PortĂ© par le collectif La Bascule, crĂ©Ă© par Rostolan en dĂ©but d’annĂ©e, le festival l’An ZĂ©ro a dĂ» faire face Ă  la mobilisation de « La Bouscule Â», un collectif d’opposant-es Ă  la tenue de ce rassemblement. Les motifs de cette opposition ont Ă©tĂ© exposĂ©es dans diverses tribunes, publiĂ©es par Lundi Matin (« L’ennemi sur un plateau Â») Reporterre (« L’écologie people Ă  l’assaut du plateau de Millevaches Â») ou Politis (« Des jeunes en grĂšve pour le climat expriment leurs inquiĂ©tudes au sujet du festival L’An ZĂ©ro Â»).

« Quoi de plus Ă©colo, en effet, que d’agglutiner sur une commune plutĂŽt Ă©pargnĂ©e (si, du moins, l’on oublie les coupes rases) quelque 50.000 personnes — soit 10.000 vĂ©hicules au bas mot — pour y tenir au prix d’une orgie d’énergie et de dĂ©cibels un de ces grands raouts fĂ©dĂ©rateurs oĂč confluent tous les habituĂ©s des festivals estivaux et les stars de la scĂšne musicale française, bien sĂ»r toutes trĂšs engagĂ©es pour le climat ! Quoi de plus logique, pour des bobos mĂ©tropolitains dĂ©cidĂ©s Ă  sauver la planĂšte, que de commencer par saccager de leur seule prĂ©sence un coin tranquille du plateau de Millevaches ! Quoi de plus Ă©vident qu’il appartient aux Ă©tudiants des grandes Ă©coles d’ingĂ©nieur, de commerce et de sciences politiques, alliĂ©s Ă  Macron, MĂ©lanie Laurent et des multinationales pleines de comprĂ©hension, de nous sauver du dĂ©sastre que leurs aĂźnĂ©s, depuis les mĂȘmes Ă©coles, ont si bien su organiser ! Â»

« Le style trĂšs « managĂ©rial Â» de la communication de l’An ZĂ©ro n’a d’ailleurs rien Ă  envier Ă  la novlangue des startups les plus hypocrites. Elle rĂ©cupĂšre mĂȘme jusqu’au lexique des luttes pour dĂ©signer une rĂ©alitĂ© bien plus fade […] Si on prend davantage de recul, on se rend compte que la coopĂ©ration pacifiste et raisonnĂ©e avec l’Etat n’a jamais portĂ© ses fruits en 50 ans de lutte Ă©cologique : qu’a donnĂ© le dialogue depuis des annĂ©es de sommets sur le climat, de COP, de petites rĂ©unions dans les cabinets ministĂ©riels avec les ONG et les entreprises ? Des promesses non tenues, et rien d’autre. Â»

Cette opposition a eu raison des gentils bĂ©nĂ©voles mobilisĂ©s par Maxime. Suite Ă  un dĂ©bat public dont Lundi Matin propose un compte-rendu, le festival (qui sera aussi « un lieu d’expĂ©rimentation de l’intelligence collective et de la gouvernance partagĂ©e Â» (sic)) a Ă©tĂ© dĂ©placĂ©.

« Nous aurions de loin prĂ©fĂ©rĂ© croiser le fer avec de Rostolan lui-mĂȘme plutĂŽt qu’avec ses seconds couteaux. Malheureusement, il ne pouvait pas : il devait prĂ©parer sa confĂ©rence du lendemain dans le VIIIe arrondissement de Paris, au siĂšge de Arp-Astrance, une sociĂ©tĂ© de « conseil en immobilier, management de projet et programmation, amĂ©nagement d’espace, ingĂ©nierie environnementale et biodiversitĂ© Â». Comme nous l’apprend le magazine Up, « le magazine d’actualitĂ© de l’innovation et des temps qui changent Â», il devait prĂ©senter la Bascule et l’An zĂ©ro Ă  ses amis d’Ekodev, « le dĂ©veloppement durable en action Â» et We4SDG, qui travaille tout de mĂȘme Ă  « helping the multitude to put in action the Sustainable Development Goals Â». En mĂȘme temps, pour une fois qu’il ne conseillait pas le groupe Carrefour
 Â»

On a craint un instant que Rostolan relocalise son Ă©vĂ©nement dans son dĂ©partement d’origine, l’Indre-et-Loire, oĂč il avait conçu ses navrantes « Fermes d’Avenir Â» [1]. Finalement, il aura lieu Ă  50 kilomĂštres au nord du point de rassemblement initialement prĂ©vu, sur le terrain de l’aĂ©rodrome de GuĂ©ret. N’y allez pas.


Article publié le 17 Juil 2019 sur Larotative.info