er texte du recueil L’idée du Communisme, vol. 2, Berlin 2010, Nouvelles éditions Lignes, 2011.

Et Zizek.

Bien que Slavoj Zizek commente, utilise, transforme, etc., Deleuze partout dans ses gros ouvrages (en particulier in Less than Nothing, Hegel and the Shadow of Dialectical Materialism, Verso, 2012), il existe un texte spécialement tourné vers Deleuze, Organes sans corps, Deleuze et conséquences, éd. Amsterdam, 2008.

On peut lire en même temps :

Peter Hallward, Deleuze and the philosophy of creation, Out of this World, Verso, 2006.

Également : Carsten Strathausen ed., A Leftist Ontology, Beyond Relativism and Identity Politics, University of Minnesota Press, 2009.

Peut-être une synthèse de tous ces débats se trouve-t-elle chez John Holloway :

John Holloway, Crack Capitalism, 33 thèses contre le capital, Libertalia, 2012 ;

John Holloway, Fernando Matamoros, Sergio Tischler, Negativity and Revolution, Adorno and Political Activism, Pluto Press, 2009.

Ce dernier ouvrage collectif introduit clairement la version École de Francfort/Adorno de la pensée négative (dialectique négative) ; en particulier les deux textes d’Holloway (dans cet ouvrage), chap. 2 : Why Adorno ? et chap. 6 : Negative and Positive Autonomism, Why Adorno ? part 2, peuvent être considérés comme une version restreinte de la pensée négative

La pensée en immanence, absolue ou radicale, positive ou négative, peut se formuler en termes d’éthique-politique.

Par exemple au moyen de la comparaison des types d’éthique engagée :

politique spécifique ou identitaire, tel que le mouvement gay ; Foucault ;

micropolitique ; Deleuze et les deleuziens de la revue Chimères, par ex. ;

politique autonomiste ; Nick Dyer-Witheford ;

politique des multitudes ; Hardt Negri Virno ;

imperceptible politics of the imperceptible subjectivities, in Escape Routes, section II, Escape, 6, imperceptible politics ;(cf. référence complète plus haut dans la note) ;

L’acte de Zizek, par ex. in The Ticklish Subject, The absent center of political ontology, Verso, 1999, chap. 4, Political Subjectivization and its Vicissitudes, Embrassing the Act ;

éthique politique négative, Holloway ; voie pauvre de la rébellion.

[7Ce sont les anciennes critiques de la dialectique qui sont travaillées ; comme par ex. :

Hegel et la pensée moderne, Séminaire sur Hegel dirigé par Jean Hyppolite au Collège de France, 1967-1968, PUF, 1970, séminaire contenant deux textes cruciaux,

Jacques Derrida, Le puits et la pyramide, introduction à la sémiologie de Hegel, pp. 27-84 ;

Louis Althusser, Sur le rapport de Marx à Hegel, pp. 85-112.

Également, Gérard Lebrun, L’envers de la dialectique, Hegel à la lumière de Nietzsche, Au Seuil, 2004.

Nous avons déjà référencé Zizek, Less than Nothing, Hegel and the Shadow of Dialectical Materialism, Verso, 2012.

[8Jacques Fradin, Le Travail est Toujours Mort, in Mortibus, critiques du capitalisme incarné, automne 2007, n° 4/5, Faim du Travail, pp. 281-301 ;

François Vatin, Le travail, économie et physique, 1780-1830, PUF, philosophies, 1993 ;

Jean Pierre Maury, Carnot et la machine à vapeur, PUF, philosophies, 1986 ;

Nicholas Georgescu-Roegen, The Entropy Law and the Economic Process, Harvard UP, 1971 ;

Anson Rabinbach, Le moteur humain, l’énergie, la fatigue et les origines de la modernité, La fabrique éd., 2004 ;

Marie-Jean Sauret, Malaise dans le capitalisme, Presses Universitaires du Mirail, 2009 ; L’effet révolutionnaire du symptôme, érès, 2008 ;

Pierre Bruno, Lacan, passeur de Marx ; l’invention du symptôme, érès, 2010.

[9Un formulaire de « logique dualystique » pourrait être construit ; qui remplacerait les plus anciennes tentatives de “formalisation de la logique hégélienne” (in Séminaire sur Hegel dirigé par Jean Hyppolite au Collège de France, 1967-1968, PUF, 1970, relire Dominique Dubarle, logique formalisante et logique hégélienne, pp. 113-160)

[10Le secret de tout système social durable qui réussit son autoreproduction consiste à transférer ses conditions nécessaires fonctionnelles aux motivations comportementales dites individuelles, de la soumission à l’adaptation puis au conformisme inconscient ; le secret de toute socialisation réussie consiste à faire en sorte que les individus souhaitent faire ce qu’il faut faire pour permettre au système de se reproduire ; de ce point de vue tout système social est religieux qui repose sur l’inculcation de stéréotypes de comportements (mobilisation spirituelle, éducation civique ou endoctrinement idéologique qui échappent à « l’éducation » que les parents voudraient bien donner à leurs enfants). “Civiliser” les comportements en micro-mécanismes adaptatifs permettant l’auto-régulation globale.

[11Ces trois derniers termes étant, bien sûr policiers. Il est une évidence, « de gauche », que la violence et la terreur sont uniquement le fait de l’État : le « terroriste » c’est le milicien (gendarme, policier, RG, barbouze) cagoulé de l’État policier proto-fasciste (je parle de la France, pas de la Chine – il faut détruire le mythe que « nous sommes en démocratie », l’ennemi premier est la propagande démocratique).

[12Idéal de communicabilité libre & réalisation parlementariste de cet idéal forment une structure philosophique (métaphysique) déconstructible : la voie Habermas est donc réactive (cf. Le discours philosophique de la modernité qui manifeste cette réactivité). Pour opérer la critique de “la troisième voie”, il faudra mobiliser toute la critique de la philosophie, critique qui contient la critique de l’éco-Nomique ou de la police de gestion.

[13Il suffit de prendre la postface de Jeffrey C. Alexander au livre de Vandenberghe, Une histoire critique de la sociologie allemande, pp.341-344, pour trouver les thèmes qu’un ouvrage idéal illimité déconstruirait, critiquerait et reconstruirait. Par exemple, haut de la p.343 : « si la condition humaine en tant que telle (la réalité-monde) est considérée comme réifiée (le monde est le mal), alors il n’y a plus de capacités humaines d’autonomie et de jugement réfléchi… Si vraiment la réification règne sur le capitalisme, il est théoriquement impossible de décrire l’action critique et réfléchie nécessaire à son renversement. » Et bas de la p.344 : « Vandenberghe appelle à la restauration du politique, de la police de gestion, en fait, réaliste et ancrée “dans le monde” : la « démocratie » ne pourrait renoncer à l’exigence d’être « réaliste » ! pour ne pas se transformer en théologie, la politique doit être gestion, « rendre compte de façon optimiste du réalisé », rester bien de ce monde, sans en imaginer d’autre, etc. etc., et au déploiement d’une contestation radicalement démocratique (soit dire réformiste, dans les règles procédurales) respectant « l’espace des possibles. » Voilà le réformisme social-libéral « scienticisé » que je voudrais pourfendre (par une réhabilitation de l’utopisme révolutionnaire radicalement pessimiste, à chercher, par exemple chez Benjamin, curieusement absent de l’histoire de Vandenberghe) ; réformisme dont Mario Tronti offre la plus belle critique.

Sur l’organisation du pessimisme :

Mario Tronti, Sur le pouvoir destituant, La Rose de Personne, n° 3, 2008 ;

Discussion avec Adriano Vinale ;

Repris dans Lundi Matin, LM 343, 13 juin 2022 ;

Avec une préface importante d’Idriss Robinson.

[14L’absence d’analyse économique (critique ou pas) de la part des sociologues (critiques ou pas — même chez Foucault) a toujours été pour moi un mystère incompréhensible ; surtout pour une tradition s’inspirant du « marxisme ». Or cette absence est catastrophique : elle entraîne les sociologues à « tenir pour vrai » la pire idéologie (l’individualisme de l’agent RAT) et faire de l’économisme sans le savoir (même Bourdieu !). C’est pourquoi j’insiste sur la nécessité d’une science unifiée socio-logie générale qui contiendrait l’économique critique généralisée. Ce point essentiel devrait être repris systématiquement. Pour dire la chose très vite : les thèses à la Habermas sont « fautives » (philosophiques réactives) pour ne pas avoir maintenu (dans la socio-logie générale) la tradition critique de l’économique. Habermas tombe ainsi dans la doctrine du capitalisme comme voie téléologique. « La théorie critique », pour Benjamin et Adorno, supposait (sans cependant être capable de le développer) ce socle de tradition « marxiste » de critique de l’économique. Finalement, il ne peut exister de théorie critique, de sociologie critique, etc. sans anti-économique critique… sous peine de reconstituer la philosophie (disons libérale, mais plus généralement « subjectiviste »).

[15Ce thème renvoie aux recherches de Pierre Legendre. Je ne citerai que l’un des premiers ouvrages (décoiffant !) et l’un des derniers (il y aurait beaucoup à dire sur la dérive conservatrice à réactionnaire de Legendre ; mais les œuvres n’appartiennent pas à leurs auteurs !) ; bien entendu tout le reste de l’œuvre est à méditer (en particulier sur l’importance du droit dans la généalogie du despotisme éco-Nomique).

Jouir du Pouvoir, traité de la bureaucratie patriote, éd. de Minuit, 1976 ;

Dominium Mundi, L’Empire du Management, Mille et Une Nuits, 2007.




Source: Lundi.am