Septembre 14, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Paul et Virginie, c’était pour moi jusqu’ici un souvenir d’enfance, un livre culte de Bernardin de Saint-Pierre dont je revois encore la couverture, une histoire d’amour tragique emblématique dont le caractère épistolaire m’avait fascinée.

Le journal de Paul et Virginie
évoque désormais pour moi une histoire d’amour tragique, à travers deux journaux intimes, écrits en parallèle par Paul et sa fille Virginie, publiés ensuite en un duo, dont la lecture est souvent insoutenable, par notre camarade.

Le samedi 10 janvier 2015, Paul écrit “Le respirateur est un vrai plaisir. Je respire presque sans contraintes. Comme avant. Je vais lentement pour ne pas être essoufflé. Oui, quel plaisir“. Son journal s’arrête le 6 août : “Nuit : Réveil 2h50 et 6h40 – levé 8h30. Réveil BIZARRE. À voir“… Détecté en juin 2014, diagnostiqué en septembre 2014, Paul décède le 14 septembre 2015. Le journal de Virginie continue jusqu’à “J-1″, le 13 septembre 2015, ses derniers mots sont :”Mon corps lâche, je m’endors. Pour la première fois depuis très, très longtemps“. Après quinze mois de descente aux enfers.

L’amiante déclenche des pathologies mortelles, en particulier le cancer de la plèvre, mais c’est une bombe à retardement, qui explose des décennies après l’exposition à la fibre. Paul est né en 1942, l’usine CMMP d’Aulnay-sous-Bois (93) a fonctionné de 1938 à 1975, il est parti dans la Nièvre en 1961 et il a développé la maladie 53 ans plus tard, en 2014. L’amiante n’a été interdit en France qu’en 1997 alors que sa toxicité était connue depuis le début du siècle. Pierre Léonard a été la première victime officielle du mésothéliome en 1995, Paul est le 139° malade recensé à Aulnay-sous-Bois mais ce n’était que le début d’une bataille pour la reconnaissance menée par des associations de victimes et leurs familles. Et aujourd’hui encore la maladie fait de nouvelles victimes partout dans le monde.

AMIANTE ET MENSONGE Notre perpétuité est une bombe à fragmentation infiltrant les consciences par un travail incessant de divulgation et de dénonciation de ce crime social qui affecte principalement la classe ouvrière et les quartiers populaires. Comme le dit Virginie dans son journal, “LEUR IMPUNITÉ NOUS FOUT LA RAGE !” (Samedi 18 avril 2015).

L’ouvrage est une édition revue et augmentée, après une première parution aux Editions Vérone, en 2018, avec un texte ajouté de Nicole (sœur de Pierre Léonard) et Gérard Voide, les lanceurs d’alerte du scandale du CMMP (Comptoir des minéraux et matières premières) d’Aulnay-sous-Bois (93). Il raconte leur lutte contre le mensonge des autorités, y compris sanitaires, sur la nature de l’activité de cette usine pendant plus de 50 ans, afin que les personnes impactées comprennent l’origine de leur empoisonnement. Virginie et son père le comprennent en 2015 alors que Paul est déjà très malade, à Nevers : il a été exposé lui aussi à l’amiante à l’école primaire d’Aulnay-sous-Bois, tout près de “l’usine-poison” lors du pic de pollution ! D’où sa photo, enfant, sur la couverture.

Un nouveau chapitre rend compte des interventions de l’autrice, une cinquantaine à travers l’hexagone, depuis 2018. Elle a présenté son livre aux rencontres d’été de la Fédération Anarchiste en 2020 et elle est invitée, entre autres rendez-vous, par le Groupe Gaston Couté de la FA Loiret au festival Autrement Autres Mots de Chalette-sur-Loing (45) en novembre 2021.

Que les contaminations soient environnementales, comme pour ma famille (5% environ) ou professionnelles (95%), dans n’importe quel lieu, dans n’importe quelle branche (EDF, voirie, dockers, ouvriers des usines en ayant manipulé, SNCF et j’en passe), le résultat est le même : pas de traitement pour le mésothéliome, le “cancer des ouvriers”, et surtout pas de procès pénal des empoisonneurs puisque l’État français s’est doté d’armes imparables, leurs “lois” pour les couvrir dans tous les cas ; c’est un véritable “permis de tuer”. Tel est son constat politique.

Monica Jornet
Groupe Gaston Couté FA

AMIANTE ET MENSONGE Notre perpétuité – Journal de Paul et Virginie
, VIRGINIE DUPEYROUX.
Éditions VALMONT. Juillet 2021. 23 euros. 336 pages, A5, cartonné.

Les bénéfices des ventes sont reversés à BAN ASBESTOS France (« INTERDIRE L’AMIANTE »), à l’association Henri PÉZERAT et à l’ADEVA Centre.




Source: Monde-libertaire.fr